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    Dominique Wolton, confesseur du pape François

    L’auteur Dominique Wolton a rencontré le chef de l’Église catholique pour une série d’entretiens tenus sous le signe de la confiance et de l’ouverture

    16 décembre 2017 | Christian Rioux - Correspondant à Paris | Éthique et religion
    Ce qui a d’abord surpris Dominique Wolton, c’est la bonté du regard et l’humour du pape François.
    Photo: Andrew Medichini Associated Press Ce qui a d’abord surpris Dominique Wolton, c’est la bonté du regard et l’humour du pape François.

    On ne confesse pas tous les jours le pape. L’an dernier, le spécialiste de la communication Dominique Wolton s’est mis en tête de réaliser une série d’entretiens avec nul autre que le pape François. Il s’est donc mis à sa table de travail pour construire le plan d’un livre et lui envoyer sa proposition par courriel.

     

    Un mois plus tard, il était convoqué, toujours par courriel, à Rome.

     

    « Ce fut la panique, dit-il. Je pensais qu’on allait discuter du projet. En fait, on a immédiatement commencé à discuter. Ce qui a joué pour moi, c’est le fait que je n’étais ni Italien, ni journaliste, ni prêtre. Je lui ai dit que j’étais agnostique et laïque à 100 %. Français, quoi ! Mais il aime bien les Français et la tradition voltairienne. »

     

    Le premier entretien dura une heure et demie. Il y en aura une douzaine s’étalant sur près d’un an, toujours dans la résidence Sainte-Marthe où a choisi d’habiter le pape, à deux pas de la basilique.

     

    Wolton avait déjà publié des entretiens avec Raymond Aron, le cardinal Lustiger et Jacques Delors. Si l’Église l’intéresse, c’est comme force spirituelle et surtout parce que c’est une institution qui a traversé les millénaires, dit-il.

     

    « On doit bien admettre que cette institution est un anachronisme et qu’elle aurait dû disparaître. Elle m’intéresse dans le cadre de la mondialisation, car d’emblée l’Église catholique, c’est l’universalité. C’est la seule religion qui pose la mondialisation non pas comme enjeu politique, mais dans sa dimension spirituelle. »

     

    Ce premier pape non européen et jésuite, constate Dominique Wolton, a vite fait ses marques. D’abord, il s’est rendu à Lampedusa pour défendre les migrants. Ensuite, en revenant de Rio, il a affirmé : « Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? »

     

    Ce qui a d’abord surpris Dominique Wolton, c’est la bonté du regard et l’humour du personnage. « On n’a pas arrêté de rigoler pendant ces entretiens. Ce qui m’a aussi frappé, c’est l’immense confiance. Je lui envoyais des questions et il ne les lisait même pas. Il n’a jamais posé de condition. »

     

    À la recherche du « peuple »

     

    Selon Wolton, le pape sait qu’à 81 ans son mandat sera court. Ce qui le définirait le mieux, dit-il, c’est qu’il se veut proche du peuple. Son opposition à la théologie de la libération ne l’empêche pas de se référer sans cesse au peuple. À une époque où l’idée même de « peuple » est contestée par la gauche, qui l’a pourtant inventée, François y fait référence sans cesse.

     

    « Pour lui, le peuple, même si c’est un concept mythique, est ce qui permet de réunir les gens au-delà de leurs différences, en dehors de la richesse, dit Wolton. Chez nous, en Europe et en Amérique du Nord, on voit moins le peuple. Pour lui, le peuple est une unité fondamentale incontournable. Car il y a les dominants et les autres. »

    Ce qui m'a frappé, c'est l'immense confiance. Je lui envoyais des questions et il ne les lisait même pas. Il n'a jamais posé de condition.
    Dominique Wolton
     

    De l’écrivain catholique Léon Blois, qu’il avait cité du haut du balcon le soir de son élection, le pape a hérité une véritable détestation de l’argent, qu’il qualifie même de « fumier de Satan ».

