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    L'Église des États-Unis - Le dialogue entre le Vatican et les soeurs frappe un mur

    Le dialogue entre la Conférence nationale des religieuses des États-Unis (LCWR) et le Vatican s’est récemment heurté à un mur, alors qu’un des trois évêques nommés pour y rétablir l’orthodoxie, Mgr Leonard P. Blair, a déclaré à l’émission Fresh Air de la National Public Radio (NPR) qu’il n’est pas question de « négocier » un compromis. Peu de jours avant, soeur Pat Farrell, la présidente, avait affirmé à NPR qu’un tel « contrôle », loin d’ouvrir un dialogue, semblait le fermer.

    La LCWR compte 1500 supérieures représentant environ 80 % des 57 000 religieuses catholiques du pays. Le Vatican reproche à la conférence de s’écarter de l’enseignement de l’Église sur la contraception, l’avortement, l’euthanasie, l’accès des femmes à la prêtrise et l’homosexualité. Outre qu’elles témoignent d’une désobéissance envers la hiérarchie, ces « déviations » contribueraient aussi à la chute des « vocations religieuses » dans les communautés de femmes aux États-Unis.


    La conférence estime, elle, qu’il devrait être possible de discuter dans l’Église. C’est là, selon soeur Farrell, la « question clé » qui se pose non seulement aux religieuses, mais à tous les fidèles. « Peut-on être catholique tout en ayant l’esprit ouvert aux questions?» Entre-temps, la LCWR a lancé une consultation auprès de ses membres quant à l’attitude à adopter devant l’intervention du Vatican. Trois voies y sont envisagées en vue d’une réunion nationale en août prochain :


    L’une consiste à se plier au mandat que le Vatican a donné aux évêques américains chargés d’évaluer les orientations de ces communautés.


    La seconde serait de constater qu’il n’est pas possible de se conformer à un tel mandat et d’attendre de voir quelle sera alors la position du Vatican.


    Enfin, les communautés qui trouvent inacceptables ces « options » pourraient se retirer de la LCWR (dont le statut juridique dépend de Rome) et former une nouvelle organisation séparée.


    Sur certaines des questions en litige, la conférence trouve injuste le verdict du Vatican. Ainsi, les religieuses ont été amenées à s’interroger sur l’enseignement sur la sexualité, non par rébellion féministe contre une hiérarchie « patriarcale », mais par fidélité à leur mission auprès de gens marginalisés, placés dans des situations pénibles. « C’est là notre don à l’Église. » Ces sujets, dit soeur Farrell, sont beaucoup moins « blancs ou noirs » qu’on le prétend, car les réalités humaines ne le sont pas.


    « Un évêque, par exemple, ne peut travailler dans la rue avec les sans-abri », ajoute-t-elle. Il a d’autres tâches. Mais les religieuses peuvent le faire. C’est ce genre de « conversations » que souhaitent avoir les religieuses, pour peu que se développe un climat de dialogue, d’ouverture et de confiance avec les évêques.


    Autre grief chez les religieuses : l’accès à la prêtrise. La position qu’elles ont prise en faveur de l’ordination des femmes date de 1977, soit avant que le Vatican interdise d’en débattre dans l’Église catholique. Depuis l’interdit lancé sous Jean-Paul II, la LCWR s’est abstenue d’en parler publiquement. « Imposer le silence ne change pas nécessairement l’opinion des gens », dit soeur Farrell, qui confirme que les religieuses veulent voir reconnaître la « position des femmes dans l’Église ».


    Si cette question ne fait plus guère les manchettes, il en va autrement de la campagne menée par le Vatican à propos de l’avortement. Là-dessus, les religieuses américaines refusent de se laisser conscrire par le mouvement provie. Soeur Farrell trouve injuste (unfair) la critique voulant qu’elles ne parlent pas de cette question. « Nous donnons nos vies pour appuyer la vie, dit-elle, et appuyer la dignité des personnes. Notre travail est très pro-vie. »


    Mais ces religieuses mettent en doute « toute politique qui est davantage pro-foetus que vraiment pro-vie ». Pour elles, si les droits de l’enfant à naître priment tous les droits des enfants déjà nés, c’est là aussi, le cas échéant, une « distorsion ». Et soeur Farrell de citer les nombreux « ministères » auxquels des religieuses consacrent leur vie : les gens marginalisés, souvent rejetés, les handicapés et les gens âgés, les malades mentaux chroniques, les prisonniers, les condamnés à mort attendant leur exécution.


    Comme il ne manque pas de gens dans l’Église catholique pour s’occuper de l’avortement, les religieuses ont choisi de ne pas s’y investir, pour aller plutôt donner une voix à des causes qui sont moins couvertes « mais tout aussi importantes ». La Conférence s’inquiète, en revanche, de voir le droit à la vie réduit à cet enjeu de l’avortement. Pourquoi ferait-on aujourd’hui de cette question l’enjeu principal de l’Église, voire la seule caractéristique de l’identité catholique ?


    Il n’en fallait pas plus pour que Mgr Blair invoque le magistère de Jean-Paul II. Tous les droits de la personne sont « faux et illusoires », a dit ce pape, si le droit à la vie n’est pas défendu avec « le maximum de détermination ». Mais l’évêque nie également que cette question soit la seule où le silence des religieuses inquiète le Vatican. Ces femmes restent aussi muettes sur « l’institution divine » du mariage « entre un homme et une femme ».


    Sur ces questions, le représentant de Rome invoque la foi « fondamentale » de l’Église catholique dans l’existence de « vérités objectives », provenant de la Révélation, interprétées « authentiquement » par l’enseignement de ceux dont c’est la charge dans l’Église, et dont on s’attend qu’elles soient crues. Il y a donc des choses qui ne sont pas « négociables », conclut Mgr Blair.


    ***


    Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l’Université de Montréal.













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