lundi 23 novembre 2009 Dernière mise à jour 01h03


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Boston, «chapelle d'amour» des homosexuels

Robert Compton serre dans ses bras son compagnon David Wilson après la célébration de leur mariage.
Photo : Agence Reuters
Robert Compton serre dans ses bras son compagnon David Wilson après la célébration de leur mariage.
Boston — Il doit se retourner dans sa tombe, Oscar Wilde, en chantant, criant, riant à gorge déployée. Cent vingt-trois ans après avoir reçu le plus célèbre homosexuel de la littérature occidentale, Boston — berceau du puritanisme américain — a célébré hier en grande pompe les premiers mariages gais du Massachusetts.

Dans ses rêves les plus fous, l'auteur de An Ideal Husband (Un mari idéal) n'a pas songé un seul instant pouvoir s'unir avec son amant, lord Alfred Douglas, dit «Bossie», à l'instar de Robert Compton, 55 ans, et David Wilson, 60 ans, qui se sont mariés dans une église pleine à craquer de la capitale déjà surnommée la «chapelle d'amour» des homosexuels américains. Non loin de Queency's Market, le quartier historique et touristique de Boston, ils étaient plusieurs centaines à faire le pied de grue devant l'hôtel de ville pour obtenir un certificat de mariage en échange d'une cinquantaine de dollars et d'un test sanguin.

Les premiers mariages dans cet État de six millions d'habitants, dont au moins 5 % se déclarent ouvertement gais et lesbiennes, ont eu lieu aux petites heures du matin à Cambridge, non loin de Harvard, la prestigieuse université.

«C'est un grand jour, c'est un jour historique pour tous les homosexuels de notre pays. C'est en effet la première fois qu'un État américain permet de tels mariages», lance James Singleton, du Gay and Lesbian Advocates Defenders (GLAD), l'organisation qui s'est battue en Cour suprême du Massachusetts pour défendre sept couples homosexuels, dont Robert Compton et David Wilson.

La plus haute instance judiciaire de l'État de John Kerry, le challenger démocrate de George W. Bush (les deux sont contre les mariages gais), avait donné sa bénédiction au same-sex marriage, le 18 novembre dernier. La décision de la Cour a soulevé l'ire du gouverneur républicain, Mitt Romney, qui a fait voter un amendement constitutionnel, le 11 mars, autorisant les unions civiles entre gais et lesbiennes mais interdisant du même coup les mariages homosexuels.

Robert Compton et David Wilson scellent donc leur union, commencée il y a neuf ans, avec une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. S'ils ont pu se marier à l'église d'Arlington Street, c'est parce que l'amendement n'entre en vigueur qu'en novembre 2006. Mais là encore, rien n'est joué puisqu'un second vote devra être tenu, éventuellement suivi d'un référendum.

Boules de cristal

Mais toutes les boules de cristal du Massachusetts sont unanimes: il sera difficile dans deux ans de revenir en arrière et de rayer d'un trait de plume des milliers de mariages. Le couple Compton-Wilson le sait bien. L'opposition de Mitt Romney ressemble déjà à un baroud d'honneur. Mary Bonauto, l'avocate de GLAD qui a défendu les sept couples homosexuels — ils ont été les premiers à se marier hier — a d'ailleurs rassuré tous ceux et celles qui ont reçu leurs certificats de mariage: «Les mariages gais sont là de bon.» Les opposants ont à peine montré le bout de leur nez, hier.

C'est devant les tribunaux que s'amorce la bataille. Ce qui commence aujourd'hui, c'est une guerre culturelle entre des électeurs républicains, massivement opposés aux mariages gais, et les électeurs démocrates, plutôt divisés.

«La cassure culturelle est plus importante que jamais entre les deux camps. Ce n'est pas très sain. Il y a actuellement un dialogue de sourds aux États-Unis, surtout depuis l'élection de Bush», souligne Marshall Ingwerson, le rédacteur en chef du respecté et influent Christian Science Monitor, totalement neutre dans l'affrontement pour ou contre les mariages gais qui, en cette année électorale, fait monter de quelques crans la polarisation de la vie politique aux États-Unis. Déjà, écrit le Boston Globe, les républicains sont prêts à se servir des mariages gais «comme symbole des valeurs de gauche, une tactique qui pourrait être efficace dans les États cruciaux du sud des États-Unis et du Midwest».

