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    Éthique et culture religieuse

    Le débat doit se clore sur le terrain politique

    5 janvier 2017 | Jean-Pierre Proulx - Journaliste et professeur retraité | Éthique et religion
    Le gouvernement doit tenir compte d'un équilibre entre les matières à partir d'une vision cohérente de l'éducation et en arbitrant les attentes sociales plurielles, estime Jean-Pierre Proulx.
    Photo: iStock Le gouvernement doit tenir compte d'un équilibre entre les matières à partir d'une vision cohérente de l'éducation et en arbitrant les attentes sociales plurielles, estime Jean-Pierre Proulx.

    Après avoir passé avec succès le test judiciaire, le débat sur le programme ECR [Éthique et culture religieuse] a atterri en 2016 sur le terrain politique. Dorénavant, c’est là que se joue l’avenir de ce programme déjà objet d’intenses débats sur le plan idéologique.

     

    Sur ce plan, les positions sont bien campées selon que l’on fait partie de la famille des « républicains civiques », des « républicains conservateurs » ou des « penseurs libéraux ». Mais ici, le débat est sans issue. Tout a été dit et écrit. On peut argumenter sans fin, mais personne ne peut trancher. Au surplus, la position des « républicains civiques », dans sa version antireligieuse, est inconciliable avec celle des « libéraux ».

     

    En 2016, les « républicains civiques » sont donc passés sur le terrain politique. Ils ont lancé une pétition à l’Assemblée nationale réclamant « de retirer le volet “culture religieuse” du cours ECR ». Elle a recueilli près de 5400 signatures. À l’échelle du Québec, c’est peu. Mais en recevant l’appui du chef du PQ, Jean-François Lisée, et de son porte-parole en matière d’éducation, Alexandre Cloutier, les « républicains civiques » ont nettement renforcé leur position. Déjà, le chef du PQ a promis de remplacer le volet culture religieuse par l’éducation civique. Soit dit en passant, en 2007, alors « communautarien », il prônait le maintien des enseignements religieux confessionnels ! Autre position politique inattendue, le Conseil du statut de la femme a recommandé au gouvernement « que la dimension religieuse soit intégrée dans le programme d’histoire ».

     

    Laïcité ouverte

     

    De leur côté, les « penseurs libéraux » qui se réclament de la « Laïcité ouverte » ont encore peu occupé le terrain politique. Néanmoins, dans un communiqué du 14 décembre, l’Association québécoise [des enseignants] en éthique et culture religieuse interpellait Sébastien Proulx, le ministre de l’Éducation, sur ses intentions touchant la révision du programme et réclamait d’y participer. On y regrettait aussi « l’instrumentalisation politique récente du programme ECR par le Parti québécois (PQ) depuis l’arrivée de Jean-François Lisée à sa tête ». Mais, pas de chance, seul le Huffington Post a relayé le communiqué.

     

    De fait, c’est au politique de trancher ce débat. En effet, c’est le gouvernement qui fixe le curriculum, et le ministre de l’Éducation qui adopte les programmes. Ils doivent le faire en tenant compte d’un équilibre entre les matières à partir d’une vision cohérente de l’éducation et en arbitrant les attentes sociales plurielles.

     

    Et sur le terrain politique, il existe de bons arguments pour conserver le programme ECR. D’abord, outre qu’il a été amplement justifié, ECR reçoit l’appui d’une majorité significative de Québécois. En mars 2015, la maison de sondage SOM a posé la question suivante à 1214 Québécois : « À votre avis, devrait-on abolir le cours d’éthique et de culture religieuse dans les écoles primaires et secondaires ? » ; 33 % ont répondu oui, 62 % ont répondu non. Ce sondage en confirmait un autre mené en 2012 à la suite de la décision de la Cour suprême approuvant le caractère obligatoire du cours : 60 % s’étaient dits d’accord avec cette décision. Certes, un sondage ne confère pas seul la légitimité à un objet social ; il y participe néanmoins sur le plan démocratique et sur celui de l’acceptabilité sociale. Les politiciens y sont sensibles.

     

    Critiques

     

    Tant ceux qui estiment ce programme pertinent, que le ministère et ceux qui le dispensent doivent par ailleurs prendre sérieusement en compte certaines des critiques dont il est l’objet. Elles ne sont pas toutes sans fondement.

     

    L’une d’elles concerne le temps accordé à ce cours. Pour l’heure, il s’enseigne durant les six ans du primaire et durant quatre des cinq années du secondaire. C’est trop, surtout en comparaison du temps accordé à d’autres disciplines tout aussi pertinentes. Du reste, le rapport de 1999 du Groupe de travail sur la place de la religion à l’école précisait : « Ce statut d’enseignement obligatoire ne signifie pas pour autant qu’il doive être dispensé de façon continue à chaque degré du primaire et du secondaire. »

     

    À la fin du primaire, on pourrait consacrer quelques heures aux religions, peut-être dans le cadre du programme de l’univers social. Au secondaire, on pourra leur accorder une place plus grande en même temps qu’à l’athéisme et l’agnosticisme. Un regard plus critique sur les religions pourrait aussi s’exercer avec les grands adolescents.

     

    En terminant, notons que le très officiel Comité sur les affaires religieuses du MEQ est muet depuis 2013. Il a pourtant comme mission de « donner son avis sur les aspects religieux des programmes d’éthique et de culture religieuse ». Au chômage ou mutisme obligé ? Mystère !













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