     

    Pourtant, Wolton raconte que François rigolait chaque fois qu’il le taquinait en lui disant que l’Église, même si elle les a toujours dénoncées, ne s’était pas suffisamment révoltée depuis un siècle contre les inégalités croissantes dues à la mondialisation. Et cela, alors qu’elle n’a pas arrêté de s’occuper des moeurs !

     

    Selon Wolton, si le pape a confié à des femmes certains postes de la Curie et entrouvert la communion pour les hommes et les femmes divorcés, il se pourrait qu’un jour il ne soit pas hostile au mariage des prêtres.

     

    « Mais, alors que sur ces questions nous raisonnons sur un ou deux siècles, lui se situe dans 2000 ans d’histoire. Il a une espèce de confiance tranquille. Quand on lui pose ces questions, il répond : “Si ce n’est pas moi, ce sera mon successeur.” »

     

    Pentecôte et diversité culturelle

     

    Même chose en ce qui concerne la diversité culturelle. Chaque fois qu’on lui en parle, dit Wolton, il ne semble pas comprendre et cite la Pentecôte, où les apôtres qui reçoivent l’Esprit saint sous la forme de langues de feu se mettent à parler dans toutes les langues.

     

    « Pour lui, on a tout dit avec la Pentecôte. Quand je lui explique qu’aujourd’hui on écrase la diversité linguistique et les différences culturelles, qu’on impose l’anglais partout, il me répond que ce n’est pas grave. Il est optimiste et considère qu’à l’échelle de l’histoire, ça ne va pas durer. »

     

    Cela lui vient peut-être des Jésuites, qui ont été parmi les premiers explorateurs et les premiers évangélisateurs et qui n’ont en effet jamais craint la diversité culturelle. Au contraire, ce sont des Jésuites qui ont transcrit les langues autochtones.

     

    Le rapport du pape à la modernité est aussi inséparable de cette vision longue de l’histoire, explique Dominique Wolton.

     

    « Il n’a pas de problème avec la modernité des modes de vie et des rapports humains, dit-il. Par contre, il considère que la modernité ne vaut rien sans la tradition. Là-dessus, je crois qu’il a un coup d’avance sur nous. Il dit qu’il faut réhabiliter le conflit tradition/modernité, car la modernité ne vaut que lorsqu’elle est en tension avec quelque chose. Lorsqu’elle devient une idéologie, et c’est souvent le cas, elle est dangereuse. Le pape dit d’ailleurs à l’Occident d’arrêter de s’admirer dans le miroir de la modernité. Car, sans la tradition, cette modernité ne vaut rien. »

     

    On comprend pourquoi, au long de ces entretiens, le pape fait référence à Léon Bloy, à Georges Bernanos, et surtout à Charles Péguy, qu’il semble connaître sur le bout des doigts. Les deux derniers n’ont-ils pas magnifié le peuple et son rapport à l’histoire ? De Péguy, mort au début de la guerre de 1914, il dira : « Il était plus chrétien que moi. »

     

    Au fil de la lecture, on est surpris par le langage franc qu’utilise le pape pour parler de l’islam. De quoi faire sursauter plus d’un défenseur du multiculturalisme.

     

    Ainsi, concernant les textes sacrés, il estime que cela « ferait du bien [aux musulmans] de faire une étude critique du Coran, comme nous l’avons fait avec nos Écritures. La méthode historique et critique d’interprétation les fera évoluer ».

     

    Sur ces questions et sur d’autres, dit Wolton, le pape a moins de conflits avec son prédécesseur Benoît XVI qu’on ne le croit.

     

    « Mais ils sont sur deux planètes différentes. François n’est pas un professeur, mais un pasteur. Ce n’est pas lui qui va se battre sur la liturgie. L’essentiel pour lui est d’être près du peuple. »

     

    Encore et toujours le peuple !













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