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    Baignades non mixtes à Côte-des-Neiges - À la défense des prudes

    16 janvier 2013 |Mathieu Sévigny - Montréal | Éthique et religion
    Depuis que le Journal de Montréal a rapporté la semaine dernière qu’une piscine du quartier Côte-des-Neiges permet, depuis 1997, quelques heures de baignade non mixte chaque semaine, les agitateurs habituels sont remontés aux barricades.

    Une piscine publique permet à des femmes, surtout juives ou musulmanes, de se baigner entre elles deux heures chaque semaine ! Même chose pour les hommes ! Scandale.


    Drapé dans la laïcité à deux vitesses de son parti, le ministre Bernard Drainville s’est immédiatement posé en défenseur des femmes pour attaquer la politique comme « déraisonnable et choquante ». Julie Miville-Deschênes, au nom du Conseil du statut de la femme, a exprimé son précieux outrage à un Mario Dumont satisfait. Les médias en mal de contenu - de LCN à Radio-Canada - se sont vautrés sans retenue dans ce nouveau chapitre de notre névrose collective.


    Selon l’opinion apparemment dominante, les valeurs communes du Québec interdiraient la baignade non mixte. Avec comme conséquence que le gouvernement devrait empêcher toute piscine publique d’accommoder, même pour deux heures par semaine, les nageurs et nageuses qui préfèrent, pour des raisons religieuses, culturelles ou personnelles, se baigner entre personnes du même sexe. L’identité québécoise proscrirait désormais la pruderie.


    Un horaire de piscine qui alloue deux heures de baignade non mixte par semaine, à chaque sexe, n’est d’aucune façon discriminatoire. La baignade demeure très majoritairement mixte, la politique ne prive personne de ses droits et elle ne subordonne pas un sexe à l’autre. Bien sûr, on « sait » que cet accommodement est d’origine culturelle ou religieuse. Mais, en soi, la pudeur et la pruderie n’ont rien de musulman ou juif. On trouve certainement plusieurs Québécoises et Québécois athées ou d’héritage chrétien qui sont plus à l’aise de se quasi-dénuder à l’abri du regard de l’autre sexe.

     

    Un paravent à l’intolérance


    La vérité, c’est que ce faux scandale n’est qu’un autre prétexte pour dénoncer, sous le couvert de la vertu, des cultures incompatibles avec l’uniformité hermétique que certains voudraient imposer au Québec. Le principe fondamental et essentiel de l’égalité entre hommes et femmes n’est pas en jeu. Il sert ici de paravent à l’intolérance.


    Les critiques les plus lucides savent qu’il s’agit d’une crise symbolique. Ils sont même prêts à concéder que quatre heures par semaine, dans l’horaire d’une piscine municipale du quartier Côte-des-Neiges, constituent un enjeu sans importance pour le Québec. Ils prétendent néanmoins qu’il faut proscrire cet accommodement, même bénin, parce qu’il ouvre théoriquement la porte à de la discrimination. C’est une illustration parfaite du sophisme de la pente glissante. Tous ceux qui y ont eu recours devraient avoir honte.


    Personne ne souhaite l’instauration de la sharia au Québec. (Bonne nouvelle : il n’y a aucune chance que ça arrive.) Mais espérons aussi que personne ne souhaite un Québec rigide au point de ne tolérer aucune déviation de la norme sociale de la majorité.


    Le Québec contemporain, particulièrement à Montréal, compte plusieurs représentants de la diversité culturelle, à qui l’on doit donner un degré raisonnable de liberté et d’oxygène, dans le respect de nos principes fondamentaux.


    Certains de ces Québécois sont issus de cultures pour qui la modestie ou la pudeur implique de ne pas se montrer en maillot devant des inconnus de l’autre sexe. Ces valeurs détonnent par rapport aux pratiques d’une majorité de Québécois, mais elles ne sont pas scandaleuses ou discriminatoires en soi. La pruderie ne viole aucun principe fondamental de notre société.


    L’accommodement de cette diversité par le truchement d’un horaire de baignade qui traite également les sexes, dans une piscine d’un quartier de Montréal, à raison de quatre heures par semaine, semble éminemment raisonnable. Surtout quand on sait que, sans cette mesure, plusieurs hommes et femmes éviteraient sans doute de fréquenter la piscine pour demeurer chez eux. Voilà peut-être, au fond, ce que souhaitent les critiques.













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