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    Patrimoine religieux

    L’oratoire Saint-Joseph récupère trois vitraux de Nincheri

    15 avril 2017 | Martine Letarte - Collaboration spéciale | Éthique et religion
    Verrière «Centre mondial de dévotion à saint Joseph»
    Photo: Daniel Abel photographe Verrière «Centre mondial de dévotion à saint Joseph»
    Ce texte fait partie d’un cahier spécial.

    Jusqu’à tout récemment, l’oratoire Saint-Joseph-du-Mont-Royal n’avait pas d’oeuvre du grand maître verrier montréalais d’origine italienne Guido Nincheri qui a pourtant créé 5000 vitraux notamment pour 200 églises au Canada et en Nouvelle-Angleterre. Un appel d’un membre de la communauté des Religieux de Saint-Vincent de Paul, à Québec, est venu tout changer en janvier.

     

    « Ils nous offraient trois grands vitraux réalisés en 1964 pour une église dont la destruction en 1971 les avait forcés à relocaliser les oeuvres dans la chapelle de leur scolasticat du chemin Sainte-Foy qui fermait maintenant ses portes », raconte Chantal Turbide, conservatrice du musée et du patrimoine artistique de l’oratoire Saint-Joseph-du-Mont-Royal.

     

    Au départ, elle se demandait pourquoi ces religieux offraient leurs oeuvres à une institution montréalaise plutôt qu’à une de la région de Québec. Elle a tout compris lorsqu’elle a vu les oeuvres : chacune présente un jalon historique de la dévotion à ce saint au pays. L’une d’entre elles, titrée Centre mondial de dévotion à saint Joseph, représente même l’oratoire Saint-Joseph-du-Mont-Royal, le plus grand sanctuaire qui lui est dédié dans le monde.

     

    « De plus, la représentation de saint Joseph dans les vitraux a été vraisemblablement inspirée de la statue de la crypte de l’Oratoire », explique Chantal Turbide qui s’est empressée d’accepter le don.

     

    Une équipe de l’Oratoire s’est donc rendue à Québec pour récupérer les oeuvres en camionnette : elles font chacune 2 mètres de haut et 85 centimètres de large.

     

    Exposition sur saint Joseph

     

    L’appel des Religieux de Saint-Vincent de Paul tombait particulièrement bien pour l’Oratoire. La conservatrice du musée et du patrimoine artistique venait tout juste de constater qu’il lui manquait une oeuvre phare pour compléter l’exposition qu’elle prépare pour cet été sur saint Joseph. Ce don venait régler le problème !

     

    L’exposition doit ouvrir ses portes le 28 mai et on pourra donc y découvrir, entre autres oeuvres, ces trois vitraux posés sur des socles.

     

    Pourrait-on voir un jour ces vitraux dans les fenêtres de l’Oratoire ?

     

    « Nous avons un projet de rénovation et, pour la prochaine phase, je compte bien proposer qu’on intègre ces vitraux », indique Chantal Turbide, une spécialiste de l’art ancien qui a étudié à l’Université de Provence, en France.

     

    Des offres fréquentes

     

    Le musée de l’Oratoire reçoit fréquemment des appels de gens qui souhaitent faire des dons de patrimoine religieux.

     

    « C’est vraiment une coutume d’ailleurs au Québec depuis très longtemps de récupérer le patrimoine, comme l’autel, les bancs et les oeuvres d’anciennes églises pour les remettre en valeur lorsqu’on construit une nouvelle église ou qu’on réalise des rénovations », explique Chantal Turbide.

     

    L’Oratoire lui-même a installé des bancs en bois de différents modèles parce qu’ils proviennent de quelques églises.

     

    Quant à lui, le mobilier de la chapelle du frère André dans la basilique est un don des Soeurs grises qui ont fermé dans le centre-ville leur chapelle maintenant transformée en salle de lecture par l’Université Concordia.

     

    Mais, l’Oratoire, qui a déjà de nombreuses salles remplies à craquer d’oeuvres et de pièces du patrimoine, dont des milliers de crèches provenant des quatre coins du monde, ne peut pas accueillir tous les dons.

     

    D’abord, parce que l’équipe de l’Oratoire doit aller chercher l’oeuvre, ce qui peut occasionner des coûts importants selon ses dimensions et sa localisation.

     

    En outre, accepter une oeuvre entraîne de grandes responsabilités. Il faut souvent commencer par la restaurer et, ensuite, pouvoir la mettre en valeur. Les trois vitraux sont en très bon état déjà et ils seront au coeur de la prochaine exposition, mais d’autres pièces comportent plus de défis.

     

    Par exemple, l’Oratoire a accepté les fresques de Napoléon Bourassa qui avaient été peintes sur les murs de la chapelle de l’Institut Nazareth détruite pour la construction de la Place des Arts au début des années 1960. Si deux pièces ont été restaurées et sont mises en valeur dans la basilique, d’autres gigantesques portions d’un mur arrondi qui avaient été découpées dans la chapelle attendent toujours d’être restaurées et valorisées.

     

    « Les dons acceptés engagent l’institution pour très longtemps, affirme Chantal Turbide, arrivée en poste en 2010. Nous devenons des gardiens du patrimoine. »

     

    Un enjeu de société

     

    Si l’oratoire Saint-Joseph-du-Mont-Royal, avec ses deux millions de visiteurs par année, en fait beaucoup pour tenter de protéger et de mettre en valeur le patrimoine religieux québécois, il ne peut pas tout faire.

     

    « Le Québec est à la croisée des chemins actuellement parce que beaucoup d’éléments du patrimoine risquent d’être détruits prochainement », affirme Chantal Turbide qui siège à différents comités dans le domaine afin de trouver des solutions.

     

    Comme conservatrice, elle considère que la préservation du patrimoine religieux est un enjeu majeur au Québec.

     

    « Il faut regarder au-delà de la question du rejet de la religion dans les années 1960, affirme-t-elle. Les communautés religieuses ont pratiquement tout bâti au Québec, des écoles jusqu’au système de santé et des services sociaux. Elles ont embauché les plus grands architectes et artistes. D’ailleurs, encore aujourd’hui, l’église est souvent encore le plus beau bâtiment dans les villages. C’est comme une signature dans le paysage. On a vu d’ailleurs certains villages détruire leur église et ensuite, avoir l’impression d’avoir perdu leur âme. »

     

    Mais préserver ces bâtiments nécessite des investissements. « Il faut que les différentes parties prenantes, comme les communautés religieuses, les différents ordres gouvernementaux, les citoyens et les associations touristiques notamment s’assoient ensemble pour trouver des solutions, affirme la conservatrice. C’est de notre histoire qu’il est question. »













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