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    La Réplique › Religion - «Catholiques à la porte»

    Ceux et celles qui attendent une Église catholique réformée et renouvelée, les évêques les ignorent complètement

    27 décembre 2012 | Jacques Rivet - Professeur titulaire au Département d’information et de communication de l’Université Laval | Éthique et religion
    « Catholiques dans un Québec pluraliste, […] tel est le titre qui coiffe le message qu’ont publié les évêques du Québec en novembre 2012. Un document éclairant, collé à la réalité, qui apporte une contribution significative aux débats qui agitent la société d’ici. Malheureusement, [il] semble avoir échappé à l’attention des médias. N’eût été la diligence d’un ami, j’aurais totalement ignoré l’existence de ce texte de haute portée, animé d’un grand souffle ».
    — Louis O’Neill, Le Devoir, 24 décembre 2012, p. A 7.
    Le collègue Louis O’Neill, professeur émérite de l’Université Laval, vient de rendre compte récemment du message pastoral de l’Assemblée des évêques du Québec. Il y a vu un « texte de haute portée, animé d’un grand souffle ». Soucieux de le vérifier, Internet me donne la possibilité de le faire en accédant instantanément à son intégralité. J’y décèle plutôt le grand souffle d’un message dramatisé pour les fidèles catholiques sur deux plans : la suppression de la paroisse concrète au profit de la communauté abstraite et le chantage à la perdition éternelle. Autrement dit : « Hors l’Église, point de salut ! »

    Nos seigneurs les archevêques et évêques du Québec identifient divers types de citoyens plus ou moins éloignés de la religion catholique : les catholiques de recensement (83,2 % des Québécois en 2001), les athées et les agnostiques qui font partie de ceux qui se disent « sans religion » (5,6 % en 2001). Quant aux « catholiques à la porte », ceux et celles qui attendent une Église catholique réformée et renouvelée, nos Excellences les ignorent complètement. On ne peut les recenser.


    Militants antireligieux


    Ce sont davantage les militants antireligieux qui les préoccupent, ceux qui s’opposent « fortement à la religion et à sa présence sur la place publique ». Et pour cause, les circonstances les desservent : il va falloir « fermer boutique » dans plusieurs cas. Alors leur parole propose « […] d’aménager un espace public ouvert et accueillant où puissent s’exprimer, dans le respect mutuel, les valeurs et les croyances des uns et des autres », parole qui annonce le recours aux fonds publics en guise de compensation pour l’incurie financière des fidèles.


    Car l’Église locale a changé : « Dans le Québec traditionnel, [la paroisse] était en partie une réalité sociologique. […] Mais dans le nouveau Québec pluraliste, c’est de plus en plus une communauté à laquelle on choisit d’appartenir. » Tout est dit : la modernité a passé, la communauté avec les autres est née. On ne sera jamais assez nombreux pour payer les déficits. Que les « catholiques à la porte » se réjouissent : y’a plus de porte. À défaut de l’ouvrir, ILS l’ont supprimée !


    Réjouissance prématurée. Le message pastoral fait allusion à l’année de l’Expo 67 : « Ceux d’entre nous qui ont plus de cinquante ans [s’en] souviennent avec émotion. » Rajoutons vingt ans pour prolonger l’émotion. Dans tous les collèges classiques du Québec sévit un chantage en raison de la résistance à l’appel de Dieu de la part de ceux qui refusent d’aller au séminaire. Pareillement aujourd’hui, ce message explique : « Cette situation ne ressemble-t-elle pas un peu à ce que nous vivons, aujourd’hui, au Québec ? Il n’y a pas si longtemps, chez nous, nous étions nombreux à suivre le Christ et à participer à la vie de la communauté des disciples : l’Église. Puis, en quelques années, “beaucoup de ses disciples s’en allèrent”. » Les « catholiques à la porte » ont évidemment tort, particulièrement du point de vue de leur salut : « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » Le chantage à la perdition éternelle revient à la manière cléricale du lavage de cerveau des collégiens du classique d’autrefois.

     

    Serviteur de Dieu


    En guise de signature, l’estimé collègue O’Neill, remarquable serviteur de Dieu et de César durant sa carrière qui se prolonge, s’est présenté comme « ancien prêtre ». Comme dans le cas de nombreux autres, et tout spécialement de certains de mes confrères de collège, ils ne sont pas d’« anciens prêtres ». Mais toujours prêtres, « des prêtres à la porte ». À telle enseigne qu’un jour, un pape plus éclairé les rappellera avec tout leur monde au service du ministère pastoral. A-t-on idée de la compétence, du dévouement et de la charité dont l’Église catholique du Québec a été privée au cours des dernières décennies en raison de cette sécularisation insensée basée sur la méfiance ecclésiale des femmes ?


    Devant une Église catholique du Québec fermée au mariage des prêtres, à l’ordination des femmes, à l’alliance homosexuelle et j’en passe, il va couler beaucoup d’eau sous les ponts avant que nombre de citoyens et de citoyennes perdent leur statut de « catholiques à la porte ».

     
     
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