Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Livre religieux: Le point sur Jésus

    Il y a le Jésus de la foi et il y a le Jésus de l'histoire. Les manières de percevoir l'un et l'autre, qui ne font qu'un pour les croyants, ont évolué depuis deux mille ans. Les cultures changent, les connaissances se développent et les humains, qui vivent de ces nourritures, adaptent leur vision du monde, des choses et de la foi. Comme le reste, mais de manière toute particulière, compte tenu de ce qu'elle représente, la figure de Jésus n'a pas échappé à ces lois anthropologiques. Où en est-elle aujourd'hui? Que peut-on en savoir et que peut-elle nous inspirer?

    Dans Jésus, l'homme et le fils de Dieu, un essai lumineux qui combine la science historique et la théologie, le prêtre et universitaire français Michel Quesnel tente de faire le point sur ces questions en privilégiant «une approche de l'intérieur». Destiné au grand public, son projet propose à la fois une mise à jour de l'état des recherches sur le Jésus historique et une réflexion théologique sur le contenu de la foi chrétienne.

    L'historien de Jésus, précise-t-il d'abord, travaille dans un contexte délicat parce que ses sources principales sont essentiellement littéraires et, pour la plupart, chrétiennes. Il s'agit de documents écrits pendant les cent années qui suivent la mort de Jésus. On parle donc, ici, du Nouveau Testament, des évangiles apocryphes, des écrits des Pères apostoliques (des auteurs chrétiens qui ont écrit avant l'an 150) et, dans un registre différent, des textes de l'historien juif Flavius Josèphe, de même que de ceux des auteurs latins Pline le Jeune, Tacite et Suétone. Quelques traces archéologiques existent (un socle de statue qui porte le nom de Pilate, les restes d'un crucifié et une barque de l'époque), mais elles ne concernent Jésus que très indirectement.

    Comment, maintenant, traiter ces sources? Le dogmatisme chrétien et le positivisme, écrit Quesnel, sont dépassés. On privilégie, aujourd'hui, une approche herméneutique, «à savoir que tout récit est à comprendre dans le cadre politique, social, culturel, religieux dans lequel il a été composé». Des critères d'historicité doivent cependant guider la démarche de l'historien. Quesnel en retient quatre: critère des multiples attestations, critère de cohérence et de convergence, critère de dissemblance et de discontinuité et critère d'explication suffisante ou de plausibilité.

    Les résultats de cette démarche de critique historique sont, à ce jour, à peu près les suivants: Jésus, né à Bethléem ou à Nazareth en l'an 5 ou 6 avant notre ère, est mort sous Pilate entre 26 et 36 de notre ère, probablement en l'an 30; l'identité de son père continue de faire débat, de même que la question de savoir s'il avait des frères et soeurs; il a bel et bien été baptisé par Jean, avant de s'imposer comme un prophète, un sage et un thaumaturge reconnu; certains de ses contemporains l'ont considéré comme le Messie; les principaux responsables de sa mort sont Pilate et les membres de l'aristocratie sacerdotale, surtout sadducéenne.

    Le reste, l'essentiel pour les chrétiens, relève du domaine de la foi. Sa résurrection, par exemple, a été racontée par des témoins (récits d'apparition et du tombeau ouvert), mais le fait brut comme tel échappe à la connaissance historique. L'événement, néanmoins, demeure au coeur de la foi chrétienne, tout comme le symbole de la Croix, la notion d'incarnation (vrai Dieu et vrai homme) et le rapport de dépendance des humains à l'égard de leur créateur.

    Brillantes et accessibles, les réflexions de Quesnel sur les dimensions de la foi chrétienne — rédemption, prière, engagement dans le concret de la vie, austérité et joie chrétiennes, Dieu à la fois fort et faible et rôle de l'Église — inspirées par ces fondements présentent un magnifique et stimulant portrait de cette tradition spirituelle de la fraternité («toute majoration d'une relation de type hiérarchique aux dépens de celle, beaucoup plus fondamentale, de fraternité n'est pas conforme à l'esprit de l'Évangile»), de la liberté et du pardon dont les fruits, parfois rendus amers par la bêtise des hommes, regorgent pourtant toujours, pour ceux qui savent les goûter, du suc de la vie bonne.

    Homme et fils de Dieu, dit-on pour désigner celui qui a bouleversé l'histoire de l'humanité. Que l'on s'intéresse seulement à l'un, personnage historique, à l'autre, figure centrale de la foi chrétienne, ou aux deux du même souffle, l'essai de Michel Quesnel demeure une lecture essentielle.

    louiscornellier@parroinfo.net

    ***

    Jésus, l'homme et le fils de Dieu

    Michel Quesnel

    Flammarion, Paris, 2004, 240 pages












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.