jeudi 9 février 2012 Dernière mise à jour 23h42
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

L'éthique de vitrine

René Villemure - Président de l'Institut québécois d'éthique appliquée  28 mai 2010  Éthique et religion
L'éthique est sur toutes les lèvres. Tous en parlent et, en même temps, peu savent réellement ce qu'est l'éthique. De l'exigence de commissaires à l'éthique à la publication de nombreux codes d'éthique ou de déontologie, qu'en est-il réellement de ce soudain souci? Pour le gouvernement du Québec, l'éthique représente-t-elle une préoccupation réelle ou n'est-elle plutôt qu'un écran de fumée destiné à faire croire que tout va bien?

L'éthique est-elle destinée à «bien faire» ou à «faire bien paraître»? Dans cette affaire, et en observant la situation en politique québécoise, j'ai bien peur que l'éthique ne soit réduite qu'à de l'esthétique, de l'éthique de vitrine destinée à faire croire que tout ira alors que rien ne changera.

Au moment présent, la situation de l'éthique en politique québécoise peut être qualifiée de toxique. Au cours des 12 derniers mois, le nombre de scandales, avérés ou fictifs, a atteint un niveau inimaginable. Les citoyens, avec raison, doutent de tous et de tout; les actions de l'ensemble des élus, tous paliers confondus, sont devenues suspectes. Cette situation est malsaine, elle ne peut durer, le gouvernement du Québec doit agir.

Éthique de vitrine


J'ai été cependant étonné d'entendre le premier ministre Jean Charest annoncer aux membres de l'Union des municipalités du Québec réunis récemment en congrès qu'il allait faire adopter le projet de loi 48 sur l'éthique et la déontologie et nommer un commissaire à l'éthique dès le 11 juin prochain.

Il faut savoir que le projet de loi 48, visant à instituer un code d'éthique et de déontologie pour les élus provinciaux et la création d'un poste de commissaire à l'éthique, a fait l'objet d'une commission parlementaire au cours du printemps 2009. J'ai participé à cette commission en tant qu'invité de l'Assemblée nationale et ai été invité à donner mon point de vue sur le projet en question.

Plusieurs événements sont advenus depuis cette date, mais l'essentiel de mon opinion et de mes recommandations demeure: le projet de loi 48 relève plus de l'éthique de vitrine que de l'éthique en soi. Le projet de loi 48 permettrait au gouvernement de «bien paraître» sans nécessairement l'obliger à «bien faire».

Illusion


En mai 2010, le projet de loi 48 est un leurre destiné à éviter de déclencher une enquête publique sur le financement des partis politiques. Rien de nouveau sous le soleil alors qu'en juin 2009, le projet de loi 48 était un leurre destiné à éviter de discuter du salaire versé par le Parti libéral au premier ministre ou de discuter du double emploi de certains membres du gouvernement dont les compagnies faisaient affaire avec l'État. Pour le gouvernement actuel, l'éthique n'est qu'une illusion destinée à dévier l'attention des problèmes de fond qui infectent la démocratie provinciale.

L'éthique ne doit pas être réduite à un simple «surveiller et punir»; l'éthique est bien plus qu'une enquête en vue d'apprendre si un individu a transgressé certaines règles. L'éthique doit être associée à la culture d'un milieu (ici, celui de la politique) et doit se préoccuper de ce qui est juste, parfois par delà ce qui est légal.

Mandat restrictif


Le mandat qui serait confié à un éventuel commissaire à l'éthique dans le cadre du projet de loi 48 est trop restrictif. Il lui donnerait, certes, un certain pouvoir d'enquête, mais il faut savoir que pour un commissaire à l'éthique, le travail d'enquête ne saurait représenter plus de 20 % de ses tâches. Le commissaire à l'éthique devrait consacrer l'essentiel de son travail à la mise sur pied d'une culture éthique, il devrait travailler en amont à influencer les moeurs du milieu afin que les événements non éthiques ne surviennent pas. L'essentiel du travail d'un commissaire à l'éthique en est un de prévention. C'est une des raisons pour laquelle le rôle de commissaire ne saurait être confié à un juriste ou à un enquêteur.

La personne qui sera choisie pour exercer un tel rôle devra posséder les habiletés et les qualifications éthiques requises pour l'exercice d'une telle fonction. Sinon, l'arrivée du projet de loi 48 et la nomination d'un commissaire-juriste ne représenteront que les premiers pas pour en finir avec l'éthique.

