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Judaïsme - «Clarifier, sur le plan théologique, la nature des relations entre catholiques et juifs»

L’ancien archevêque de Buenos Aires a entretenu de bonnes relations avec la communauté juive de l’Argentine

Pendant son pontificat, Benoît XVI a tenté d’emprunter la voie de la diplomatie dans les relations entre l’Église catholique et les juifs, mais il a commis quelques impairs qui ont choqué les communautés juives.
Photo : Agence France-Presse Patrick Hertzog Pendant son pontificat, Benoît XVI a tenté d’emprunter la voie de la diplomatie dans les relations entre l’Église catholique et les juifs, mais il a commis quelques impairs qui ont choqué les communautés juives.
Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les communautés juives ont bon espoir de voir le pape François consolider les relations entre elles et le Vatican. La tâche n’en demeure pas moins délicate pour le nouveau pape. Son prédécesseur, Benoît XVI, a commis quelques impairs qui ont rendu plus tendu ce dialogue interreligieux.


Après le pontificat de Benoît XVI, ponctué de quelques bévues diplomatiques, « le nouveau pape François a beaucoup d’ambiguïtés à lever dans le rapport avec les juifs », juge Pierre Anctil, professeur d’histoire à l’Université d’Ottawa. « Le dernier pape a brouillé beaucoup de choses. Et la chose la plus importante pour l’Église, sous la forme de son leadership papal, est de tenir un discours qui s’harmonise avec les comportements. »


M. Anctil relève que l’Église et Benoît XVI, dans les dernières années, ont plutôt blessé « la sensibilité juive » par leurs comportements, qui ont transmis « des signaux contradictoires. L’Église n’a pas fondamentalement changé sa doctrine autour du rapport avec les autres grandes religions, en particulier le judaïsme, mais elle a envoyé des signaux, sur le terrain, de compromission et d’indécision. »


Les relations entre les juifs et l’Église catholique, souvent articulées autour d’« une série de sensibilités », comme l’indique M. Anctil, demeurent encore jeunes, fragiles et toujours marquées par les cicatrices de l’Holocauste, devant lequel le Vatican était demeuré silencieux. Une vingtaine d’années après les horreurs de la Shoah, le concile Vatican II avait revu en profondeur le rapport et les liens de l’Église catholique avec le judaïsme, pour ouvrir un dialogue.


Le pape Jean-Paul II, originaire d’une Pologne qui avait aussi subi les violences de l’Allemagne nazie, a favorisé ce rapprochement avec ses éclatantes visites à Auschwitz et à la grande synagogue de Rome. Si Benoît XVI a poursuivi dans la voie diplomatique tracée par son prédécesseur, il a, en contrepartie, commis de nombreux impairs qui ont froissé et choqué les communautés juives.


En 2007, il a autorisé le retour de la prière préconciliaire du Vendredi saint, qui avait été abandonnée après Vatican II, dans laquelle est prônée la conversion des juifs. « Ce geste a fait grincer des dents, parce qu’on se demandait s’il n’y avait pas un double discours dans l’Église, souligne Jean Duhaime, professeur à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal. Un des fondements du dialogue entre juifs et chrétiens, c’est de s’abstenir d’un prosélytisme dans un sens ou dans un autre. »


Controverses sous Benoît XVI


Et les gaffes ne s’arrêtèrent pas là. En 2009, Benoît XVI a levé l’excommunication de quatre évêques associés à la Fraternité Saint-Pie X, qui contestaient toujours les réformes de Vatican II. L’un de ces réhabilités, Richard Williamson, était un négationniste notoire. Quelques mois plus tard, le pape a scellé la béatification du pape Pie XII, dont l’Histoire se souvient surtout du mutisme devant la Shoah, alors que le Saint-Siège était bien informé des persécutions. Ces gestes ont soulevé la controverse.


« Je pense que, pour les catholiques, le dialogue avec les juifs n’est pas un enjeu dominant, observe M. Anctil. Mais, pour les juifs, le dialogue avec l’Église en est un. » Il relève que, bien que la communauté juive soit composée d’une multitude de factions et d’approches, presque tout l’ensemble accorde une importance certaine et décisive aux relations avec l’Église catholique. Plusieurs d’entre elles voient dans le Vatican « une des clés de la paix mondiale ». Historiquement, les juifs ont fait les frais de persécutions à connotation religieuse, comme lors de la première croisade au XIe siècle ou de l’Inquisition espagnole au XVe siècle. « Il y a comme une asymétrie de rapports et de sentiments très nette dans ce domaine, que le pape Benoît XVI ou ses conseillers n’ont pas comprise », croit M. Anctil.


Nouveau départ


Mais le nouveau pape François, élu le 13 mars dernier, suscite des espoirs au sujet du dialogue interreligieux. Nombreux sont les organismes juifs qui ont salué publiquement sa nomination dans les dernières semaines. « Que le pape soit un jésuite, ça change la donne, note Pierre Anctil. En général, les jésuites ont été plus pragmatiques dans leur dialogue avec le domaine extrachrétien, entre autres à travers de nombreuses missions, mais aussi parce qu’ils ont souvent tenu un discours moins doctrinal, moins rigide, que d’autres communautés. »


Mais sa bonne réputation, l’ancien archevêque de Buenos Aires la doit surtout à ses bonnes relations entretenues avec la communauté juive de l’Argentine, la plus nombreuse de l’Amérique latine avec quelque 250 000 personnes. La commémoration de la Nuit de cristal qu’il a organisée tout comme les célébrations d’Hannoukah auxquelles il a déjà participé sont fréquemment citées comme de bons présages. De plus, ses discussions avec le rabbin Abraham Skorka ont été publiées dans un livre intitulé Sobre el cielo y la tierra.


Le 20 mars, lors d’une allocution à laquelle avaient été invités différents représentants des autres Églises chrétiennes et des autres grandes traditions religieuses, le pape François a mis l’accent, en abordant le dialogue avec la communauté juive, sur la consolidation des « liens dans l’esprit du concile Vatican II. Il n’y a aucune ambiguïté là-dessus », constate M. Duhaime.


N’empêche, ce dialogue pourrait réserver quelques défis au nouveau pape. M. Duhaime revient sur les questions de la conversion et du prosélytisme, au coeur de la controverse qui a entouré la prière du Vendredi saint. Si le Vatican a mis fin à toute mission d’évangélisation organisée, l’incidence d’une telle approche sur des questions d’ordre théologique demeure « non résolue », indique-t-il, entre autres en ce qui concerne la christologie et la mission de l’Église. Selon M. Duhaime, il reste donc un chantier de réflexion à mener au sein de l’Église pour « clarifier, sur le plan théologique, la nature des relations entre catholiques et juifs », signale-t-il.


Le conflit israélo-palestinien, en toile de fond, teinte aussi ce dialogue et fait l’objet de discussions dans les différents comités réunissant juifs et chrétiens, assure M. Duhaime. Il donne en exemple le fait que le Conseil international des juifs et chrétiens (CIJC) vient « de produire un compte rendu là-dessus, pour essayer de voir non seulement comment il peut atténuer l’impact de ces tensions-là sur le dialogue entre juifs et chrétiens, mais aussi comment les groupes d’amitié judéo-chrétienne peuvent avoir un effet positif sur la résolution du conflit ou y contribuer d’une certaine façon ». Tout ça dans un contexte où le Vatican tente simultanément d’améliorer le dialogue interreligieux, tout aussi délicat, avec les musulmans.


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