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    Amérique du Nord - Le Québec affiche son caractère distinct en matière religieuse

    «Aujourd’hui, l’individu choisit la vérité qui est bonne pour lui»

    30 mars 2013 |Pierre Vallée | Éthique et religion
    Malgré que six millions de Québécois s’identifient encore à la religion catholique, une baisse de la pratique religieuse au Québec a entraîné la fermeture de plusieurs églises, comme l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus dans Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, en 2009.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Malgré que six millions de Québécois s’identifient encore à la religion catholique, une baisse de la pratique religieuse au Québec a entraîné la fermeture de plusieurs églises, comme l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus dans Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, en 2009.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    L’Amérique du Nord demeure dans son ensemble une contrée fondamentalement religieuse et essentiellement chrétienne. Portrait des religions de l’Amérique du Nord et survol de leur évolution avec David Koussens, professeur en sociologie des religions à la Faculté de théologie et études religieuses de l’Université de Sherbrooke.


    Quelques chiffres d’abord pour brosser le tableau. « Le Canada est essentiellement chrétien, puisqu’on y dénombre environ 13 millions de catholiques et 10 millions de chrétiens d’autres appartenances, comme les différentes religions protestantes. » Fait à noter, environ cinq millions de Canadiens déclarent n’avoir aucune appartenance religieuse.


    On remarque le même phénomène aux États-Unis, dont environ 75 % de la population est de confession chrétienne. La religion catholique représente l’Église la plus importante avec ses quelque 65 millions de fidèles, mais la vaste majorité des Américains sont protestants. « Comme il n’y a pas de religion d’État, aucune ne peut dominer. C’est ce qui a mené à un protestantisme très diversifié et très décentralisé. Il n’y a pas de hiérarchie dans le protestantisme et l’institution de référence est souvent le temple local. »


    Quant au Mexique, c’est la religion catholique qui domine largement, puisque c’est le choix de plus de 80 % des Mexicains. « Mais le protestantisme y fait des gains, comme il en fait présentement dans certains pays d’Amérique latine. »

     

    La société distincte


    Au Québec, ce sont six millions de personnes qui s’identifient toujours à la religion catholique. Malgré ce nombre, force est de constater que la pratique religieuse catholique est fortement en déclin. « Les Québécois s’identifient toujours en aussi grand nombre à la religion catholique, parce qu’elle fait partie du patrimoine culturel du Québec, mais la pratique dominicale a considérablement baissé. Par contre, certaines pratiques religieuses demeurent, comme le baptême, le mariage et les funérailles. De plus, l’affluence à l’église augmente à Pâques et à Noël. »


    Cette situation s’explique essentiellement par la sécularisation de la société québécoise. « La sécularisation, amorcée avec la Révolution tranquille, a fait en sorte que la religion catholique ne pouvait plus régir les comportements de la vie privée des personnes comme elle l’avait fait auparavant. »


    Ce recul de la présence du catholicisme dans la vie des personnes s’est traduit par une baisse de la pratique religieuse. Un fait unique au Québec. « Toutes les sociétés occidentales ont connu un degré de sécularisation, mais ici, au Québec, cela s’est fait de façon soudaine et rapide, en une dizaine d’années. Aucune autre société en Amérique du Nord n’a vécu cela. Par exemple, au Canada anglais, où la sécularisation s’est produite de façon plus progressive, la pratique religieuse demeure aujourd’hui plus élevée qu’au Québec. »


    Cette sécularisation propre au Québec explique en partie, selon David Koussens, la difficulté qu’éprouvent certains Québécois envers les religions dont l’expression est plus orthodoxe. « Ce sont souvent des groupes religieux issus de l’immigration qui expriment leur appartenance religieuse de façon plus appuyée. C’est le cas par exemple du voile islamique. Les Québécois sont méfiants devant pareil phénomène, mais cette méfiance repose sur leur propre rapport au religieux. Qu’une religion puisse encore régir les comportements leur est incompréhensible. »


    Le point de bascule


    Malgré les différences entre les sociétés qui composent l’Amérique du Nord, un fait demeure. « La très grande majorité des personnes ont la foi, dans le sens où elles croient à un Dieu de quelque sorte. C’est ce que démontrent les enquêtes. Mais cette foi ne se traduit pas nécessairement en religieux, elle relève plutôt du spirituel. »


    C’est qu’il s’est produit un point de bascule en Amérique du Nord. « Auparavant, la validation du croire était institutionnelle. Les vérités auxquelles il fallait adhérer étaient dictées uniquement par les différentes religions. Le basculement est survenu lorsque cette validation est passée de l’institutionnel au mutuel. Aujourd’hui, c’est plutôt l’individu qui valide le croire. Les religions proposent des vérités, mais l’individu est libre de choisir lesquelles de ces vérités ont du sens dans sa vie. Et, pour l’individu, il n’y a pas là de contradiction, là où le dogme en verrait. Par exemple, on peut être chrétien tout en fréquentant un centre de yoga, où on se familiarisera avec certains des principes de l’hindouisme. Aujourd’hui, l’individu choisit la vérité qui est bonne pour lui. »

     

    Religion à la carte


    Ce qui mène aujourd’hui les Nord-Américains de plus en plus vers une religion à la carte. « Vous pouvez vous identifier à une religion en particulier tout en réfutant certaines vérités proposées par cette dernière parce qu’elles ne vous conviennent pas. Tout comme vous pouvez puiser dans une autre religion des vérités qui ont un sens pour vous. Aujourd’hui, de plus en plus de personnes construisent ainsi leur propre spiritualité. »


    Ce qui entraîne un corollaire. « Les religions sont donc mises en concurrence et il existe maintenant un marché du religieux. Les religions sont tenues d’offrir des vérités dont le sens est approprié et ciblé selon la clientèle recherchée. Et les religions les plus performantes seront celles dont l’offre est en adéquation avec le plus grand nombre de gens et qui ainsi peuvent attirer davantage de fidèles. C’est le cas du protestantisme, qui fait maintenant des adeptes dans des pays où le catholicisme a toujours dominé. C’est que le protestantisme est moins austère et s’adapte davantage à la modernité. Par exemple, il est très présent dans les médias, notamment à la télévision. Il organise des concerts de rock, bref, il est en mesure de mettre en place des pratiques capables d’attirer à lui de nouveaux fidèles. »



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