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Vatican - L'Église de Benoît n'est pas celle de Jean-Paul

Benoît XVI devait relever un énorme défi en accédant au pontificat.<br />
Photo : Agence Reuters Max Rossi
Benoît XVI devait relever un énorme défi en accédant au pontificat.
En passant du Polonais Jean-Paul II à l'Allemand Benoît XVI, du philosophe au théologien, l'Église catholique a-t-elle vécu des changements notables depuis le 19 avril 2005? Sur les plans dogmatique, politique, social et de la gouvernance, Joseph Aloïs Ratzinger dirige les destinées du Vatican depuis à peu près six ans jour pour jour; quels courants s'en dégagent?

Catherine Clifford et Yvan Mathieu, prêtre catholique, sont tous deux professeurs au Département de théologie de l'Université Saint-Paul d'Ottawa. Ils témoignent des convergences et des divergences qui émergent des pontificats de ces deux hommes, dont la formation diffère, ce qui influe sur leur façon d'exercer le pouvoir. En matière de dogme, Catherine Clifford porte ce regard: «Je ne sais pas s'il est plus rigoureux que son prédécesseur. Ce qui est intéressant à retenir, c'est que Benoît XVI ne parle pas aussi souvent que Jean-Paul II, mais il fait une distinction, et je ne sais pas si tout le monde la comprend, entre sa propre pensée et son opinion théologique, entre ses publications personnelles et son enseignement en tant que pape.»

Elle étoffe son jugement: «En fait, il n'a pas enseigné beaucoup, ne préparant que trois lettres encycliques sur les éléments-clés et les grandes valeurs au coeur de l'Évangile, qui sont celles de la charité, de l'espérance et de la foi; il veut de la sorte redire l'essentiel de ce livre saint.» Son collègue ajoute: «La formation des deux hommes a beaucoup à jouer sur ce plan; l'un était formé en philosophie et l'autre l'est en théologie. Par exemple, on voit la différence entre les deux par le fait que les trois encycliques de Benoît XVI portent sur les trois vertus théologales, ce qui est déjà beaucoup.» Il relève une anecdote plutôt significative: «Les gens disent qu'ils allaient voir le premier, alors qu'ils vont entendre le second.»

Le pape actuel a relevé un énorme défi en accédant au pontificat: «Je pense qu'il a été capable d'être fidèle à Jean-Paul II en assurant une continuité tout en demeurant lui-même. Les deux travaillaient très bien ensemble, mais ils ne possèdent pas du tout la même personnalité. Il effectue des voyages mais en beaucoup moins grand nombre.» Sur ce point, Mme Clifford signale un détail non négligeable: «Il est beaucoup plus âgé.»

Occident et oecuménisme

Quel est l'essentiel du message livré à l'occasion de ses déplacements à l'étranger? La professeure résume ses propos: «Il s'inscrit dans la même ligne que le discours précédent. Il redit cette préoccupation déjà manifestée surtout du côté de l'Europe et du monde occidental, qui veut rappeler les racines chrétiennes de cette société et de sa culture.» Yvan Mathieu souligne un autre fait qui renforce la thèse de sa collègue: «Le simple choix de son nom, Benoît, qui est lié à saint Benoît, père des moines de l'Occident et patron de l'Europe, dit beaucoup sur ce qu'il veut accomplir.»

D'un point de vue oecuménique, il s'est distingué dès le début de son mandat: «Il a fait des efforts marqués pour se rapprocher de l'orthodoxie, de nos frères séparés appartenant à celle-ci, ce qui est peu souligné dans les médias.» Mme Clifford enchaîne: «Il est ouvert sur les autres religions et, comme son prédécesseur, quand il voyage il veut rencontrer les chefs des autres églises et des grandes familles religieuses. Il continue cet engagement oecuménique que l'Église toute entière a pris depuis le concile Vatican II.»

