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    Ottawa lèvera (en partie) le voile sur les Inuits morts de tuberculose

    25 septembre 2017 |Bob Weber - La Presse canadienne | Éthique et religion
    L’ex-député libéral Jack Anawak (à gauche) avait huit ans, en 1956, lorsque des médecins ont emmené sa mère au sud pour lui faire subir des traitements contre la tuberculose. Ci-dessus, l’homme est en compagnie du chef sortant du NPD, Thomas Mulcair, en 2015, au Nunavut.
    Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne L’ex-député libéral Jack Anawak (à gauche) avait huit ans, en 1956, lorsque des médecins ont emmené sa mère au sud pour lui faire subir des traitements contre la tuberculose. Ci-dessus, l’homme est en compagnie du chef sortant du NPD, Thomas Mulcair, en 2015, au Nunavut.

    Après 10 ans de travail, le gouvernement fédéral se prépare à publier une banque de données renfermant toutes les informations disponibles au sujet de ce qui est arrivé aux Inuits atteints de tuberculose et emmenés au sud pour recevoir des soins.

     

    Depuis 2008, Elizabeth Logue — responsable du programme Nanilavut (qui signifie « Trouvons-les ») — et son équipe de chercheurs ont épluché de nombreux documents dans les archives des ministères fédéraux, provinciaux et territoriaux, de même que dans les registres de communautés religieuses, de cimetières, de sanatoriums et d’hôpitaux. Ils ont aussi pu compter sur des témoignages personnels.

     

    Ils ont ainsi pu constituer une banque de données qui rassemble des informations sur environ 4500 Inuits emmenés au sud.

     

    Mme Logue reconnaît toutefois que la banque de données demeure incomplète. On souhaite tout de même la rendre publique rapidement puisque de nombreuses personnes qui cherchent des réponses se font vieillissantes.

     

    Certains dossiers contiennent des détails sur les traitements et le retour des patients dans leur communauté. D’autres dossiers parlent seulement des traitements reçus, sans préciser si le patient a survécu ou non. Des dossiers mentionnent un décès du patient, mais sans précision sur l’endroit où le corps a été enterré. Finalement, quelques dossiers renferment toutes les informations nécessaires, du traitement jusqu’au lieu d’inhumation.

     

    Quelques personnes de la communauté inuite ont déjà pu consulter les données et découvrir ce qu’elles cherchaient. La plupart des autres personnes intéressées vont devoir passer par des groupes de revendication territoriale pour consulter le registre.

    Photo: Bibliothèque et Archives Canada Le jeune Anthony Amauyak, atteint de tuberculose, photographié en mars 1956 au Nunavut.
     

    Elizabeth Logue explique que son équipe travaille en collaboration avec les groupes de revendication territoriale « pour s’assurer que, lorsque les données seront disponibles, le contexte soit aussi expliqué pour raconter toute l’histoire ».

     

    « Prendre connaissance de ces informations pour la première fois pourrait réveiller des traumatismes. Il y aura du soutien offert », ajoute Mme Logue au sujet de cet enjeu qui demeure très sensible.

     

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    L’ex-député libéral Jack Anawak était âgé de huit ans, en 1956, lorsque des médecins sont venus chez lui pour emmener sa mère au sud pour lui faire subir des traitements contre la tuberculose.

     

    Elle est décédée deux ans plus tard dans un hôpital et a été enterrée. Quelque part.

     

    La famille n’a jamais su où se trouvait le corps et le mystère demeure depuis 60 ans un profond trou noir dans le coeur de Jack Anawak.

     

    « Où est-elle enterrée ? Où est-elle décédée ? », s’interroge celui qui a siégé neuf ans à la Chambre des communes à Ottawa.

     

    « On se demande toujours où sont nos êtres chers. Pour moi, c’est très important que l’on puisse clore le dernier chapitre de nos vies. De finalement savoir où sont nos mères et nos pères et de pouvoir les visiter », souligne M. Anawak.

    Prendre connaissance de ces informations pour la première fois pourrait réveiller des traumatismes. Il y aura du soutien offert.
    Elizabeth Logue, chercheuse
     

    Selon Natan Obed du regroupement national Inuit Tapiriit Kanatami, certaines familles cherchent toujours leurs parents, car elles les croient toujours en vie. Certains patients traités au sud auraient été ramenés dans les mauvaises communautés au nord une fois remis sur pieds.

     

    On compte encore aujourd’hui environ 50 fois plus de cas de tuberculose parmi le peuple inuit. La pauvreté et l’état lamentable des logements expliqueraient en partie le problème, mais des sociologues croient que les malades hésitent à se faire soigner, car ils gardent le souvenir des mauvais traitements du passé.

     

    Entre 1953 et 1961, un total de 5240 Inuits, y compris des enfants et des personnes âgées, ont été envoyés au sud pour être soignés. À l’époque, la communauté entière ne comptait que quelque 11 500 personnes.













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