Succession de Benoît XVI - Les cardinaux à l’heure du choix
Délire d’or et de pourpre pour l’entrée en conclave des 115 cardinaux électeurs
Les cardinaux sont au secret depuis 7 h mardi matin, sans journaux, ni télévision, ni téléphones portables, et ils feront la navette matin, midi et soir entre la résidence Sainte-Marthe et la chapelle Sixtine. Avant ce premier vote, chaque cardinal a individuellement prêté serment sur les Évangiles. Les portes de la chapelle ont été fermées peu après 17 h 30. Depuis, on ne peut que conjecturer ce qui se passe sous les fresques monumentales de Michel-Ange dont Joseph Ratzinger avait dit qu’« elles nous interpellaient » et « faisaient pénétrer dans notre âme l’importance de notre responsabilité ».
Dans la matinée, les cardinaux sont entrés en conclave au son d’une messe grandiose comme les aimait Benoît XVI avec beaucoup d’or, d’encens et de chants. Lorsque les cardinaux habillés de pourpre ont remonté l’allée centrale au son de l’introït, la basilique Saint-Pierre était pleine à craquer depuis plus d’une heure. Pèlerins, touristes, séminaristes et simples curieux s’étaient levés de bonne heure pour occuper les meilleures places et entrevoir la mitre des candidats au trône de saint Pierre. Certains cardinaux affichaient un air léger et souriant, comme s’ils flottaient déjà vers un autre monde. D’autres avaient le regard grave et austère de celui qui exprime le poids pesant sur ses épaules.
Les princes de l’Église se sont ensuite assis autour du baldaquin du Bernin, sous lequel se trouve une tombe attribuée à saint Pierre. Au-dessus de leurs têtes, ces mots gravés sur fond d’or autour de la coupole : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église. » Le pape qui pourrait être élu dès aujourd’hui sera le 266e successeur de saint Pierre.
« L’un d’entre nous »
Le cardinal Sodano, qui dirigeait la messe avec l’ensemble des 115 cardinaux électeurs, a appelé à « travailler tous ensemble pour l’unité de l’Église ». Lorsqu’il a salué le pontificat de Benoît XVI, la foule s’est mise spontanément à applaudir. Étrange adieu à celui qui avait pourtant exigé « qu’on n’applaudisse plus [pendant la messe], pas même durant l’homélie ».
Sous le regard des anciens papes et des anges grassouillets, le doyen des cardinaux a appelé l’ensemble des fidèles « dans leur diversité […] à collaborer avec le prochain successeur de Pierre ». Sur la place Saint-Pierre, quelques milliers de fidèles et de touristes suivaient la messe sur un écran géant.
Les experts qui ont scruté à la loupe l’homélie du cardinal Sodano n’y ont vu aucune allusion en faveur d’un candidat ou d’un autre. Le père Guillaume Lefloc’h, de la ville de Nantes, voit, au contraire, dans cette « belle homélie » un signe d’unité et de neutralité ainsi qu’un appel à la continuité.
« Sodano a parlé de celui qui serait élu comme de “ l’un d’entre nous ”. Quelle meilleure formule pour dire que le pape n’est au-dessus de personne ? » Ce recteur de l’église Saint-Yves-des-Bretons, à Rome, qui étudie aussi à l’Institut biblique, a particulièrement apprécié ce passage où Mgr Sodano rappelait que les derniers papes s’étaient faits les « promoteurs de la justice et de la paix ». « J’ai aussi été frappé par le sentiment de gravité chez les cardinaux », dit-il.
Séminariste de 23 ans, Michael Lund n’aurait manqué cette messe pour rien au monde. Originaire de Pembroke, à la frontière de l’Ontario et du Québec, il étudie la théologie à l’Université Saint-Thomas, à Rome. « Cette élection représente un moment important, dit-il. Je suis chanceux de pouvoir vivre cette expérience exceptionnelle. » Le jeune homme dit ne pas avoir de préférence parmi ceux qui pourraient succéder à Benoît XVI. Mais il reconnaît qu’il serait fier si Marc Ouellet était élu. Michael Lund admet que l’Église vit une période difficile. Mais, dit-il, « toutes les époques ont été difficiles pour l’Église, même si les épreuves sont différentes ».
Un pape francophone
À Rome, mardi, le cardinal Ouellet était toujours classé parmi les grands favoris. Il peut d’ailleurs compter sur le soutien d’une partie du clergé français, estime Guillaume Lefloc’h. « En France, il est très bien perçu. On en parle beaucoup. Les cardinaux français seraient certainement heureux de voir un francophone accéder à la papauté. » Surtout que Benoît XVI était un grand francophile et qu’aucun cardinal français ne semble en mesure d’être élu.
À la sortie de la messe, le frère Edward estimait lui aussi que les chances du cardinal Ouellet étaient très bonnes. Ce dominicain de Chicago ne croit pas à l’élection d’un pape provenant des États-Unis. « Le temps n’est pas encore venu pour cela, dit-il. Un pape issu du pays le plus riche du monde se retrouverait régulièrement en contradiction avec son propre pays. Mais pourquoi pas un pape du Canada, un pays beaucoup plus neutre ? Ce serait certainement un grand événement pour le Québec… »










