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    Protestants et catholiques soulignent les 500 ans de la Réforme

    31 octobre 2017 10h36 | John MacDougall - Agence France-Presse à Wittenberg | Éthique et religion
    La ville allemande de Wittenberg, berceau de la rébellion fondatrice de Martin Luther
    Photo: John MacDougall Agence France-Presse La ville allemande de Wittenberg, berceau de la rébellion fondatrice de Martin Luther

    Protestants, mais aussi catholiques, célébraient mardi le 500e anniversaire de la Réforme, avec un appel au pardon et à l’unité et un office en présence de la chancelière allemande Angela Merkel à Wittenberg, berceau de la rébellion fondatrice de Martin Luther.

     

    Selon la tradition, c’est de la porte d’une église gothique de cette ville de l’est de l’Allemagne qu’est parti l’un des plus grands séismes théologiques du christianisme, la remise en cause de l’Église catholique par une critique des abus de l’institution papale et du culte des saints.

     

    Le 31 octobre 1517, le clerc et théologien Martin Luther y aurait placardé sa Dispute, plus connue sous le nom de « 95 thèses », le texte fondateur de la Réforme protestante qui marque sa rupture avec le catholicisme.

     

    Mme Merkel, le président Frank-Walter Steinmeier et plusieurs responsables politiques et religieux sont attendus dans cette église pour un office qui doit marquer la fin d’un jubilé célébré à travers le monde.

     
    C’est de la Réforme que sont venus beaucoup de changements sociétaux.
    La chancelière allemande Angela Merkel
     

    Les commémorations de cet anniversaire avaient été lancées il y a un an à Lund, en Suède, en présence du pape François, un fait longtemps impensable, les relations entre catholiques et protestants ayant été marquées par des siècles de violences.

     

    Au cours de cette année, « nous avons demandé pardon pour nos échecs et pour la manière dont les chrétiens ont blessé le Corps du Seigneur et se sont offensés mutuellement », ont annoncé le Vatican et la Fédération luthérienne mondiale dans un communiqué conjoint publié mardi.

     

    Parallèlement, « nous nous engageons à continuer à cheminer ensemble [...] en quête d’un consensus substantiel pour aplanir les différences qui subsistent entre nous », a ajouté le texte.

     

    En effet, « pour la première fois, les luthériens et les catholiques ont considéré la Réforme dans une perspective oecuménique », avec « un regard neuf » sur ce qui a conduit à la rupture. « Il apparaît clairement que ce que nous avons en commun est bien plus grand que ce qui nous divise encore », a insisté la déclaration commune.

     

    Le texte a évoqué en particulier la situation des couples mixtes catholiques-protestants qui souhaiteraient pouvoir communier dans les deux Églises, assurant que c’était « l’objectif de nos efforts oecuméniques ».

     

    Jour férié en Allemagne

     

    En Allemagne, cette « Journée de la Réforme » a revêtu un caractère particulier : le 31 octobre était déjà un jour férié dans plusieurs régions allemandes, mais pour l’occasion, toute l’Allemagne chômait mardi.

     

    « C’est de la Réforme que sont venus beaucoup de changements sociétaux », a souligné samedi Mme Merkel, elle-même fille de pasteur luthérien, dans son balado hebdomadaire.

     

    Insistant sur la relation « très intéressante en Allemagne de l’Église et de l’État, sans la séparation complète comme en France », elle a estimé que le christianisme était « l’un des fondements » de la culture du travail en Allemagne.

     

    Ces célébrations du demi-millénaire de la Réforme, marquées par des offices, expositions et rassemblements à travers 700 villes allemandes, ont attiré 3 millions de visiteurs en 2017, selon le ministère allemand de la Culture.

     

    La ville de Wittenberg s’est préparée depuis des mois à cette occasion. Des hamburgers aux canards en plastique en passant par les eaux de vie, les boutiques de souvenirs sont envahies de produits dérivés à l’effigie de Martin Luther.

     

    Le moine allemand a en outre été l’un des premiers écrivains de langue allemande et l’auteur de la première traduction de la Bible en langue vernaculaire.

     

    Son nom s’est aussi retrouvé associé à l’une des pages les plus sombres de l’histoire allemande. Parce qu’il s’en prenait au judaïsme dans ses écrits, il a été une référence de l’idéologie nazie qui l’utilisait comme caution religieuse.

     

    Désormais éclatée en une myriade d’Églises, la population protestante mondiale est difficile à évaluer. Un rapport du centre de recherche indépendant américain Pew Research Center évalue à plus de 800 millions les protestants « définis au sens large » dans le monde, soit plus du tiers de l’ensemble des chrétiens, tandis que les catholiques en constituent environ la moitié et les orthodoxes 12 %.

     

    Dans la ville de Luther, un bas-relief antisémite suscite la discorde

    Faut-il retirer un bas-relief antisémite de l’église de Wittenberg où prêchait Luther ? La controverse agite bien au-delà de la communauté protestante en Allemagne.

     

    À huit mètres de hauteur, la « truie des Juifs » orne depuis le Moyen-Âge l’aile sud de l’Église Sainte-Marie de Wittenberg. Des Juifs et des porcelets tètent le lait d’une truie pendant qu’un rabbin soulève la patte et la queue de l’animal pour scruter son anus.

     

    Ce motif animalier métaphorique, qui visait à provoquer l’aversion pour les Juifs, dérange à Wittenberg.

     

    C’est dans cette ville à moins de 100 km au sud-ouest de Berlin que le moine Martin Luther placarda ses 95 thèses contre les indulgences de l’Église catholique, le 31 octobre 1517, marquant la naissance de la réforme protestante.

     

    Il le fit sur les portes d’une autre église de la ville, la Schlosskirche, où ont lieu mardi les cérémonies du 500e anniversaire en présence d’Angela Merkel. Mais c’est bien dans l’église Sainte-Marie que le théologien allemand (1483-1546) prêcha pour la première fois en allemand. L’édifice est aujourd’hui classé au Patrimoine mondial de l’humanité.

     

    La gêne est d’autant plus grande que l’antisémitisme de Martin Luther a été abondamment documenté par les historiens. Il exhorta à l’époque à brûler les synagogues et rédigea le libelle Des Juifs et de leurs mensonges.

     

    Décrivant le bas-relief ornant son église, le théologien jugeait ainsi que dans l’anus de la truie se trouvait certainement le Dieu des Juifs.

     

    Plusieurs dizaines d’édifices religieux, en Allemagne essentiellement, présentent une telle « truie des Juifs » en bas-relief ou en gargouilles comme la cathédrale de Cologne ou la Collégiale Saint-Martin de Colmar, en France.

     

    À l’occasion du 500e anniversaire, Angela Merkel, elle-même fille de pasteur, a rappelé la face sombre de Luther. Il faut, a-t-elle insisté, porter un regard « très critique » sur l’antisémitisme du père du protestantisme.

     

    Depuis le printemps, des pétitions circulent pour faire retirer l’œuvre calomnieuse ou pour qu’elle soit assortie d’un monument explicatif la replaçant dans son contexte historique. Depuis l’époque communiste est-allemande, il existe déjà une plaque au pied de l’édifice, mais ses détracteurs la jugent insuffisante.

    Yannick Pasquet













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