Au nom de la foi
Il y a longtemps que les religions n’avaient joué un aussi grand rôle dans le paysage géopolitique mondial
Il y a l’islam. Il y a le judaïsme. Il y a ce bouddhisme venu de l’Asie. Et plus près de nous, quand il est question de foi, il y a ce christianisme qui se conjugue maintenant sous plus d’une appellation, en ce temps où émergent de nouvelles Églises. Et, au nom de la foi, certains agissent, étant plus que de simples acteurs d’un prosélytisme de bon ton : les extrémismes religieux expliquent des catastrophes qui ne sont en rien naturelles.
L’Église catholique s’est donné un nouveau pape. Et ce François, même s’il est issu de cette confrérie jésuite qui a longtemps prêché la gloire de Dieu, faisant même étalage dans le passé, par ses monuments grandioses, d’une ferveur baroque, comme se voulant aussi les « soldats du Christ », ce François, donc, voilà qu’il se rallie à la branche humble de l’Église, s’associant à la pratique franciscaine, là où pauvreté, simplicité et générosité se veulent des valeurs premières.
Et ses premiers gestes posés vont dans ce sens : pas d’étalages rutilants, mais tenue d’un discours à saveur populaire qui s’inscrit dans le langage d’une autre Église, celle que plus d’un a, dans des temps encore récents, dénoncée car dite à gauche, quand les prélats de l’Amérique latine tenaient un tel discours.
Et ce pape arrive au moment où plus d’un parle d’un déclin de l’Église, même sur le continent qu’on dit souvent le plus catholique du monde : « On compterait de 60 à 65 % de catholiques en Amérique latine, mais, dans les faits, ceux qui pratiquent sont beaucoup moins nombreux », rappelle ainsi André Corten, de l’UQAM, qui souligne aussi que les « fois parallèles » sont en nette progression, le pentecôtisme étant l’une d’elles.
Extrémismes
Pourtant, depuis longtemps, et en Occident depuis presque l’Inquisition, jamais les religions n’ont joué un aussi grand rôle dans le paysage géopolitique mondial. Et plus d’une guerre voit des extrémistes agir au nom de la foi, pendant que ces mêmes extrémistes dénoncent, souvent par des actions brutales, ces valeurs qu’on dit « progressistes » : il n’y a pas que dans le monde arabe où les droits des femmes sont remis en question - il y a plus d’un Harper qui cause la crainte - et c’est à Paris que le statut homosexuel est prétexte à de vastes rassemblements populaires.
Même un Mathieu Boisvert, fondateur du Centre d’études et de recherches sur l’Inde, l’Asie du Sud et sa diaspora, veut qu’on réévalue notre jugement sur la foi bouddhique, car, parlant des Québécois, ne dit-il pas que « le bouddhisme, on n’y touche pas, car il est synonyme de paix et de non-violence. Mais, en son nom, à travers le monde, il y a des violences qui se perpétuent. »
Civilisations
En arriverons-nous ainsi à oublier que les « Églises », de toutes dénominations, de l’orthodoxe à la judaïque, ont été causes de grandes civilisations et aussi créatrices et dispensatrices de connaissances : on visite toujours les grands temples et on lit toujours des écrits qui, s’ils parlent d’oecuménisme et de valeurs, ont aussi été des sources de la connaissance de notre monde.
Mais, au fait d’un « impérialisme » religieux, certains se sentent encore obligés d’agir, des scandales à répétition les autorisant à le faire, et alors foi et excès de toutes natures sont associés.
Et les Églises, même celles s’affichant de libération, souffrent de ces erreurs que des écrits, faits au nom d’une foi simple, pourtant jamais ne pouvaient les permettre, encore moins les cautionner. Et qu’un pape veuille prendre ses distances avec le faste de sa propre Église suffira-t-il à faire inverser cette perception qui établit que le fait de croire entraînerait une soumission aux divers pouvoirs en place ?
D’autres questions encore : comment aussi admettre que les fidèles d’un même Dieu, eux dont la croyance fait appel à un livre premier, même entre eux ne peuvent pas s’entendre ? Et si la foi déplace les montagnes, peut-elle aussi facilement rapprocher les gens ?
Cela étant, tous constatent que, si longtemps on a parlé d’un déclin des Églises, force est maintenant d’admettre qu’il y a un retour vers les valeurs qu’elles défendent, cela étant aussi visible par le nombre de ceux et celles qui se réclament maintenant d’une foi, d’une croyance hier encore souvent remise en question. Qui eût d’ailleurs cru qu’un Poutine aurait un jour agi sous prétexte de protéger contre l’insulte un lieu saint orthodoxe ?