Le pape actuel a maintenu une ligne de pensée conservatrice sur de grands enjeux qui marquent les sociétés contemporaines, comme la contraception et l'homosexualité, à titre d'exemples. Le père Mathieu apporte cet éclairage: «Il se situe dans le plein courant de Jean-Paul II; il maintient les mêmes positions. Il fait preuve d'un souci de son rôle d'enseignement au nom de l'Église en essayant d'être fidèle à la grande tradition.»

Le Vatican et la politique

Le pontificat de Jean-Paul II a été le troisième en durée dans l'histoire de l'Église; il s'est étalé sur 26 ans, et des événements majeurs sur le plan politique sont survenus en cours de route. Yvan Mathieu aborde l'aspect politique de la gouvernance ecclésiastique des deux plus récents papes: «Sous Jean-Paul II s'est produite notamment la chute du mur de Berlin et du communisme; il était polonais et il a eu un très grand rôle à jouer dans ces moments historiques.» «Benoît XVI est peut-être moins activiste que l'autre l'était dans la première partie de sa carrière, renchérit Mme Clifford. Il est intéressant de noter qu'il redit toujours l'engagement de l'Église pour la paix; actuellement, il parle presque continuellement de la situation en Lybie.»

Elle ajoute: «D'un point de vue politique, il prend également la défense des chrétiens qui sont persécutés dans tous les endroits du monde; je fais allusion aux communautés chrétiennes en Irak, en Syrie, au Moyen-Orient, en Indonésie et dans différents coins de l'Asie. Il plaide surtout en faveur de la liberté religieuse.» Et M. Mathieu vide la question: «Quand il met de l'avant l'importance, pour la société occidentale, de ne pas oublier ses racines chrétiennes, il joue un rôle politique. Ses interventions en ce sens du côté de l'Europe sont importantes. C'est un discours qui a peu d'écho ici, mais qui pourrait en avoir avec toutes les questions d'accommodements raisonnables qui font surface. Dans cet esprit, on se demande parfois si les chrétiens ont encore droit de cité.»

Ouverture et décentralisation


À son entrée en fonction, Benoît XVI s'est sans doute appliqué à gouverner dans la continuité de l'administration précédente. Catherine Clifford examine la situation sous cet angle: «Sous Jean-Paul II, je pense qu'il y a eu un mouvement de centralisation au Vatican; cela s'est aussi passé au moment où il y a eu une grande croissance de la population catholique autour du monde et le défi était encore plus grand de faire l'unité dans ce contexte d'expansion se déplaçant au sud de l'équateur, où habitent maintenant la moitié des catholiques du monde.» Voilà ce qui explique jusqu'à un certain point une réaction tournée vers la centralisation.

À l'heure actuelle, elle fait part des sons de cloche qu'elle reçoit sur cette question: «J'ai entendu les évêques dire qu'ils se sentent très écoutés par Benoît XVI quand ils ont des préoccupations à partager. Quand le premier synode s'est réuni sous son pontificat, ils ont pu s'exprimer plus librement là où autrefois ils ne faisaient que prononcer des discours. Il existe maintenant un dialogue accru entre les évêques et les responsables des Églises locales.» Du côté de Rome, les deux professeurs assurent également que l'accueil que reçoivent les évêques lors de leurs visites protocolaires au Vatican est plus ouvert qu'il ne l'était auparavant; l'Église est davantage à leur écoute.

***

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  • Paul Lafrance - Inscrit
    7 mai 2011 11 h 37
    L'Église catholique
    Les théologiens seront pris au sérieux quand ils cesseront de parler de Jésus comme étant Dieu, de la Trinité, de la vierge Marie, de la résurrection, de l'ascension, de l'assomption, et tout le tralala pour se limiter à expliquer la parole de Jésus, de la développer comme elle se doit, dans le respect de la vie humaine et de ses semblables. Nous n'avons aucun besoin de toutes les légendes entourant la vie de Jésus pour comprendre que le bonheur, dans notre vie, peut être atteint uniquement en suivant l'enseignement de cet homme d'une grande sagesse et d'une grande humanité.
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