***

René Villemure - Président de l'Institut québécois d'éthique appliquée
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Eric Allard
    Abonné
    vendredi 28 mai 2010 12h52
    Les qualités d'un bon commissaire
    Un éventuel commissaire à l'éthique devra être tout d'abord un philosophe ou un historien, un penseur spécialisé dans le fait politique en tant qu'idée philosophique, et non un technicien de la philosophie.

    Ce penseur devra aussi être un communicateur hors pair, car le travail en amont dont nous fait part M. Villemure sera non seulement très important, mais il pourra être victime de tentatives de détournement de la part de ministres et/ou industriels moins bien intentionnés.

    Le commissaire devra aussi avoir une très solide réputation, une reconnaissance du milieu de la recherche et de l'enseignement en politique (sans être obligatoirement enseignant), ainsi qu'une éthique sans faille. Encore là, il ne faut pas éliminer toutes les personnes qui auraient pu donner à un parti politique, mais étant reconnu pour son indépendance d'esprit, le candidat ne devra pas être lié à quelque parti que ce soit.

    Finalement, et c'est là où le bât blesse, la dernière qualité d'un bon commissaire ne viendra pas de lui-même, mais du mandat qui lui sera imparti. Et sans entrer dans les détails, on sait maintenant que ce ne sera pas possible d'avoir un bon mandat avec le gouvernement actuel, ni avec le PQ (dont les députés ont aussi refusé de divulguer leurs dépenses).

    Donc, aux messieurs Bouchard et autres qui rejettent le cynisme actuel envers nos politiciens sur les médias et la population, regardez donc la vue d'ensemble avant de sortir de telles affirmations. Que les politiciens commencent par régler tous les problèmes d'éthique, et on verra ensuite pour la part des médias dans leur réputation.

    Merci de me publier

  • Jean-Noël Ringuet
    Abonné
    vendredi 28 mai 2010 17h57
    On confond encore éthique et droit...
    Une éthique qui repose sur des règlementations, des sanctions, des magistrats pour leur application, ce n'est pas de l'éthique, mais du droit. Le droit nous interdit ce qui est mal (ex. ne pas voler) ou nous prescrit un minimum de bien (ex. payer des impôts) sans quoi il y a risque de sanction. Or, on dit que l'éthique commence là où finit le droit. On pose un geste éthique lorsqu'on va au-delà des obligations légales, en cherchant à faire un maximum de bien pour lui-même et non par peur ou par intérêt personnel.

    Si on continue d'entretenir (en politique et dans les médias) cette confusion entre éthique et droit, loin de faire avancer l'éthique, on la fera disparaître. M. Villemure a bien raison de s'en inquiéter!

  • Martine Noreau
    Inscrit
    mercredi 2 juin 2010 10h00
    L'éthique c'est l'affaire de tout le monde!
    L'éthique c'est l'affaire de tout le monde!

    Pourquoi donc en assigner la mission à un commissaire? Pour se décharger sur lui de sa propre responsabilité?

    Examinons le sens du mot "commissaire" et sondons un pan d'histoire... C'est à faire blêmir de honte!

    Définition: Un commissaire est une personne chargée par une autorité supérieure d'exécuter en son nom des fonctions temporaires. Il vient du verbe latin (committere : envoyer en mission) et a donné «commission».

    "Dans la France d'Ancien Régime, le nom de commissaire fut donné à partir du XVIe siècle à des agents du pouvoir royal chargés d'effectuer des missions dans les provinces du royaume. Le roi, et son conseil, pouvaient nommer et révoquer à tout moment un commissaire royal, à la différence des titulaires d'offices, propriétaires de leur charge. Les prérogatives et missions d'un commissaire étaient principalement d'ordre financier. La plupart des commissaires créés avant 1789 l'ont été pour lutter contre la dérive financière et pour tenter de remédier à l'incurie d'un système fiscal en partie hérité de l'époque médiévale."

    (Définition et extrait tirés de Wikipédia, L'Encyclopédie libre)

    Alors M. Charest, mesdames, messieurs les élu(e)s, dites-moi: Pourquoi un commissaire à l'éthique au Québec?

    Merci M. Villemure pour la qualité de vos vigilents propos.

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
3 réactions
2 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012