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    Massacre à Newtown - L’Amérique en quête d’explications

    D’après la légende, le roi Hérode aurait fait tuer tous les bébés de son royaume, craignant qu’un nouveau-né n’accède au trône d’Israël. Des siècles durant, la venue de cet enfant annoncera, dans toute la chrétienté, un salut pour l’humanité. Depuis, même quand on n’y croit plus, Noël reste la fête des enfants. Aussi, peu de jours avant cette célébration, le massacre de vingt d’entre eux à Newtown est-il ressenti comme un événement aussi atroce qu’injuste.

    Cette tuerie n’était pas la seule à survenir aux États-Unis. Mais elle fait scandale dans cette Amérique qui présente l’image d’une terre riche, libre et sécuritaire. Paradoxe absurde, nulle autre société n’est aussi armée, depuis l’État fédéral jusqu’au simple citoyen, et néanmoins victime de si nombreux décès par arme à feu. Voilà qu’une mère surarmée contre quelque apocalypse aura déclenché sa propre mort, de la main de son fils, et celle de nombreux d’enfants.


    La tragédie a provoqué, sinon une crise politique, du moins un affrontement entre les élus du pays et le puissant lobby des armes à feu. Toute une société veut cette fois comprendre les causes d’une telle hécatombe et prendre des mesures pour en éviter la répétition. On ne saurait guère, en effet, y voir un autre « cas isolé », plus ou moins imprévisible, et dont la responsabilité reviendrait à un individu, désaxé ou pas, agissant seul et sans raison justifiable.


    Catastrophe non naturelle


    À peu de jours de Noël, alors que les enfants des familles le moindrement fortunées seront partout choyés, un autre mouvement, moins visible mais fort répandu, manifeste sa sympathie aux autres enfants de Newton, à qui les parents peinent à expliquer le sort fait à vingt des leurs. Des milliers de joujoux provenant de partout affluent dans la ville, au point qu’on invite les donateurs, rapporte l’Associated Press, à faire parvenir leurs dons « en mémoire des victimes de Sandy Hook » à d’autres oeuvres.


    Or, ces petites victimes là n’ont pas succombé à une catastrophe « naturelle ». Elles n’ont pas, non plus, été « ciblées » pour une appartenance à un groupe qui aurait inspiré haine, crainte ou vengeance. L’auteur de la tuerie n’appartenait lui-même à aucune secte fanatique. Même la présence de troubles « mentaux », dont souffre, dit-on, un jeune Américain sur cinq, n’expliquerait pas qu’Adam Lanza soit passé à l’acte non pas seulement contre sa mère, mais contre des enseignants et surtout des élèves de l’école primaire.


    Aucune explication ne s’impose d’emblée, mais quelques milieux sont mis en cause. Le Congrès sera bientôt invité à resserrer les critères relatifs à la vente et à la possession des armes à feu, notamment les fusils-mitrailleurs. Et davantage de fonds seront probablement accordés aux services d’aide aux familles et au traitement des jeunes souffrant de désordre psychique. De plus, quelques institutions sont visées dans l’épidémie américaine des tueries collectives à l’arme à feu.


    L’école, lieu de violence


    Depuis longtemps, on sait que l’abandon par les forces militaires ou certains employeurs d’individus déjà traumatisés ou en détresse donne lieu à des actes de violence. Ailleurs, des licenciements collectifs sont même préparés d’après des manuels d’instruction visant à aider, certes, les employés touchés, mais surtout à les empêcher de « se retourner » contre leur lieu de travail. Le stress engendré par l’action militaire ou par la pression du travail est à l’origine de bien des dépressions pouvant donner lieu à des suicides ou à des homicides.


    On croit moins toutefois que l’école, lieu pacifique s’il en est, puisse elle aussi contribuer à ce type de violence. Mais pourquoi alors des écoles sont-elles plus souvent la cible de tueries ? Et pourquoi les « tueurs » sont-ils presque toujours de sexe masculin ? Des analystes et des éducateurs s’interrogent sur ce milieu dont la discipline, les cours et les attentes seraient peu compatibles avec le tempérament des garçons. Lieu et symbole de leur échec, des losers en feraient, l’occasion s’y prêtant, l’exutoire de leur frustration.


    Il n’y a pas lieu, par contre, de s’arrêter au « manque de protection » dont souffriraient, d’après la National Rifle Association, les écoles des États-Unis. Sa proposition de placer un garde armé dans chaque institution a été accueillie avec le ridicule qu’elle méritait. On ne va pas vider les postes de police, a déclaré Craig Steckler, le président de l’Association internationale des chefs de police, pour placer un agent dans toutes les écoles. Des quelque 130 000 au pays, 10 000 ont déjà de « bons gars armés », et des tueries y sont quand même survenues.


    Plus crédible est la réplique de la NRA quand elle s’en prend aux entreprises, notamment celles du cinéma et de l’information, qui exploitent sans scrupule l’horreur et la violence et magnifient des « héros » du crime, alimentant à la fois un climat de peur et la triste sous-culture des types en quête d’un « moment de célébrité ». Triste ironie, les fabricants d’armes à feu dont la NRA est le défenseur et le lobby sont pourtant, avec les gens du « law and order », les principaux bénéficiaires de cette culture de l’insécurité.


    Est-ce le début d’une ère nouvelle ? Des fonds de placement que d’autres tragédies du genre n’avaient guère émus prennent leur distance. Des caisses d’enseignants, de policiers, d’employés municipaux veulent se départir de leurs intérêts dans cette industrie. Fort bien. Mais il ne suffira pas aux grands-parents de vendre leurs actions dans les entreprises fournissant les armes qui tuent leurs petits-enfants. D’autres vont hélas racheter leur placement. Du reste, l’Amérique fabrique aussi ces drones qui, au passage, déchiquettent des innocents ici et là sur la planète.


    Quand donc, en effet, pourra-t-on dire enfin : « Paix aux enfants du pays d’Hérode et d’ailleurs » ?

     
     
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