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    Lettre

    Philosophie ou profession de foi?

    29 décembre 2017 | Gérald Blanchard Le 24 décembre 2017 | Éthique et religion

    Commentaires sur « Le Jésus du professeur Guillemin » de Louis Cornellier, proposé comme Devoir de Philo en date du 23 décembre 2017.

     

    À chaque période des Fêtes, Le Devoir publie un texte sur la dimension religieuse de la fête de Noël. Même en étant un sceptique non croyant, je tolère que mon journal accueille le discours religieux dans ses pages d’opinion. Cependant, cette année, le texte qui joue ce rôle nous est proposé comme leçon de philosophie. Donc, contrairement à mes habitudes de respecter les croyances de mes concitoyens, je dois réagir pour contester les affirmations que Cornellier emprunte à Guillemin et qu’il qualifie « d’irrécusables ».

     

    D’abord, si la philosophie a continué d’être enseignée dans nos établissements d’enseignement supérieur, c’est, entre autres, parce qu’elle permet de développer des habiletés pour produire un discours raisonné. Mais, c’est ici que le bât blesse, comment avoir un discours raisonné si, d’entrée de jeu, la proposition devant servir de prémisse, soit la croyance dans la résurrection de Jésus de Nazareth, est déclarée irrécusable ? Voilà ! Le discours philosophique prend fin. Il s’agit désormais de théologie où chacun peut faire état de sa foi. Mais croire en quoi ? Au christianisme, bien sûr. Mais sous quelle mouture ? Là aussi, pour Guillemin et Cornellier, c’est l’Église catholique qui détient la vérité.

     

    Et que doivent faire les autres lecteurs du Devoir ? Repartir bredouilles ? Je doute que c’eût été une solution retenue par Laurendeau, qui, sans afficher son agnosticisme avoué en fin de vie, respectait celui de ses lecteurs.

     

    Enfin, que dire des lecteurs d’autres sectes chrétiennes, des juifs, des musulmans, des bouddhistes, etc. ? Sans doute qu’ils ont, selon la logique de Cornellier, droit à leurs propres vérités irrécusables. Il semble dire que l’important, c’est de croire. Selon lui, il n’y a rien de pire que celui qui se limite à l’approche scientifique pour faire la distinction entre le vrai et le faux.

     

    Par ailleurs, l’événement de l’année, que tous les citoyens de bonne foi peuvent accepter sans problème, est de nature scientifique. Il s’agit bien sûr de la collision de deux étoiles à neutrons, un événement qui s’est produit il y a plusieurs milliards d’années et dont l’information vient de nous parvenir sous forme d’ondes gravitationnelles. Voilà une vérité scientifique qui ne se réclame pas d’être certaine. Seulement, d’être crédible dans la mesure de l’acceptabilité de la preuve transparente sur laquelle elle est fondée. Et contrairement à l’affirmation voulant que Jésus de Nazareth soit ressuscité, elle ne se réclame pas d’être irrécusable. Seulement probable.

    Réponse du chroniqueur Ce qui est irrécusable, selon Guillemin, ce n’est pas la résurrection de Jésus, c’est la métamorphose des apôtres, qui sont passés de l’abattement à la joie en croyant avoir retrouvé Jésus vivant ; c’est leur foi en la résurrection et non cette dernière comme telle. Guillemin, de plus, ne dit pas, comme l’écrit M. Blanchard, que « c’est l’Église catholique qui détient la vérité ». Très critique envers l’institution, il affirme plutôt croire à la valeur du message évangélique. Le regretté professeur, enfin, ne dévalorise jamais la science. Il dit simplement qu’il ne s’agit pas du seul type de connaissance valable et que la poésie et la musique « disent aussi des choses essentielles » sur la vie, tout comme le christianisme en matière de morale. Que M. Blanchard se rassure : le Devoir de philo n’a pas pour mandat d’incarner la ligne éditoriale du Devoir, mais de nourrir la réflexion des lecteurs, en présentant des points de vue inspirés par de grands penseurs. Que doivent faire ceux qui ne partagent pas les idées défendues dans mon récent Devoir de philo ? Ce qu’ils veulent, évidemment. Comme Guillemin, je crois à la liberté de conscience. Louis Cornellier












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