Gai, gai, marions-nous
Le débat actuel autour de la question du mariage entre homosexuels se déroule dans un climat de rectitude politique extrêmement malsain. Nombreux sont ceux qui n'osent s'exprimer de peur d'être étiquetés par des porte-parole tonitruants qui jettent l'anathème et condamnent. La première des rectitudes politiques, c'est de faire semblant que l'on croit à une telle chose que la fierté gaie. La fierté est une affirmation morale d'un choix particulier de vie. Or l'orientation sexuelle nous est imposée par la nature. On ne choisit ni d'être gai, ni d'être hétérosexuel. Si cela était, on peut imaginer que rares seraient ceux qui opteraient pour la marginalité, compte tenu que toute marginalité est difficile, voire douloureuse à assumer et à vivre.
Ces défilés où s'affichent au premier rang les exhibitionnistes sont peut-être une catharsis pour certains, mais l'on sait bien quelle caricature ils renvoient d'une communauté dont les membres ont infiniment moins de choses en commun qu'on a tendance à le laisser croire. Les goûts littéraires, musicaux, cinématographiques, la vision de l'organisation sociale, les choix politiques sont beaucoup plus affaire de sensibilité, d'éducation, d'ouverture sur le monde que d'orientation strictement sexuelle.
La majorité probablement des homosexuels ne s'identifie pas à ceux qui parlent en leur nom et qui ont choisi la provocation comme arme idéologique. Il y a une dignité à rester silencieux et à refuser tout exhibitionnisme. On choisit de se battre pour l'égalité des droits avec les moyens qui correspondent à nos valeurs et à notre culture, mot que nous entendons ici, précisons-le, dans le sens sociologique du terme.
Quel que soit le milieu auquel nous appartenons, nous fréquentons tous des êtres chers qui sont homosexuels. Nous les aimons, nous les respectons et nous ne les reconnaissons pas dans ces caricatures qui défilent. De même que nous sommes offensés et infiniment attristés par les propos du pape les concernant. Il est désolant que cette institution doublement millénaire n'ait jamais réussi à adapter sa théologie à la science psycho-physiologique. L'Église peut légitimement refuser le mariage homosexuel au nom d'une conception du mariage. On ne devrait pas lui contester ce droit. Mais au nom du message évangélique qui seul la justifie, ses représentants commettent un péché en éclaboussant une partie des enfants de Dieu, pour utiliser leur vocabulaire.
Remettre en question la conception du mariage en tant qu'institution civile n'est pas affaire de mode et d'air du temps. Les conséquences en sont extrêmement profondes et complexes. Les politiciens ne doivent pas agir à la légère en la matière. On n'adopte pas pareille loi dans l'impatience, sous la pression d'un lobby et par peur de passer pour réactionnaire. La France, dans sa sagesse et son expérience historique des droits, a trouvé une solution qui a rallié la majorité en adoptant le Pacte civil de solidarité (PACS) ouvert à tous les homosexuels et hétérosexuels. Elle a ainsi fait l'économie d'un débat qui aurait sans doute cristallisé les positions extrêmes et empêché toute évolution des mentalités. L'institution du mariage telle que définie historiquement a été conservée intacte. Au Québec, le pacte civil existe déjà et nous n'aurions qu'à l'aménager afin que l'égalité des droits soit totale.
Curieux retour du balancier que cette demande d'élargir la notion de mariage afin que les homosexuels convolent. Une proportion très importante des hétérosexuels ne désirent plus passer par cette institution, et ce, au nom d'un affranchissement social et d'une conception dite avancée des moeurs. Les femmes, en particulier, ont combattu pour faire triompher l'amour en dehors des liens sacrés du mariage. D'ailleurs, sans avoir de statistiques pour justifier ce que nous avancons, il semble que dans ce débat les femmes lesbiennes revendiquent peu ce droit au mariage comparativement aux hommes gais. Le modèle papa-maman serait-il plus attirant pour les hommes?
