Boston, «chapelle d'amour» des homosexuels
Photo : Agence Reuters
Robert Compton serre dans ses bras son compagnon David Wilson après la célébration de leur mariage.
Boston — Il doit se retourner dans sa tombe, Oscar Wilde, en chantant, criant, riant à gorge déployée. Cent vingt-trois ans après avoir reçu le plus célèbre homosexuel de la littérature occidentale, Boston — berceau du puritanisme américain — a célébré hier en grande pompe les premiers mariages gais du Massachusetts.
Dans ses rêves les plus fous, l'auteur de An Ideal Husband (Un mari idéal) n'a pas songé un seul instant pouvoir s'unir avec son amant, lord Alfred Douglas, dit «Bossie», à l'instar de Robert Compton, 55 ans, et David Wilson, 60 ans, qui se sont mariés dans une église pleine à craquer de la capitale déjà surnommée la «chapelle d'amour» des homosexuels américains. Non loin de Queency's Market, le quartier historique et touristique de Boston, ils étaient plusieurs centaines à faire le pied de grue devant l'hôtel de ville pour obtenir un certificat de mariage en échange d'une cinquantaine de dollars et d'un test sanguin.
Les premiers mariages dans cet État de six millions d'habitants, dont au moins 5 % se déclarent ouvertement gais et lesbiennes, ont eu lieu aux petites heures du matin à Cambridge, non loin de Harvard, la prestigieuse université.
«C'est un grand jour, c'est un jour historique pour tous les homosexuels de notre pays. C'est en effet la première fois qu'un État américain permet de tels mariages», lance James Singleton, du Gay and Lesbian Advocates Defenders (GLAD), l'organisation qui s'est battue en Cour suprême du Massachusetts pour défendre sept couples homosexuels, dont Robert Compton et David Wilson.
La plus haute instance judiciaire de l'État de John Kerry, le challenger démocrate de George W. Bush (les deux sont contre les mariages gais), avait donné sa bénédiction au same-sex marriage, le 18 novembre dernier. La décision de la Cour a soulevé l'ire du gouverneur républicain, Mitt Romney, qui a fait voter un amendement constitutionnel, le 11 mars, autorisant les unions civiles entre gais et lesbiennes mais interdisant du même coup les mariages homosexuels.
Robert Compton et David Wilson scellent donc leur union, commencée il y a neuf ans, avec une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. S'ils ont pu se marier à l'église d'Arlington Street, c'est parce que l'amendement n'entre en vigueur qu'en novembre 2006. Mais là encore, rien n'est joué puisqu'un second vote devra être tenu, éventuellement suivi d'un référendum.
Boules de cristal
Mais toutes les boules de cristal du Massachusetts sont unanimes: il sera difficile dans deux ans de revenir en arrière et de rayer d'un trait de plume des milliers de mariages. Le couple Compton-Wilson le sait bien. L'opposition de Mitt Romney ressemble déjà à un baroud d'honneur. Mary Bonauto, l'avocate de GLAD qui a défendu les sept couples homosexuels — ils ont été les premiers à se marier hier — a d'ailleurs rassuré tous ceux et celles qui ont reçu leurs certificats de mariage: «Les mariages gais sont là de bon.» Les opposants ont à peine montré le bout de leur nez, hier.
C'est devant les tribunaux que s'amorce la bataille. Ce qui commence aujourd'hui, c'est une guerre culturelle entre des électeurs républicains, massivement opposés aux mariages gais, et les électeurs démocrates, plutôt divisés.
«La cassure culturelle est plus importante que jamais entre les deux camps. Ce n'est pas très sain. Il y a actuellement un dialogue de sourds aux États-Unis, surtout depuis l'élection de Bush», souligne Marshall Ingwerson, le rédacteur en chef du respecté et influent Christian Science Monitor, totalement neutre dans l'affrontement pour ou contre les mariages gais qui, en cette année électorale, fait monter de quelques crans la polarisation de la vie politique aux États-Unis. Déjà, écrit le Boston Globe, les républicains sont prêts à se servir des mariages gais «comme symbole des valeurs de gauche, une tactique qui pourrait être efficace dans les États cruciaux du sud des États-Unis et du Midwest».
Pour l'heure, Robert Compton, un Blanc, et David Wilson, un Noir, ont le coeur à la fête. La symbolique est importante; il y a exactement un demi-siècle, le 17 mai 1954, la Cour suprême des États-Unis mettait fin à la ségrégation dans les écoles.
Robert et David l'ont mentionné au milieu des colonnes corinthiennes de l'église, construite en 1729. La révérende Kim Crawford-Harvie les a unis au moment où le soleil finit par chasser tous les nuages du ciel. Sortis rapidement d'une limousine noire, ils sont entrés par la porte arrière de l'église afin de mieux échapper au cirque médiatique. Précédés par une chorale de soixante hommes, ils se sont avancés main dans la main vers le petit autel. Au milieu de leurs enfants, de leurs petits-enfants (huit au total), de leurs amis et de nombreux curieux, ils ont enfin prononcé les mots tant attendus au moment où les cloches carillonnaient le Songe d'une nuit d'été de Felix Mendelssohn.