Pour l'heure, Robert Compton, un Blanc, et David Wilson, un Noir, ont le coeur à la fête. La symbolique est importante; il y a exactement un demi-siècle, le 17 mai 1954, la Cour suprême des États-Unis mettait fin à la ségrégation dans les écoles.

Robert et David l'ont mentionné au milieu des colonnes corinthiennes de l'église, construite en 1729. La révérende Kim Crawford-Harvie les a unis au moment où le soleil finit par chasser tous les nuages du ciel. Sortis rapidement d'une limousine noire, ils sont entrés par la porte arrière de l'église afin de mieux échapper au cirque médiatique. Précédés par une chorale de soixante hommes, ils se sont avancés main dans la main vers le petit autel. Au milieu de leurs enfants, de leurs petits-enfants (huit au total), de leurs amis et de nombreux curieux, ils ont enfin prononcé les mots tant attendus au moment où les cloches carillonnaient le Songe d'une nuit d'été de Felix Mendelssohn.

Si Oscar Wilde, en arrivant à Boston en 1881, a dit pompeusement «je n'ai rien à déclarer que mon génie», Robert Compton et David Wilson n'ont eu rien d'autre à déclarer que leur amour.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • lahcen serrat
    Inscrit
    mardi 18 mai 2004 08h10
    c est honteux
    « oui
    C'est honteux. L'homosexualite n'a jamais été en faveur de la société. Il faut relire l'histoire pour s assurer ou l'on va.
    Que dieu nous garde et sauvegarde. »

  • Hélène Bourgeois
    Abonnée
    mardi 18 mai 2004 14h27
    Confonre liberté et libre-arbitre
    « « Et Dieu créa l'Homme à son image; il le créa à l'image de Dieu : il les créa mâle et femelle. Et Dieu les bénit, et il leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre et soumettez-là. (Genèse 1, 27-28) Et Dieu vit tout ce qu'il avait fait, et voici cela était TRÈS BON. » (Gn 1, 31) et «Dieu dit : Il n'est pas bon que l'homme soit seul; je lui ferai une aide semblable à lui. (Gn 2, 18-19) (.) C'est pourquoi, l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme et ils deviendront une seule chair. » (Gn 2, 24-25)

    Depuis le fondement de l'humanité que toutes les grandes traditions monothéistes (juive, musulmane et chrétienne), des milliards d'hommes et de femmes de tous les temps, embrassent cette vision anthropologique sacrée du Mariage (non pas crée par les Hommes ou l'Église mais instituée par Dieu lui-même au fondement de l'humanité) dans notre humanité et voilà qu'en quelques décennies - et, ô coïncidence, en pleine crise de la paternité et du refus de Dieu - une poignée minoritaire d'individus, en mal criant d'être reconnus (rôle du père), réussit à déconstruire l'oeuvre du Sixième Jour de la Création.

    Admettons qu'il faut le faire...au nom de quoi avons-nous donc le droit, au nom de la sacro-sainte liberté d'expression, de jeter par-dessus bord et de haut l'anathème sur des milliers d'années de Révélation, de recherche, de psychologie, de philosophie, d'interprétation biblique et aussi de bon sens ? Au nom de la sacro-sainte liberté d'expression, on aurait tous les droits de détruire ? De se détruire ? Je suis libre de soulever un dix tonne mais ma constitution ne me le permet pas. Alors, que faire ? Me révolter ? Faire une crise de jalousie contre les grues qui peuvent le faire ? Demander réparation pour cette injustice au nom de ma liberté ?