Dans ce débat si passionnel, compte tenu de sa dimension sexuelle, la plus grande délicatesse s'impose. Ceux qui s'opposent à l'élargissement de l'institution du mariage ne sont pas obligatoirement des homophobes. Les homosexuels qui ne montent pas aux barricades ne manquent pas nécessairement de courage. Le progrès social ne réside pas dans la négation des différences lesquelles sont incarnées par les institutions et l'organisation sociale mais plutôt dans l'acceptation de ces dernières. Le rejet et le mépris par les uns, la condamnation et l'anathème par les autres n'entraîneront que des désordres et des blessures inguérissables. Le vrai progrès humain suppose l'éclatement de la mentalité de ghetto et la remise en cause d'une quelconque suprématie morale de la majorité. La dignité, le sens moral ne sont l'apanage d'aucune catégorie, ni sociale, ni culturelle, ni sexuelle.
denbombardier@earthlink.net
Ces défilés où s'affichent au premier rang les exhibitionnistes sont peut-être une catharsis pour certains, mais l'on sait bien quelle caricature ils renvoient d'une communauté dont les membres ont infiniment moins de choses en commun qu'on a tendance à le laisser croire. Les goûts littéraires, musicaux, cinématographiques, la vision de l'organisation sociale, les choix politiques sont beaucoup plus affaire de sensibilité, d'éducation, d'ouverture sur le monde que d'orientation strictement sexuelle.
La majorité probablement des homosexuels ne s'identifie pas à ceux qui parlent en leur nom et qui ont choisi la provocation comme arme idéologique. Il y a une dignité à rester silencieux et à refuser tout exhibitionnisme. On choisit de se battre pour l'égalité des droits avec les moyens qui correspondent à nos valeurs et à notre culture, mot que nous entendons ici, précisons-le, dans le sens sociologique du terme.
Quel que soit le milieu auquel nous appartenons, nous fréquentons tous des êtres chers qui sont homosexuels. Nous les aimons, nous les respectons et nous ne les reconnaissons pas dans ces caricatures qui défilent. De même que nous sommes offensés et infiniment attristés par les propos du pape les concernant. Il est désolant que cette institution doublement millénaire n'ait jamais réussi à adapter sa théologie à la science psycho-physiologique. L'Église peut légitimement refuser le mariage homosexuel au nom d'une conception du mariage. On ne devrait pas lui contester ce droit. Mais au nom du message évangélique qui seul la justifie, ses représentants commettent un péché en éclaboussant une partie des enfants de Dieu, pour utiliser leur vocabulaire.
Remettre en question la conception du mariage en tant qu'institution civile n'est pas affaire de mode et d'air du temps. Les conséquences en sont extrêmement profondes et complexes. Les politiciens ne doivent pas agir à la légère en la matière. On n'adopte pas pareille loi dans l'impatience, sous la pression d'un lobby et par peur de passer pour réactionnaire. La France, dans sa sagesse et son expérience historique des droits, a trouvé une solution qui a rallié la majorité en adoptant le Pacte civil de solidarité (PACS) ouvert à tous les homosexuels et hétérosexuels. Elle a ainsi fait l'économie d'un débat qui aurait sans doute cristallisé les positions extrêmes et empêché toute évolution des mentalités. L'institution du mariage telle que définie historiquement a été conservée intacte. Au Québec, le pacte civil existe déjà et nous n'aurions qu'à l'aménager afin que l'égalité des droits soit totale.
Curieux retour du balancier que cette demande d'élargir la notion de mariage afin que les homosexuels convolent. Une proportion très importante des hétérosexuels ne désirent plus passer par cette institution, et ce, au nom d'un affranchissement social et d'une conception dite avancée des moeurs. Les femmes, en particulier, ont combattu pour faire triompher l'amour en dehors des liens sacrés du mariage. D'ailleurs, sans avoir de statistiques pour justifier ce que nous avancons, il semble que dans ce débat les femmes lesbiennes revendiquent peu ce droit au mariage comparativement aux hommes gais. Le modèle papa-maman serait-il plus attirant pour les hommes?
Dans ce débat si passionnel, compte tenu de sa dimension sexuelle, la plus grande délicatesse s'impose. Ceux qui s'opposent à l'élargissement de l'institution du mariage ne sont pas obligatoirement des homophobes. Les homosexuels qui ne montent pas aux barricades ne manquent pas nécessairement de courage. Le progrès social ne réside pas dans la négation des différences lesquelles sont incarnées par les institutions et l'organisation sociale mais plutôt dans l'acceptation de ces dernières. Le rejet et le mépris par les uns, la condamnation et l'anathème par les autres n'entraîneront que des désordres et des blessures inguérissables. Le vrai progrès humain suppose l'éclatement de la mentalité de ghetto et la remise en cause d'une quelconque suprématie morale de la majorité. La dignité, le sens moral ne sont l'apanage d'aucune catégorie, ni sociale, ni culturelle, ni sexuelle.
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