Si Oscar Wilde, en arrivant à Boston en 1881, a dit pompeusement «je n'ai rien à déclarer que mon génie», Robert Compton et David Wilson n'ont eu rien d'autre à déclarer que leur amour.
Dans ses rêves les plus fous, l'auteur de An Ideal Husband (Un mari idéal) n'a pas songé un seul instant pouvoir s'unir avec son amant, lord Alfred Douglas, dit «Bossie», à l'instar de Robert Compton, 55 ans, et David Wilson, 60 ans, qui se sont mariés dans une église pleine à craquer de la capitale déjà surnommée la «chapelle d'amour» des homosexuels américains. Non loin de Queency's Market, le quartier historique et touristique de Boston, ils étaient plusieurs centaines à faire le pied de grue devant l'hôtel de ville pour obtenir un certificat de mariage en échange d'une cinquantaine de dollars et d'un test sanguin.
Les premiers mariages dans cet État de six millions d'habitants, dont au moins 5 % se déclarent ouvertement gais et lesbiennes, ont eu lieu aux petites heures du matin à Cambridge, non loin de Harvard, la prestigieuse université.
«C'est un grand jour, c'est un jour historique pour tous les homosexuels de notre pays. C'est en effet la première fois qu'un État américain permet de tels mariages», lance James Singleton, du Gay and Lesbian Advocates Defenders (GLAD), l'organisation qui s'est battue en Cour suprême du Massachusetts pour défendre sept couples homosexuels, dont Robert Compton et David Wilson.
La plus haute instance judiciaire de l'État de John Kerry, le challenger démocrate de George W. Bush (les deux sont contre les mariages gais), avait donné sa bénédiction au same-sex marriage, le 18 novembre dernier. La décision de la Cour a soulevé l'ire du gouverneur républicain, Mitt Romney, qui a fait voter un amendement constitutionnel, le 11 mars, autorisant les unions civiles entre gais et lesbiennes mais interdisant du même coup les mariages homosexuels.
Robert Compton et David Wilson scellent donc leur union, commencée il y a neuf ans, avec une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. S'ils ont pu se marier à l'église d'Arlington Street, c'est parce que l'amendement n'entre en vigueur qu'en novembre 2006. Mais là encore, rien n'est joué puisqu'un second vote devra être tenu, éventuellement suivi d'un référendum.
Boules de cristal
Mais toutes les boules de cristal du Massachusetts sont unanimes: il sera difficile dans deux ans de revenir en arrière et de rayer d'un trait de plume des milliers de mariages. Le couple Compton-Wilson le sait bien. L'opposition de Mitt Romney ressemble déjà à un baroud d'honneur. Mary Bonauto, l'avocate de GLAD qui a défendu les sept couples homosexuels — ils ont été les premiers à se marier hier — a d'ailleurs rassuré tous ceux et celles qui ont reçu leurs certificats de mariage: «Les mariages gais sont là de bon.» Les opposants ont à peine montré le bout de leur nez, hier.
C'est devant les tribunaux que s'amorce la bataille. Ce qui commence aujourd'hui, c'est une guerre culturelle entre des électeurs républicains, massivement opposés aux mariages gais, et les électeurs démocrates, plutôt divisés.
«La cassure culturelle est plus importante que jamais entre les deux camps. Ce n'est pas très sain. Il y a actuellement un dialogue de sourds aux États-Unis, surtout depuis l'élection de Bush», souligne Marshall Ingwerson, le rédacteur en chef du respecté et influent Christian Science Monitor, totalement neutre dans l'affrontement pour ou contre les mariages gais qui, en cette année électorale, fait monter de quelques crans la polarisation de la vie politique aux États-Unis. Déjà, écrit le Boston Globe, les républicains sont prêts à se servir des mariages gais «comme symbole des valeurs de gauche, une tactique qui pourrait être efficace dans les États cruciaux du sud des États-Unis et du Midwest».
Pour l'heure, Robert Compton, un Blanc, et David Wilson, un Noir, ont le coeur à la fête. La symbolique est importante; il y a exactement un demi-siècle, le 17 mai 1954, la Cour suprême des États-Unis mettait fin à la ségrégation dans les écoles.
Robert et David l'ont mentionné au milieu des colonnes corinthiennes de l'église, construite en 1729. La révérende Kim Crawford-Harvie les a unis au moment où le soleil finit par chasser tous les nuages du ciel. Sortis rapidement d'une limousine noire, ils sont entrés par la porte arrière de l'église afin de mieux échapper au cirque médiatique. Précédés par une chorale de soixante hommes, ils se sont avancés main dans la main vers le petit autel. Au milieu de leurs enfants, de leurs petits-enfants (huit au total), de leurs amis et de nombreux curieux, ils ont enfin prononcé les mots tant attendus au moment où les cloches carillonnaient le Songe d'une nuit d'été de Felix Mendelssohn.
Si Oscar Wilde, en arrivant à Boston en 1881, a dit pompeusement «je n'ai rien à déclarer que mon génie», Robert Compton et David Wilson n'ont eu rien d'autre à déclarer que leur amour.
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