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    La question catholique et l’aide médicale à mourir

    4 octobre 2016 | Louis-André Richard - Ph. D., Professeur de philosophie, Cégep de Sainte-Foy | Éthique et religion
    La question des funérailles catholiques aux personnes décédées par euthanasie ou suicide assisté ne saurait se résoudre en un refus catégorique ou une acceptation d’emblée.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La question des funérailles catholiques aux personnes décédées par euthanasie ou suicide assisté ne saurait se résoudre en un refus catégorique ou une acceptation d’emblée.

    En cohérence avec sa position sur le respect de la vie et son caractère sacré, l’Église serait-elle avisée de célébrer des funérailles catholiques aux personnes décédées par aide médicale à mourir ou par suicide assisté ? Telle est la question au coeur de la polémique médiatique de la semaine. La réponse fournie par certains évêques de l’ouest du pays consterne certains, en choque d’autres, mais ne laisse personne indifférent. Pour ma part, je crois pertinent de vanter les mérites de la question elle-même.

     

    Dans une démocratie moderne, laïque et libérale, le rôle politique du religieux est difficile à cerner. Mais posons comme Alexis de Tocqueville, célèbre auteur de La démocratie en Amérique, qu’en même temps que la loi permet au peuple de tout faire, la religion l’empêche de tout concevoir et lui défend de tout oser. C’est ce qui donne sens et à-propos à l’interrogation des évêques.

     

    Je rappelle pour mémoire, et contre toutes les manipulations démagogiques à suggérer le contraire, que la loi 2 du Québec n’a pas été adoptée dans le consensus et l’unanimité. Elle a été construite contre l’avis exprimé lors de la commission parlementaire par une majorité d’intervenants. En effet, 59 % des avis, toutes origines confondues, ont exprimé sans équivoque une réticence marquée à l’endroit d’une loi offrant l’aide médicale à mourir. De plus, la très grande majorité des personnes impliquées en soins palliatifs y étaient opposées. Devant l’irrésistible logique du droit au « tout faire », le facteur d’expansion des lois favorisant l’accès à l’aide médicale à mourir croît à une vitesse formidable et donne l’impression de rallier la société civile.

     

    Ainsi la question posée par les évêques de l’Ouest jette un pavé dans la mare du politically correct. Ils sont métamorphosés en suspects de convenance. Mais leur question n’en demeure pas moins intéressante et importante. Elle permet de réfléchir à la cohabitation du religieux et du politique, à la séparation comme à l’autonomie des institutions au coeur de la communauté politique. Pour cela, il faut avoir de la gratitude.

     

    La gestion de la réponse…

     

    Je ne suis pas théologien, mais je comprends que l’Église envisage l’existence terrestre dans la perspective du ciel à la rencontre de la cité de Dieu. Une telle perspective divise — ou du moins nuance — l’art de vivre la citoyenneté. Le chrétien est invité à rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Une telle posture impose un modus vivendi en décalage avec la posture de celui qui ne se sent redevable qu’à César. La question des évêques de l’Ouest trouve une autre source de légitimité, me semble-t-il.

     

    Mais alors qu’en est-il de la réponse ? Ceux de l’Ouest disent « non » à quiconque souscrit à l’aide médicale à mourir et ceux de l’Est affirment le « oui » au nom de la charité. Je caricature, mais entre les extrêmes, la voie moyenne doit tracer le chemin. Il serait ridicule d’exacerber tant la rigidité que la souplesse. La question des funérailles catholiques aux personnes décédées par euthanasie ou suicide assisté ne saurait se résoudre en un refus catégorique ou une acceptation d’emblée. Ici, comme dans tout ce qui engage les actes humains, le discernement fait son nid au cas par cas. Alors la conscience du pasteur avec celle de la famille du défunt traceront ensemble la voie convenable.

     

    Il me vient cependant en tête deux conseils évangéliques adressés aux gens d’Église. Le premier vise à modérer les éventuelles réponses à l’emporte-pièce, trop intransigeantes. Devant les défis apparemment titanesques de la vie chrétienne, le Christ rassure en affirmant qu’il y a de nombreuses places dans la maison du Père. Contre la tentation de faire du ciel un centre commercial où la vie éternelle est toujours en solde, le Christ met en garde ses amis en rappelant de choisir la voie qui passe par la porte étroite.

     

    La loi de la foi…

     

    On retiendra que seul l’amour est digne de foi. Les seules fins de vie dignes de ce nom sont tributaires de l’amour qui les anime et les accompagne. C’est une des raisons et peut-être la raison principale expliquant la réticence des agents au service des soins palliatifs contre la pratique de l’aide médicale à mourir. Le mouvement de l’accompagnement palliatif est de marque chrétienne quant à son origine et il en hérite encore quant à son esprit. L’amour chrétien est plus riche, plus complexe et plus profond que toutes les autres formes possibles.

     

    Là est le lieu d’un véritable mystère et, sous cet angle, le cardinal Lacroix a raison de dire que, du point de vue de Dieu, le ciel est pour tous. Mais la question doit être traitée du point de vue des hommes, et c’est pourquoi elle reste si importante à examiner dans la constante reconfiguration des liens civiques entre l’Église et l’État. Comme le disait si bien James Madison : « Si les hommes étaient des anges, aucun gouvernement ne serait nécessaire. » Cela est vrai de tous et pour tous, sous les régimes des deux cités, celle de Dieu comme celle des hommes.

     

    Tocqueville a toujours raison. L’Église reste utile à la société civile. Elle dérange ce qui nous arrange dans nos velléités à tout se permettre. Elle arrange ce qui nous dérange au service des plus vulnérables.













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