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    Sortie de crise?

    Le surprenant programme du pape François

    Que fera le pape François ? Des propos percutants et un style peu cérémonial l’ont récemment propulsé« personne de l’année »à la une du Time. Déjà, ses ouvertures au changement avaient fait naître ici et là l’espoir d’une rénovation du catholicisme, mais aussi la crainte, ailleurs, d’une réforme du pouvoir hiérarchique sinon de sa morale. Or, le pontife venu d’Argentine vient de lancer un programme radical de « conversion »pour toute l’Église, de la papauté aux simples paroisses.

     

    Outre une enquête en cours auprès des catholiques, le pape avait accepté de rédiger, à l’invitation d’évêques convoqués à un « synode spécial » l’an prochain, une « exhortation » préliminaire. Sa réponse, une synthèse de quelque 200 pages, ne fait pas que recueillir le fruit de travaux préparatoires et de consultations particulières. Elle exprime aussi, dit-il, les « préoccupations » qui l’habitent à un « moment » crucial de l’oeuvre « évangélisatrice » de l’Église.

     

    Le pape y renonce à traiter en détail les questions qui y seront abordées, et même, chose nouvelle, à s’en réserver quelques-unes. Il ne croit pas, écrit-il, « qu’on doive attendre du magistère papal une parole définitive ou complète sur toutes les questions qui concernent l’Église et le monde ». « Il n’est pas opportun, ajoute-t-il, que le Pape remplace les épiscopats locaux dans le discernement de toutes les problématiques qui se présentent sur leurs territoires ». Il faut aller, sent-il, vers une « décentralisation salutaire ».

     

    Il croit même devoir « penser à une conversion de la papauté ». Jean-Paul II aurait voulu concilier sa « primauté » avec l’exercice d’un pouvoir papal mieux accordé au temps d’aujourd’hui. « Nous avons peu avancé en ce sens », note le pape. Le Concile Vatican II, citant les Églises de l’antiquité, souhaitait que les épiscopats rétablissent le même « sentiment collégial ». Ce souhait ne s’est guère réalisé, constate le pape, faute d’un « statut » donnant à leurs conférences nationales des attributions concrètes, y compris en matière doctrinale.

     

    On aurait tort cependant de voir là une simple concession à des exigences démocratiques. C’est toute l’Église catholique qui est invitée à un renouvellement. Le pape François en critique sans ménagement les failles, notamment son repli sur la défensive, pour mieux l’inciter à « sortir » et à s’engager au coeur d’un monde en proie à d’innombrables misères. Certes, ses conseils au clergé paraîtront hermétiques à la plupart des gens. Mais les « défis du monde actuel » qu’il présente à sa manière rivalisent avec maintes enquêtes.

     

    Sur des questions telles que le primat de l’argent, l’exclusion des pauvres, la dévastation des cultures, le pape François réconcilie aisément le radicalisme de l’Évangile et la pensée humaniste. Pourtant, s’il reconnaît aussi que l’Église est elle-même un obstacle parfois à sa mission, il ne parvient pas à résoudre le dilemme de certaines de ses règles désuètes et des droits désormais tenus pour fondamentaux, notamment quant aux femmes.

     

    L’exhortation du pape reconnaît que les revendications « des droits légitimes des femmes, à partir de la ferme conviction que les hommes et les femmes ont la même dignité, posent à l’Église des questions profondes qui la défient et que l’on ne peut éluder superficiellement ». L’enjeu est d’autant plus critique que l’Église se donne aussi pour mission d’être un modèle pour les sociétés. Mais à propos du sacerdoce, le pape reprend une distinction controversée : il s’agirait d’un « service », confié aux hommes, et non d’un « pouvoir », dont les femmes seraient privées.

     

    Le pape renvoie plutôt « aux pasteurs et aux théologiens » la recherche d’une solution. Des femmes occupent déjà des postes dans les organisations catholiques ainsi que dans l’institution même. Il s’agirait, suggère le pape, de trouver pour elles des rôles qui leur conviennent « là où se prennent des décisions importantes, dans les divers milieux de l’Église ». À voir les résistances à l’intérieur des autres confessions religieuses comme à l’extérieur, notamment dans les entreprises, nulle part n’a-t-on encore trouvé une juste réponse.

     

    Plus généralement — peut-être pour éviter de rompre avec les traditions —, le pape François s’est appuyé sur des citations bibliques, souvent percutantes, sur les écrits des « Pères » de l’Église ou d’un théologien comme Thomas d’Aquin, et des papes de l’époque contemporaine. Même des documents du Vatican et de diverses conférences épiscopales sont mis à contribution. Paradoxalement, cet exercice rétrospectif est de nature à rappeler que les vérités essentielles sont rares.

     

    Pour les membres du clergé et des ordres religieux, interpellés par la révision déchirante mais exaltante entreprise par le pape, l’exhortation Joie de l’Évangile est d’une grande importance, bien qu’elle s’adresse aussi aux fidèles laïcs. On aura noté qu’elle n’est pas destinée, contrairement à maintes encycliques, « aux gens de bonne volonté », car elle traite de « l’annonce de l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui ». Il s’agit en réalité d’un appel à la mobilisation, appelée « conversion », dans une Église en crise.

     

    Venant après la démission de Benoît XVI, l’élection du pape François, un jésuite instruit à l’école des populations écrasées d’Argentine, annonçait déjà l’entrée à Rome de pasteurs issus des villes et du contact avec le monde réel. Cette fois, un Vatican discrédité ne saurait plus imposer ses vues à un « Saint-Père » venu de la bureaucratie ecclésiastique. Ni faire échec aux orientations d’un synode, comme on l’a fait pour Vatican II. Le fardeau qui pèse sur les évêques du synode spécial n’en est que plus lourd.

     

    Reste à voir quelles sont les vues des simples fidèles, pour la première fois consultés dans un sondage à la grandeur de l’Église catholique.













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