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    La famille musulmane au coeur de Montréal

    Mariage, polygamie, violence conjugale, tous les sujets sont débattus aujourd'hui au Palais des congrès

    25 septembre 2010 |Brian Myles | Éthique et religion
    Conférence sur les femmes musulmanes et la démocratie en juillet dernier à Simferopol, en Ukraine.<br />
    Photo: Agence Reuters Andrew Lubimov Conférence sur les femmes musulmanes et la démocratie en juillet dernier à Simferopol, en Ukraine.
    Environ 2000 personnes sont attendues aujourd'hui à Montréal pour une conférence sur la famille faisant la part belle au débat sur la polygamie et à une organisation imprégnée de l'idéologie des Frères musulmans, qui encourage l'instauration d'États fondés sur la charia.

    L'organisme United for Change, basé en Caroline du Nord, invite les musulmans à discuter de la famille, au Palais des congrès. Il y sera question «de modernité et de traditions, et de tous les sujets visant à renforcer la famille: le mariage, la polygamie et la violence conjugale», explique l'organisateur de la conférence, Amad Shakur.

    Polygamie? Selon M. Shakur, si la population comprenait le contexte historique et social de cette pratique, elle ne réagirait pas avec indignation. «Notre but, c'est d'améliorer et d'enrichir le monde dans lequel nous vivons. Si c'est géré correctement, la polygamie pourrait en faire partie», explique-t-il.

    Il en va de l'émancipation des femmes. La polygamie pourrait les protéger des affres du divorce, de la solitude, de l'union libre, avance l'organisateur. «Nous essayons de transformer un navire qui coule dans l'immoralité en un navire qui navigue sur la moralité», dit M. Shakur.

    Les Frères musulmans

    Cette conférence confirme par ailleurs l'ascendant des Frères musulmans au Québec et au Canada, à telle enseigne que des groupes de la société civile commencent à s'en inquiéter.

    Cette semaine, Jacques Brassard, ex-ministre du Parti québécois, et trois cosignataires (Germain Belzile, Jean-Charles Chebat, des HEC, et Pierre Brassard) ont publié une lettre dans le Suburban pour dénoncer l'événement. «Nos démocraties libérales et pluralistes sont menacées par l'idéologie islamiste. La tentation totalitaire du XXIe siècle, irriguée par les Frères musulmans, utilise les méthodes modernes de communication pour renforcer sa présence, son prestige et ses idées», écrivent-ils. Fugues, le magazine des gais, lesbiennes et transsexuels, a exprimé des inquiétudes similaires.

    Nés en Égypte, en 1928, les Frères musulmans forment un mouvement hétérogène et non hiérarchisé dont la finalité est de réislamiser la société par le bas, pour reprendre une expression de Gilles Kepel. Le fondateur, Hassan al-Banna, prônait l'instauration d'un parti unique et d'un gouvernement fondé sur la charia (la loi coranique). Il encourageait la ségrégation entre les filles et les garçons dans les écoles, l'esprit du djihad chez les jeunes, la fermeture des salles de danse, la censure des chansons.

    De nos jours, peu de groupes se réclament ouvertement de l'héritage spirituel d'al-Banna. Les Frères musulmans se présentent comme un mouvement pluraliste, respectueux de la démocratie, voué à l'intégration des musulmans et à la poursuite d'un dialogue constructif avec l'Occident. Mais, au Canada, l'héritage d'Hassan al-Banna semble plus facile à assumer.

    L'Association des musulmans du Canada (la MAC, en anglais) affirme noir sur blanc, dans son site Internet, qu'elle s'efforce d'appliquer l'islam «tel que compris dans son contexte contemporain par le regretté imam Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans. La MAC considère cette idéologie comme la meilleure représentation de l'islam tel qu'énoncé par le prophète Mahomet.» Le Devoir a contacté la MAC, sans succès.

    Retour de Ramadan

    Or, la MAC est l'un des partenaires de United for Change. L'un de ses anciens administrateurs, Jamal Badawi, sera conférencier aujourd'hui. Badawi a tenu des propos controversés par le passé. Il a notamment précisé les conditions dans lesquelles un homme peut corriger sa femme (la punition doit rester symbolique). Il a aussi déclaré que les auteurs d'attentats suicide ne commettaient pas un suicide, mais un acte héroïque.

    Aux États-Unis, Badawi a fait partie de longue liste des coconspirateurs non accusés, dans le procès de la Holy Land Foundation for Relief and Development. En 2008, cinq leaders de l'organisation ont été reconnus coupables d'avoir transféré 12 millions de dollars au groupe terroriste Hamas, le bras armé des Frères musulmans, dont le but avoué est d'annihiler l'État d'Israël et d'instaurer un État islamique sur tout le territoire historique de la Palestine.

    Tariq Ramadan, le petit-fils d'Hassan al-Banna, sera présent par téléconférence. Aucun penseur du monde musulman ne suscite autant la controverse que ce collaborateur de la MAC. Pour les uns, Ramadan est un réformateur et un moderniste. Pour les autres, il est passé maître dans l'art du double discours. En France, Caroline Fourest lui a consacré un essai dans lequel elle le présente comme «l'un des plus dangereux» émissaires de la pensée d'al-Banna.

    Tariq Ramadan n'est pas étranger à la controverse. Il a déjà proposé un moratoire sur la lapidation, par opposition à une réprobation complète. Il a aussi collaboré à Press TV, un réseau contrôlé par le gouvernement iranien. Sans oublier qu'il a déjà signé la préface d'un livre de Youssef al-Qaradâwî, l'idéologue très en vue des Frères musulmans, qui cautionne les attentats suicide et la violence contre les Juifs, les gais et les lesbiennes.

    Amad Shakur, porte-parole de United for Change, n'a «aucune inquiétude» à propos de Tariq Ramadan. Il assure enfin n'avoir «aucun lien avec les Frères musulmans». «Nous avons un soutien de la MAC, mais ça ne veut pas dire que nous appuyons la charia. Ce serait injuste, comme association», précise-t-il.

    Tarek Fatah, fondateur du Congrès musulman canadien (CMC), n'en revient tout simplement pas de la naïveté des citoyens et députés canadiens. Il cite en exemple le cas de la député bloquiste Meili Faille, qui a accepté un voyage payé de la MAC, d'une valeur de 6000 $, pour visiter les Émirats arabes unis. Mme Faille a avoué son erreur et elle s'est engagée à rembourser les coûts du voyage.

    Selon le CMC, les Frères musulmans devraient être ajoutés à la liste des organisations terroristes. «Ce sont les Duplessis de leur temps. À la différence près que Duplessis ne voulait pas saper les fondements de la civilisation occidentale», affirme Fatah.












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