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Documents secrets - Les fuites illustrent l’imbrication des intérêts du Vatican et de l’Italie

Un membre de la Garde suisse sur la place Saint-Pierre, à Rome.
Photo : Agence France-Presse Filippo Monteforte Un membre de la Garde suisse sur la place Saint-Pierre, à Rome.
Depuis des semaines, la presse italienne livre presque chaque jour un flot d’informations tirées de documents confidentiels émanant du Vatican, des fuites que l’on désigne à Rome sous un nouveau vocable : le « VatiLeaks ».

Les fuites de documents secrets du Vatican, qui fragilisent l’Église et le pape, illustrent une nouvelle fois les intérêts très imbriqués du Vatican et de l’Italie, au moment où un quart des membres du collège des électeurs du pape sont italiens.


Une des explications les plus fréquemment entendues pour la crise actuelle serait la volonté de pousser vers la sortie le cardinal-secrétaire d’État italien Tarcisio Bertone, numéro deux du Vatican, proche du pape, mais très critiqué dans la Curie pour sa gestion.


Tarcisio Bertone, 78 ans, a de nombreux rivaux, notamment parmi les prélats italiens.


« Un groupe de cardinaux s’est mis en mouvement avec un objectif double et très ambitieux : la prise de la secrétairerie d’État, et ensuite, la conquête du conclave [réunion de cardinaux après la mort du pape] avec un pape choisi dans leurs rangs », croit savoir le quotidien La Repubblica.


Les conjectures vont bon train sur l’éventualité qu’un prochain pape soit de nouveau italien, après un Polonais et un Allemand. En février, en nommant cardinaux sept Italiens, le pape avait porté leur effectif à 30 électeurs, ce qui a renforcé leur poids.


Une bonne partie des documents cités dans le livre-choc Sua Santita publié récemment et qui a débouché sur l’arrestation du majordome du pape la semaine dernière, porte sur les intérêts du Vatican dans la péninsule.


Les sujets les plus évoqués sont l’entrée ou non de l’IOR, la banque du Vatican, dans le capital de l’hôpital catholique San Raffaele, les critiques d’un cardinal sur des appels d’offres au Vatican qui favoriseraient certaines entreprises italiennes, la préoccupation du Saint-Siège sur le régime fiscal des biens de l’Église en Italie, ou encore son attention sur les lois concernant la famille.


Les relations entre l’Italie et le plus petit État du monde sont réglementées par les accords du Latran, datant de 1929, signés entre le dictateur Benito Mussolini et le Saint-Siège.


L’ambassade d’Italie auprès du Vatican, le Palais Borromeo, est un véritable centre de pouvoir, et ses réceptions rassemblent le Tout-Rome, y compris la vieille noblesse « noire » liée aux papes dans le passé.


Comme les rapports de la conférence épiscopale italienne et du Vatican avec l’État italien sont souvent en porte-à-faux, des conflits éclatent, souvent grossis par les médias italiens, qui les analysent à la loupe.


Dans le livre Sua Santita, « tous les documents sont en italien », a noté le vaticaniste Bruno Bartoloni, en soulignant qu’il n’y a pas de documents allemands ou français dans ce livre.


L’ouvrage de Gianluigi Nuzzi n’apporte en outre pas de scoops. Plusieurs documents sont des textes assez indigestes dans lesquels des prélats italiens se plaignent d’injustices à leur égard, se justifient auprès du pape ou regrettent de n’avoir pas eu un poste qui leur était promis.


« Il n’y a pas d’éléments particuliers de scandale ; ces documents sont parfois évidents, comme un document de travail préparé avant une rencontre entre le pape et le président Giorgio Napolitano », relève le vaticaniste Sandro Magister.


Selon Bruno Bartoloni, dans l’affaire du majordome, qui n’a sans doute pas agi seul, des prélats du Vatican ont pu s’inspirer de l’exemple de Mgr Renato Dardozzi, mort en 2003, qui avait demandé dans son testament que 4000 documents qu’il avait accumulés sur les finances du Vatican sous Jean-Paul II soient divulgués.


Ces dossiers avaient servi à Nuzzi pour son best-seller Vaticano SPA sur les scandales passés de l’IOR. Le but, cette fois aussi, pourrait être de provoquer des réformes dans la gouvernance du Vatican.


Selon Sandro Magister, « il est certain que Tarcisio Bertone ne sort pas de manière positive » des fuites actuelles. « L’insuffisance de son gouvernement est sous les yeux de tous », affirme M. Magister, selon lequel le pape pourrait le remplacer « dans les prochains mois ».


Pas de cardinal suspecté


Aucun cardinal n’est suspecté dans le cadre des fuites de documents secrets du Saint-Siège, a affirmé hier le porte-parole du Vatican en réponse aux informations de presse affirmant qu’un cardinal figurerait parmi les taupes à l’origine de ces fuites. « Je démens de façon catégorique. Aucun cardinal n’est suspecté […] ni italien ni non italien », a déclaré le père Federico Lombardi lors d’une déclaration à la presse.


« Les interrogatoires se poursuivent. Nombreuses sont les personnes interrogées dans la Curie et dans plusieurs dicastères » (ministères) par la commission des cardinaux formée il y a un mois à la demande de Benoît XVI, a-t-il dit.


« Dans la phase actuelle, a souligné le père Lombardi, d’autres perquisitions et recherches peuvent avoir lieu, des cardinaux peuvent être auditionnés, mais cela ne signifie pas qu’il y ait un nouveau placement sous enquête ».


La commission de cardinaux « n’a pas l’intention de se laisser conditionner par la pression médiatique », a-t-il encore affirmé.


Le pape est « bien évidemment informé » des développements de cette affaire, qui a conduit à l’arrestation mercredi de son majordome Paolo Gabriele, a ajouté le porte-parole. La ligne souhaitée par le pape est « la transparence », a-t-il dit.


« Un cardinal a guidé le corbeau », a titré hier matin le quotidien romain Il Messaggero, tandis que le grand journal milanais Corriere della Sera a fait sa manchette avec le titre : « Un cardinal parmi les corbeaux ».


La gendarmerie vaticane a arrêté M. Gabriele et trouvé des documents confidentiels à son domicile. Il n’aurait pas agi seul, et plusieurs médias vont jusqu’à affirmer qu’une vingtaine de personnes pourraient avoir fait passer des documents à l’extérieur du Vatican.


Un des avocats du majordome, qui est un de ses amis d’enfance, a indiqué que son client entendait collaborer avec la justice vaticane pour « établir la vérité ».

 
 
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