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Colloque «Républicanisme, multiculturalisme et laïcité» à l’Université Laval - Des traditions cachées à redécouvrir au Québec

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	Les étudiants grévistes, sans en être pleinement conscients, avaient quelque chose de républicain, estime le sociologue Stéphane Kelly.</div>
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Les étudiants grévistes, sans en être pleinement conscients, avaient quelque chose de républicain, estime le sociologue Stéphane Kelly.
Le Québec aurait peut-être besoin de redécouvrir sa « tradition cachée de républicanisme », croient des chercheurs. À l’heure où le gouvernement Harper, à Ottawa, promeut un « monarchisme larvé » (dixit l’historien Yvan Lamonde), où les Québécois se surprennent de revoir leurs élus être contraints de prêter serment à la reine ; à l’heure aussi où le nouveau gouvernement a promis une charte de la laïcité, une telle redécouverte permettrait d’éviter certaines importations trop directes de modèles étrangers. Ces thèmes se trouvent au coeur du colloque « Républicanisme, multiculturalisme et laïcité » qui se termine samedi à l’Université Laval.

Le sociologue et professeur Stéphane Kelly se rappelle avoir découvert avec ravissement il y a vingt ans « l’existence d’une véritable tradition cachée » républicaine. « Il y avait des adeptes de l’humanisme civique non seulement durant les rébellions de 1837, mais dans l’opposition à la création du régime fédéral en 1867. […] Tout au long du XIXe siècle, une troisième voie politique, entre le libéralisme et le conservatisme, survit et mêle les cartes du jeu politique. »


Kelly rappelle qu’entre 1840 et 1900, plusieurs générations de « républicains canadiens-français » ont existé. Ils ont prôné la rupture du lien colonial ; l’abolition d’un « Sénat oligarchique » et de la fonction de lieutenant-gouverneur ; la « création de l’école gratuite et obligatoire » ; la laïcité et « l’opposition aux trusts ». Selon lui, la structure géographique du Québec a été marquée par ces antiques débats. Il distingue « trois grandes cultures politiques régionales » : « la région républicaine [universaliste] du Grand Montréal francophone », la « région conservatrice du Québec francophone hors Montréal », et enfin, le « Montréal hors Québec - le Montréal impérial - groupant ces Montréalais anglophones, enclavés, qui sont largement étrangers [parfois hostiles] à la culture québécoise ». La grève étudiante a surtout eu lieu à Montréal, fait remarquer Kelly ; et sans en être pleinement conscients, les grévistes avaient quelque chose de républicain. Leur argumentation s’articulait après tout autour de la « dénonciation de la corruption » ; ils réclamaient « l’instruction gratuite », la « démocratisation plus grande de la société », critiquaient la « financiarisation » et « l’influence du big business » dans le système d’enseignement et de la recherche.

 

La laïcité


Un autre courant d’idées négligé, voire oublié (connexe au républicanisme), est celui de la laïcité. Yvan Lamonde s’est chargé de le rappeler, profitant d’un tour d’horizon historique pour plaider en faveur d’une « pédagogie de la laïcité au Québec ». Contrairement à ce que laisse entendre la thèse de la Grande Noirceur, « l’Église n’a pas eu de tout temps le pouvoir qu’on lui prête » au Québec. Chez les patriotes, il y avait une « intention laïque » par laquelle ils auraient souhaité « confiner le curé dans son église ». Avec la crise de 1929 s’amorce un « processus d’émancipation vers la laïcité ». Celle-ci reste toutefois un gros mot jusqu’à la création du Mouvement laïque de langue française. On a cru laïciser le Québec lors de la Révolution tranquille, a fait remarquer Yvan Lamonde, mais on l’a fait à demi, en « produisant des scories » problématiques encore aujourd’hui. Il faudra attendre 1997 pour que le gouvernement déconfessionnalise vraiment les commissions scolaires. « L’histoire des méprises est assez longue dans le Québec “ presque laïque ” », a lancé Yvan Lamonde, presque excédé. « On y garde les choses tellement longtemps qu’elles ne peuvent être jetées que lorsque les choses [n’ont pas d’autre choix] que de changer. »


Aujourd’hui dans l’ignorance de l’histoire riche des rapports entre la religion et la société québécoise, certains sont tentés d’importer le modèle français de « laïcité stricte ». Pour un des organisateurs du colloque, le politologue de l’Université Laval Guy Laforest, c’est la volonté qu’incarnait l’ancienne porte-parole du dossier au Parti québécois, Louise Beaudoin, laquelle a maintenant quitté la vie politique. Est-ce que la charte de la laïcité gardera cet esprit ou elle optera pour la « laïcité ouverte » promue par le rapport Bouchard-Taylor ?


Une autre conférencière, Cécile Laborde, de l’University College de Londres, a fait comprendre que le modèle français de laïcité à la française était difficilement exportable dans sa pratique, puisque fait de nombreux accommodements avec l’Église. Elle a même parlé d’une « catho-laïcité ». Ce n’est pas pour autant un « repoussoir à éviter » (comme tant de chercheurs le disent) ni dans la pratique, ni dans l’idéal. Sauf bien sûr quand la « laïcité » est « instrumentalisée » comme « langage spectacle de la xénophobie et de l’hostilité aux musulmans ».


***

Une charte de la laïcité : une bonne idée

Penseur « interculturaliste » et farouche défenseur de la « diversité », on aurait pu penser que Ricard Zapata serait opposé au projet d’une charte de la laïcité mis de l’avant par le gouvernement Marois. Mais ce chercheur à l’Université Pompeu Fabra de Barcelone y voit une bonne idée, « qui se fera dans un contexte interministériel ». Il se dit rassuré par le fait qu’elle ne sera pas uniquement préparée par le ministère de la Sécurité publique. Qu’elle interdise par exemple la burqa dans l’espace public et dans les rapports entre l’État et les citoyens lui paraîtrait « normal » : « Toute personne doit être identifiable dans l’espace public. » Et le crucifix à l’Assemblée nationale ? « Cela ne devrait pas soulever un tel problème, dit-il, surtout dans un contexte où ceux qui y siègent ne sont pas contraints d’être de la confession religieuse dont le crucifix est le symbole. » Et l’indépendance de la Catalogne ? « Je suis pour la démocratie », commence-t-il. Constitutionnellement, Barcelone devrait avoir l’accord de Madrid pour poser la question de la séparation aux Catalans. « On est dans l’illégalité en Espagne, mais pas en droit international. Le droit à l’autodétermination, ça existe. » Et lorsqu’il y aura référendum, M. Zapata votera « oui ». « Pourquoi on devrait tout payer au reste du pays ? », s’explique-t-il.

 
 
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