    Nous confondons liberté et libre-arbitre de nos jours et c'est très grave. Si je choisis « librement » (et je mets ce mot vraiment entre parenthèse) de vivre mon homosexualité quoique me crie ma conscience profonde - sanctuaire caché, là où Dieu parle à tout Homme -, soit. Mais ne sommes-nous pas dans un mensonge profond à revendiquer « nos droits » au mariage parce que, psychologiquement, un petit enfant au fond de moi est en recherche désespérée de la reconnaissance du père (donc du Père...c'est-à-dire, de la Source de mon être) qui Seul peut me donner mon identité réelle mais dont je n'ai pas reçu de lui (mon paternel terrestre) la parole vivifiante pour me donner confiance et pour oser la différence ? Quand je dis oser la différence, ce n'est pas d'être reconnu dans « ma différence originale », c'est-à-dire mon homosexualité, mais bien d'oser aller vers l'autre, si je suis un homme, je vais vers elle, si je suis une femme, j'ose aller vers lui. Aller jusqu'au bout de l'amour, me donner totalement...plutôt que de régresser dans une fusion avec la mère, dans l'identique...dans le sein maternelle (parce que le foetus ne fait qu'un avec la mère, il n'a pas encore de conscience personnelle) parce que nous n'osons pas être ce pour quoi nous sommes crées (homme si je suis homme et femme si je suis femme). Nous baignons en pleine confusion ! Accueillir mon genre sexuel, homme ou femme, comme un don, comme une Parole d'amour venant de Dieu. Parce qu'il faut l'admettre, il y a un enfantillage, un chantage, dans le discours revendiqué par les tenants des droits des personnes homosexuelles à se marier. Nous pouvons admettre que les relations de couples sont parfois très intempestives (crises de jalousies très fortes, colère, infidélité, etc.)

    Le mariage est une VOCATION et non pas un cirque ou une blague. Vocation d'être témoins de l'amour de Dieu dans notre humanité en apportant les fruits de cet amour (les enfants, mis au monde, et pas seulement pour les mettre au monde mais en faire des hommes et des femmes de discernement, des êtres capables de s'exprimer, d'aimer, de donner de leur part dans cette humanité en manque de repaires sûrs). C'est d'une exigence primordiale, c'est un combat de chaque jour que de demeurer et de faire grandire cet amour. Et je ne parle pas du droit des personnes homosexuelles d'avoir des enfants parce que là, je répondrais : et le droit des enfants à avoir un père et une mère ? Réduire le mariage à un « contrat », une « loi », un bénéfice fiscal ou tout autre motif que celui pour lequel il a été institué est un outrage et une caricature (autant chez les homosexuels que chez les hétérosexuels) vouée à l'échec, à l'impasse, à une déconstruction de la Création telle que voulue par Dieu "qui vit que cela était très BON". D'autant plus qu'on nous annonce que les « mariages » à Boston ont été célébrés dans « une église »...quelle confusion chez nos frères protestants qui nous parlent plus de l'enfer que de la Miséricorde.

    Cependant, miséricorde oblige, je vois là, un désir enfoui(il n'y a jamais que du mal dans le mal et que du bien dans le bien, sans tomber dans le manichéisme), puisque le Mariage, qu'on le veuille ou non, a toujours une connotation religieuse et spirituelle, dans toutes ces revendications d'un appel désespéré, d'une recherche (quoique complètement dévoyée) de reconnaissance du Père, Source de notre être. Seul le Fils, le Roc qui EST cette Parole du Père qui nous remet dans notre identité propre et vraie, peut nous y conduire à cette Source intarissable de Miséricorde...que Celui qui a des oreilles pour entendre entende ! »

  • Bruno Déry
    Inscrit
    mardi 18 mai 2004 18h09
    La différence... pas un choix, une obligation
    « La différence... pas un choix, une obligation

    Beaucoup de phrases choquantes dans la réaction précédente. Je crois qu'une réaction moins virulente, plus sagement et longuement élaborée, servirait mieux l'intérêt du Mariage.

    Mariage avec un grand «M», parce que je crois que l'on doit vraiment trouver un moyen de savoir de quoi on parle. Plusieurs personnes hétérosexuelles affirment qu'elles ne voient pas ce qu'elles perdraient en acceptant le mariage de personnes homosexuelles. C'est évident que lorsque le mariage se résume à presque rien, comme beaucoup s'y engage, on peut comprendre cette attitude. Ce n'est pas pour cela que l'on doit niveler par le bas. Niveler par le bas, non pas avec le mariage de personnes homosexuelles, mais par la définition que beaucoup de personnes hétérosexuelles s'en donne.

    Il est merveilleux de voir que le Créateur, selon le texte inspiré, a trouvé que tout était bon dans sa création, sauf lorsqu'il a créé l'Homme. «Il n'est pas bon que l'Homme soi seul.» Dieu a fait l'Homme, non pas comme un égocentriste, mais à son image, une Personne de relation, d'amour, d'unité, de liberté. Une Personne unique, qui ne peut, dans sa nature même, rester seul avec lui-même, avec son semblable, avec son pareil. «Il les créa homme et femme.» Quelle merveilleuse façon d'obliger l'Homme à sortir de sa bulle d'indifférence et d'accepter la différence comme bon. Là Dieu vit que cela était bon! La différence, ce n'est pas un choix, c'est une obligation inscrite dans la nature de l'Homme pour son bien. Et la liberté? L'engagement du Mariage, voilà la liberté de l'Homme. C'est un choix volontaire, donc libre.

    Beaucoup de gens prêchent le respect en prônant l'indifférence. Cachez cette différence qui dérange! Le respect à la mode du chacun «chez-soi» c'est bien loin du respect de la dignité humaine. Des personnes homosexuelles demandent le respect de leur DIFFÉRENCE en demandant d'être PAREILLE aux autres, de se marier. J'y trouve un non sens qui ne sert pas la cause du respect de leur dignité humaine. Peut être veulent-il prendre un raccourcis, ou éviter de continuer à lutter pour le respect de leur différence? Ils ne sont malheureusement pas les seuls. Peut être aussi que leur différence les fait trop souffrir? Je n'ai pas de réponse, seulement des idées à offrir.

    La différence dérange. Souvenez-vous du dernier défiler de la fierté gaie lorsque plusieurs personnes se demandaient la pertinence de ce défiler qui dérange le trafic dans les rues, qui dérange notre indifférence. Cachez cette différence que je ne saurais voir!

    Le Mariage, Unité de deux Personnes. Personnes, parce qu'évidement différentes de l'autre Personne. C'est la différence qui fait qu'une Personne n'est pas un robot, un objet pour l'autre. Je suis confronté à un autre moi qui ne suis pas Moi. Je suis bousculé dans mon égoïsme, dans mon indifférence. C'est la différence aussi qui fait que je constate la dignité de la Personne homosexuelle. Sans une différence évidente, une différence aussi fondamentale que la nature humaine (sexualité en autre), l'Homme retombe dans son égoïsme. Le mariage des personnes homosexuelles est donc biaisé dès le départ par un refus, conscient ou non, volontaire ou non, de la différence, et donc un refus de la Personne.

    La Mariage ouvert à la vie. Non pas pour les enfants eux-mêmes, mais avant tout comme conséquence possible du chemin de l'Unité. Être fermé à la vie, c'est être fermé au chemin que l'Unité peut nous tracer, c'est donc être fermé à l'Unité. Il ne peut y avoir de «don total», si le chemin de l'Unité est en définitive un «cul-de-sac». Le mariage de personnes homosexuelles est donc, encore ici, limité, puisse qu'il y a refus, conscient ou non, volontaire ou non, du «don total».

    Notez: «Conscient ou non, volontaire ou non». La dignité humaine n'a rien à voir avec l'inné ou l'acquis, la maladie ou la volonté de l'homosexualité. Baser le respect des personnes homosexuelles sur ces critères n'a rien de respectueux de leur dignité. C'est éléments ne doivent pas servir de critère d'acceptation, mais de moyen de compréhension dans une dynamique d'ouverture.

    Remplacer le mot Unité par le mot Amour. Encore ici le mot Amour avec un grand «A». Le Mariage ne se limite pas à faire vie commune. Le Mariage ne se limite pas à s'aimer, ou plutôt à vouloir être aimé. Le Mariage c'est cet ENGAGEMENT clair, définitif, sans retour, fidèle envers le chemin que l'on fait avec l'autre. C'est ça l'Amour, L'Unité. Tout engagement à moins que cela c'est un contrat, c'est une union civile. C'est sans doute pour cela que les juges et les politiciens ont tant de misères avec le Mariage. il n'est pas qu'un simple contrat légal.

    L'Amour, l'Unité, ce n'est pas une norme, mais un CHEMIN sur lequel ont s'ENGAGE. Pour tous ceux qui ne visent pas aussi haut que cela, il vous reste l'union civile. Ça répond à vos besoins et ça ne nivelle pas par le bas les aspirations des autres. »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
3 réactions
0 votes
 
Pour en savoir plus
Dépêche
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009