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    Lire religieux

    L’Évangile selon Messadié

    Jésus dit Barabbas
    Gerald Messadié
    JC Lattès
    Paris, 2014, 408 pages

    Gerald Messadié est un original. Vulgarisateur scientifique — il a longtemps dirigé le magazine Science et Vie —, essayiste et romancier prolifique, il entretient une fascination pour le christianisme. « Depuis ma lointaine enfance, écrit l’homme de 83 ans, le personnage de Jésus a occupé une place croissante dans mon esprit et je n’ai jamais cessé de méditer sur la portée de son enseignement et les raisons d’une influence qui s’est perpétuée au travers de vingt siècles. »

     

    On doit à Messadié une foule d’ouvrages sur le sujet, notamment Contradictions et invraisemblances dans la Bible (L’Archipel, 2013) et le célèbre roman-essai L’homme qui devint Dieu (Laffont, 4 vol., 1988-1995), dans lequel l’auteur affirme que Jésus a été descendu de la croix avant de mourir, ce qui expliquerait sa « résurrection ». Érudit, Messadié comble les lacunes des textes sacrés en formulant des hypothèses plausibles, inspirées par d’autres documents historiques. Ses interprétations ne trouvent pas grâce aux yeux des experts, mais elles sont captivantes.

     

    Dans Jésus dit Barabbas, un livre présenté comme un roman mais accompagné d’un appareil de notes exégétiques, Messadié remet ça. Il reprend sa thèse selon laquelle Jésus, grâce à un complot de Joseph d’Arimathie et de Nicodème, aidés d’un centurion romain corrompu, ne serait pas mort sur la croix. La crucifixion, explique l’écrivain, « était un supplice lent ». Or, Jésus ne serait resté en croix que deux heures. Les comploteurs, qui l’admiraient, l’auraient donc sauvé, en organisant la mise en scène qui a suivi. Au passage, Messadié en profite pour souligner l’invraisemblance d’éléments comme le lavage des mains de Pilate, la couronne d’épines du Christ, l’écriteau INRI, le cloutage des pieds et des mains et la responsabilité du peuple juif du temps dans la condamnation de Jésus.

     

    Le titre du livre fait référence à ce dernier élément. Le nom Barabbas, qui devrait se lire « bar abbas », est araméen et signifie « fils du père ». Or, explique Messadié, « aucun homme n’aurait pu porter ce nom, même comme surnom, sauf à se couvrir de ridicule, à l’exception de celui qui se définissait comme le Fils du Père, Jésus ». Barabbas, c’est donc Jésus lui-même, et c’est bien ce dernier « dont les Juifs, assemblés devant le prétoire de la résidence de Pilate, avaient demandé la libération », en reconnaissance, notamment, des multiples guérisons qu’il avait accomplies pour plusieurs d’entre eux.

     

    La vision de Messadié est étonnante : elle réinterprète la résurrection pour la rendre compatible avec un point de vue matérialiste, mais elle accepte, bien qu’en en fournissant des explications scientifiques dans plusieurs cas, les autres miracles de Jésus.

     

    Nouvelle version des Évangiles, ce roman-essai présente Jean-Baptiste et Jésus comme des compagnons de route des Esséniens, prête à Jésus une liaison avec Marie de Magdala et fait de Judas un initié, allié du Christ. Cette variante, justifiée par des raisons historiques et linguistiques, explique Messadié, n’affecte pas les fondements de l’enseignement de Jésus sur « l’ardeur et la pureté du coeur », de même que sur « la recherche de la vérité ». Les hypothèses qu’elle avance sont parfois extravagantes, mais elles ne manquent pas de passionner et de stimuler la réflexion.

    Jésus dit Barabbas
    Gerald Messadié, JC Lattès, Paris, 2014, 408 pages












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