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    Le pape François fait trembler le Vatican

    Un an plus tard, les derniers murets d’un style de gouvernance monarchique s’effritent

    15 mars 2014 |Solange Lefebvre - Titulaire de la Chaire religion, culture et société à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal | Éthique et religion
    Jour d’audience à Rome
    Photo: Agence France-Presse (photo) Andreas Solaro Jour d’audience à Rome

    Après la surprise de la démission d’un pape et de l’élection de son successeur argentin en 2013, les médias portent une attention extraordinaire à la papauté catholique. Depuis, se déploie sous les yeux du monde une papauté chaleureuse et si populaire que François fut proclamé « personnalité de l’année » par le magazine Time et fit même la une du magazine Rolling Stone le 28 janvier dernier, qui sous-titrait : « The times they are a-changin’at the Vatican. » Les conservateurs le trouvent parfois trop libéral, voire marxiste, mais les foules et les médias l’aiment. 80 % des catholiques américains l’apprécieraient.

     

    Sa fameuse phrase à propos des prêtres homosexuels n’en finit plus de faire des vagues : « Qui suis-je pour juger ? » Est-ce qu’un vent de réforme soufflerait sur la vénérable et ancienne institution catholique romaine ? Sur certains aspects, indéniablement. S’il se montre proche, « populiste » comme le suggère The Economist par le biais de son biographe, à l’image de certains politiciens du Sud, le pape est néanmoins très ferme lorsqu’il s’agit de réformer le Saint-Siège. Il vient de créer un important secrétariat visant à centraliser toutes les affaires économiques du Saint-Siège et les employés de la Curie et du Vatican craignent pour leur emploi, alors qu’un grand nombre de familles romaines y détiennent des privilèges acquis fort coûteux depuis des lustres. Les derniers murets d’un style de gouvernance monarchique s’effritent sous nos yeux.

     

    La petite révolution opérée par François concerne aussi le ton avec lequel l’Église catholique parle au monde. Il secoue les évêques, prêtres et agents de pastorale. Dans l’un de ses textes concernant la sélection des évêques (27 février 2014), il a demandé que l’on choisisse d’authentiques pasteurs prêts à accompagner les personnes dans leur cheminement spirituel, et non des hommes soucieux de mesurer l’écart séparant les gens des vérités doctrinales. Ce ton pastoral tranche avec celui des 30 dernières années, traversées de combats publics sur les questions éthiques litigieuses, alors qu’un discours très moralisateur fut tenu par plusieurs évêques dans le monde. Après les années de scandales internes autour des abus sexuels, ce tournant est plus que bienvenu.

     

    Dans le plus long texte qu’il ait publié jusqu’à maintenant, Evangelii Gaudium (24 novembre 2013), le pape ne mâche pas ses mots et presse les chrétiens engagés d’être plus joyeux et plus pertinents, y compris dans les homélies, devenues souvent ennuyeuses.

     

    Une troisième révolution opérée sous le présent pontificat concerne la théologie de la libération. Le père de celle-ci, le dominicain péruvien Gustavo Gutierrez, âgé de 85 ans, a été invité à donner une conférence auprès de la puissante Congrégation pour la doctrine de la foi, il y a quelques jours, à l’occasion du lancement d’un livre signé par le grand patron de la congrégation, le cardinal Gerhard Müller. L’ouvrage portant sur la pauvreté réhabilite la théologie de la libération, l’estimant non pas idéologique et marxiste, mais théologique. Dès le début de son pontificat, François « débloquait » le processus du procès de canonisation de Mgr Romero, martyr des pauvres, assassiné en pleine messe au Salvador en 1980. Evangelii Gaudium comporte quelques développements sur l’inefficacité du système économique à répondre aux défis mondiaux de la pauvreté.

     

    Une ombre au tableau de ce bilan : dans la dernière semaine, une entrevue du pape a fait parler d’elle car il y défend l’Église comme institution ayant réagi de manière plus vigoureuse que d’autres pour répondre au vaste problème des abus sexuels. Il y rappelle qu’on trouve davantage d’abuseurs dans les voisinages et les familles. Les grands bilans de sa première année observent qu’il n’a encore rencontré aucune victime. Voilà qui nous ramène à un problème profond de cette institution, prompte à donner des leçons sur la sexualité, de même qu’à dénier ses propres contradictions.

     

    Doit-on attendre du pape François des réformes plus fondamentales attendues d’un grand nombre ? Les paris sont lancés, plusieurs estimant qu’il ne modifiera pas la doctrine sur le mariage, le mariage des prêtres et l’intégration des femmes dans l’appareil décisionnel. Je serais tentée de parier, avec espoir, sur certains changements nécessaires. À surveiller de près : le synode sur la famille en octobre prochain.













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