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    Islam - Le passage à la modernité ne se fait pas sans heurts

    30 mars 2013 |Claude Lafleur | Éthique et religion
    Ce n’est pas parce qu’il y a des sociétés musulmanes plus traditionnelles, comme l’Arabie Saoudite, que l’islam n’évolue pas en faisant face à la modernité.
    Photo: Agence France-Presse (photo) Roslan Rahman Ce n’est pas parce qu’il y a des sociétés musulmanes plus traditionnelles, comme l’Arabie Saoudite, que l’islam n’évolue pas en faisant face à la modernité.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    D’après ce que nous rapporte l’actualité, on peut avoir l’impression que l’islam est en guerre contre l’Occident, si ce n’est même entre diverses factions religieuses. Or tel n’est pas le cas, selon Patrice Brodeur, titulaire de la Chaire de recherche du Canada, Islam, pluralisme et globalisation, à l’Université de Montréal : « Je dirais qu’une telle perception est à la mesure de notre ignorance, nous, les non-musulmans en Occident. »


    Ce qu’on voit de l’islam n’est que la pointe visible de l’iceberg que forme un ensemble complexe et beaucoup plus vaste, la religion musulmane étant en pleine mutation. « Les pays à majorité musulmane sont des États-nations modernes et ils vivent des tensions et des contradictions en relation avec le fonctionnement de l’État-nation moderne, explique M. Brodeur. Il y a une vaste diversité que nous, nous ne percevons pas nécessairement. »


    Patrice Brodeur donne d’ailleurs un cours de cycle supérieur à l’université qui s’intitule « Islam/s et modernités » : « Je mets une barre oblique et un “s” à “Islam” pour signifier qu’il y a à la fois un islam basé sur le Coran - la révélation de Dieu - ainsi que de nombreuses façons d’interpréter celui-ci. Et je mets le mot “modernité” au pluriel, puisqu’il y a plusieurs façons de concevoir celle-ci, et pas uniquement une modernité laïque, comme certains le voudraient. »


    Ce cours fait donc le survol de différents courants d’interprétation de l’islam. « N’oublions pas que l’islam n’a jamais évolué en vase clos, dit-il, cette religion ayant toujours été en relation avec différentes communautés [religieuses et idéologiques] ainsi qu’avec la modernité. Toutes ces dynamiques de rencontre font donc partie de la façon suivant laquelle se sont construites les différentes interprétations de l’islam, de même que les dynamiques entre musulmans et non-musulmans. »


    C’est ainsi que les pays à majorité musulmane ont été fortement dominés par l’Occident et qu’on assiste présentement à une certaine révolte et à une quête d’identité. « Il y a, me semble-t-il, une certaine autosuffisance de notre part lorsqu’on omet le fait que l’Occident a longtemps été au centre du pouvoir mondial, souligne le chercheur. On ne devrait donc pas trop s’étonner que des peuples, quels qu’ils soient, cherchent à acquérir leur liberté. »


    Comprendre l’islam


    Patrice Brodeur estime que le meilleur parallèle qu’on puisse tracer pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui dans les pays à majorité musulmane, ce sont les transformations qui ont eu lieu à l’intérieur de l’Église catholique (et d’autres communautés chrétiennes). « Ces transformations se sont étalées sur plusieurs centaines d’années, fait-il remarquer, et il faut donc donner du temps aux musulmans confrontés à la modernité. »


    « N’oublions pas non plus que l’Église catholique a longtemps été en opposition avec la démocratie, les droits de la personne, etc., rappelle-t-il, des tensions et des transformations qu’a vécues l’Église chrétienne face à la modernité et au développement de l’État-nation moderne. Ce sont des tensions qu’on voit aujourd’hui dans les États à majorité musulmane. »


    Il ne faut pas non plus considérer que l’islam traverse une sorte de Moyen-Âge. « Oh non !, tranche M. Brodeur. Il faut comprendre que l’Église catholique n’a pas accepté la modernité avant le début du XXe siècle. Il faut donc faire très attention… Il y a, en fait, une diversité intramusulmane quant aux questions et aux relations entre la religion et l’État-nation, selon les endroits. »


    C’est ainsi qu’il y a des sociétés musulmanes beaucoup plus traditionnelles - telles que l’Arabie saoudite et les États du Golfe - alors que des pays comme la Turquie, la Tunisie et surtout l’Indonésie, pays qui compte le plus grand nombre de musulmans, vivent très bien la modernité. « Il y a une transformation rapide des choses », observe le titulaire de la Chaire de recherche sur l’islam, le pluralisme et la globalisation.


    Islam et islamisme


    Voilà pourquoi le chercheur nous invite à ne pas ranger tous les musulmans dans la même catégorie et à ne pas tout rejeter en bloc. Par contre, il admet sans peine que, dans certains cas, le défi lancé à la modernité suscite chez certains musulmans des comportements violents.


    C’est ainsi qu’on assiste au déploiement d’un courant politique et idéologique qu’on appelle l’islamisme, qu’il convient de distinguer de l’islam. Et il ne faut surtout pas réduire ce courant idéologique plus extrême à une guerre contre l’Occident. « Il y a, bien sûr, l’héritage du colonialisme de l’Occident sur les pays musulmans qui joue, dit-il, mais il ne faut pas tout réduire à une dynamique faite de noir et blanc assez simpliste », ce fameux « nous et eux » de George Bush fils, par exemple.


    « Je crois que ce serait une très, très grave erreur que de réduire tous les islamismes à al-Qaïda, poursuit M. Brodeur. Al-Qaïda, c’est une frange très minime des islamismes. » Il souligne en outre que la violence qui secoue actuellement le monde musulman fait davantage de victimes musulmanes que non musulmanes.


    Il estime ainsi que, en ne faisant guère de distinctions, on repousse les musulmans modérés vers les extrémismes et qu’on fait justement le jeu de ces derniers. « Souvent, nos perceptions stéréotypées sont non seulement fausses - étant donné la diversité affichée dans la réalité - mais surtout elles sont éminemment dangereuses, parce qu’elles ne font que renforcer précisément ce dont on a peur. Et certains exploitent nos peurs pour… augmenter les budgets militaires ! »


    Dans les faits, on constate même un certain essoufflement des mouvements extrémistes musulmans. Certains analystes voient même venir la fin des intégrismes islamiques d’ici les années 2030. « Vous savez, toutes les idéologies - le communisme, le libéralisme, le néolibéralisme même, etc. - finissent par passer, relate Patrice Brodeur. Il ne faut donc pas jeter de l’huile sur le feu. »



    Collaborateur

    Ce n’est pas parce qu’il y a des sociétés musulmanes plus traditionnelles, comme l’Arabie Saoudite, que l’islam n’évolue pas en faisant face à la modernité. Ce n’est pas parce qu’il y a des sociétés musulmanes plus traditionnelles, comme l’Arabie Saoudite, que l’islam n’évolue pas en faisant face à la modernité.












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