Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • fermer

    Connexion au Devoir.com

    Mot de passe oublié?

    Victoire d’Obama - Faut-il y voir la main de Dieu?

    Comment le président Barack Obama a-t-il pu remporter une victoire aussi décisive alors que les sondages concluaient à un imprévisible résultat ? C’est la faute de Sandy, clame tel républicain déconfit, cette tempête que le ciel n’a su calmer. C’est Mitt Romney, prétend un irréductible du Tea Party, et sa tiédeur pour les valeurs morales. Le discours était valable, rétorquent de jeunes conservateurs, l’erreur fut de parler le « langage de l’homme des cavernes ». Pour d’autres enfin, c’est plutôt que l’Amérique change.

    Les États-Unis, en effet, comptent moins de protestants, moins de Blancs aussi, mais davantage qu’avant, des latinos, des jeunes gens qui ne vont plus à l’église, des athées et d’autres Américains sans religion déclarée. Pourtant, le 6 novembre, ces divers électeurs n’ont pas voté en bloc plus qu’à la précédente élection. La seule machine démocrate aurait-elle pu faire la différence aux urnes ? Cette organisation ne manquait pas d’argent, certes, dans cette orgie de dépenses électorales, mais les républicains en avaient plus.


    La victoire du président démocrate, incertaine dans les sondages, s’explique peut-être moins par les changements démographiques du pays que par les choix idéologiques, clairement affichés, des stratèges républicains. La peur de voir une Maison-Blanche occupée par une secte d’extrémistes religieux et de vampires financiers aura probablement valu au président Obama ce surplus de suffrages qu’un premier mandat décevant ne lui aurait guère valu.


    Les républicains croyaient avoir trouvé la formule gagnante avec un programme promettant de rétablir une Amérique morale et prospère. Morale, c’est-à-dire familiale, opposée aux gais, à l’avortement, aux lois fédérales laissant « 47 % » des gens vivre aux crochets des contribuables. Prospère, c’est-à-dire opposée aux taxes, aux bureaucraties, et à tout ce qui empêche l’enrichissement individuel, la productivité et la liberté d’entreprendre. Sans oublier ces millions d’immigrants clandestins et autres crypto-terroristes.


    Ce programme était si populaire chez les républicains que Mitt Romney fut d’abord surpassé par d’autres aspirants qui en avaient fait leur profession de foi politique. Le doute qui pesait sur lui ne tenait pas à son appartenance religieuse (les mormons ne font plus peur aux États-Unis), mais à ses réalisations progressistes comme gouverneur du Massachusetts et surtout à ses vues libérales sur l’avortement et sur les gais, deux hérésies qu’il n’a désavouées qu’à sa tentative d’obtenir la candidature républicaine en 2008.


    Un Romney modérément libéral n’aurait jamais obtenu la faveur d’un parti républicain devenu intégriste, sinon extrémiste. Par contre, en le choisissant, ce parti n’allait guère pouvoir miser sur ses succès passés en politique et en affaires. Au contraire, les milliards versés à sa campagne par les banquiers, cette classe prédatrice à l’origine de la pire crise du pays, allaient le discréditer. À coup sûr, ces chômeurs qu’on reprochait au président Obama d’avoir abandonnés n’allaient certainement pas voter pour ces amis de Romney.


    La droite religieuse au service d’Obama


    D’autres alliés du candidat républicains auront également fait fuir maints électeurs du côté de son adversaire démocrate. Partout aux États-Unis une droite religieuse fait la lutte au mariage gai et à l’avortement, non seulement devant les tribunaux, mais aussi dans les assemblées législatives des États. D’aucuns veulent même en faire des crimes là où ce n’est plus le cas. Cet extrémisme aura poussé vers les démocrates même des gens peu favorables aux libéralisations.


    La sanction électorale du 6 novembre marque un tournant dans la vie publique aux États-Unis. Les institutions politiques du pays doivent, en vertu de la Constitution, rester neutres envers les confessions religieuses. Mais rien n’interdisait aux milieux religieux de participer à la vie sociale et même au développement d’institutions telles que les écoles, les hôpitaux et les universités. Mais alors que les Américains délaissaient peu à peu la pratique du culte, des organisations religieuses ont envahi la vie politique.


    Certaines ont contribué à la lutte pour les droits civiques, symbolisée par un Martin Luther King. D’autres, notamment chez les catholiques, luttent encore en faveur des droits des sans-papiers. Mais toutes n’ont pas la même conception des droits. Plusieurs, notamment les anglicanes, sont déchirées quant aux droits des femmes et des gais. Toutefois la palme de l’intransigeance revient à la Conférence des évêques catholiques, en lutte ouverte contre le président Obama.


    Paradoxalement, plus les organisations religieuses se radicalisent sur des questions morales (certaines questions, non pas toutes), plus elles risquent de perdre ceux de leurs membres qui ont des vues moins intransigeantes. C’est le cas du catholicisme américain, que les jeunes désertent. Des pasteurs traditionalistes, il est vrai, passent à l’Église catholique, mais c’est pour y gonfler les rangs d’un régime ecclésiastique lui aussi retranché dans son propre pouvoir et dans sa conception rigide de la loi morale.


    Benoît XVI a transmis ses meilleurs voeux au président réélu à la Maison-Blanche. Mais Barack Obama aurait pu aussi bien transmettre au pape ses plus sincères remerciements. Sans le soutien du Vatican aux évêques des États-Unis dans leur lutte pour imposer des règles catholiques aux Américains, bien des électeurs auraient négligé d’aller aux urnes. En incitant ces électeurs à défendre leurs droits, l’Église de Rome aura, autant qu’une tempête providentielle, contribué à la victoire du président démocrate.

    Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l’Université de Montréal.

     
     
    Édition abonné
    La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
     
     












    CAPTCHA Image Générer un nouveau code

    Envoyer
    Fermer
    Blogues

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel