mercredi 8 février 2012 Dernière mise à jour 16h07
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Idées - L'orgue de l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus : un joyau à sauvegarder

Claude G. Thompson, Montréal  25 mai 2010  Éthique et religion
L’orgue du Très-Saint-Nom-de-Jésus est un instrument exceptionnel à plusieurs égards.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
L’orgue du Très-Saint-Nom-de-Jésus est un instrument exceptionnel à plusieurs égards.
Au début des années 1970, j'étudiais à l'École de musique Vincent-d'Indy à Montréal et je demeurais dans le quartier Maisonneuve, rue Adam, juste en face de l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, où je dirigeais une chorale d'enfants du quartier que j'avais mise sur pied, enfants que j'initiais à la musique par le chant et la pratique de la flûte à bec.

Ma copine était l'organiste titulaire du Très-Saint-Nom-de-Jésus et étudiait elle aussi à Vincent-d'Indy dans la classe d'orgue de Françoise Aubut-Pratte. Pendant l'année scolaire, je travaillais à temps partiel pour le représentant Casavant de Montréal et à plein temps pendant les vacances d'été. L'orgue du Très-Saint-Nom-de-Jésus faisait partie des instruments que nous entretenions et fut pour moi le premier contact que j'eus avec le métier d'organier.

Alors que j'avais été élevé par un père organiste liturgiste reconnu pour ses connaissances étendues en facture et en esthétique de l'orgue, en plus d'avoir été responsable diocésain pour toutes les questions concernant l'achat et la réfection des orgues en Mauricie pendant vingt-cinq ans, ce travail constituait pour moi un enrichissement extraordinaire compte tenu de la culture organistique dans laquelle j'avais grandi.

Joyau

Il n'y a pas un jeu de cet instrument que je n'aie examiné de très près ni aucune de ses composantes mécaniques que je n'aie pu étudier. Lorsque, plusieurs années après mon passage dans la paroisse du Très-Saint-Nom-de-Jésus, j'appris qu'on allait entreprendre la réfection de l'orgue, je fus ravi de savoir que ce joyau, héritier de la facture et de l'esthétique symphonique françaises, en même temps que marqué par l'esthétique anglo-américaine fort prisée à cette époque, construit en 1915 par la maison Casavant de Saint-Hyacinthe, allait être sauvé de la destruction.

Car il faut bien le dire, l'orgue du Très-Saint-Nom-de-Jésus est un instrument exceptionnel à plusieurs égards. Au moment de sa construction, portant le numéro d'opus 600, il était le sixième orgue en importance en Amérique du Nord et le plus imposant à Montréal. Son superbe buffet, disposé de chaque côté de la rosace du deuxième jubé, et son écho, installé au fond du choeur, furent dessinés par l'architecte Joseph H. Caron et réalisé par la compagnie Louis Caron et fils de Nicolet. Sa tuyauterie de façade et le buffet furent peints sur place par Toussaint-Xénophon Renaud, maître d'oeuvre de la décoration de l'église.

Jeux de détail

Tel que je le connus dans les années 1970, il était composé de 91 jeux répartis sur quatre claviers. 71 jeux constituaient l'orgue principal situé au deuxième jubé et 20 jeux constituaient l'orgue de choeur que l'organiste faisait sonner à partir du quatrième clavier (clavier solo) de la console du jubé, désigné par le terme «écho» dans son lien avec l'orgue de choeur. Tous les jeux d'anches de l'instrument sont de facture française et au clavier de «récit», on trouve même un authentique jeu de hautbois Cavaillé-Coll. Cavaillé-Coll fut le plus grand facteur d'orgues du XIXe siècle et donna ses lettres de noblesse à l'orgue symphonique.

Chaque clavier est doté d'une batterie d'anches de 4, 8 et 16 pieds, le pédalier disposant même d'une contre-bombarde et d'une flûte ouverte de 32 pi. En facture d'orgue, on mesure en pieds depuis plusieurs siècles. Pour qui ne saurait pas ce que cela représente, disons que le plus petit tuyau de l'instrument fait environ un demi-pouce de hauteur pour son corps raisonnant, et le plus imposant, trente-deux pieds.

Certains jeux de détail, tels la Flûte double du clavier de «grand-orgue», le Bourdon du clavier de «positif», la Musette du clavier «d'écho» et maints autres, sont particulièrement représentatifs de l'art de Casavant au début du siècle dernier. Aucun instrument, que ce soit à Montréal, au Québec, au Canada et même en Amérique du Nord, n'est plus représentatif de la perfection technique dont la maison Casavant était capable au début du XXe siècle.

La console de quatre claviers dont il est doté est une merveille du point de vue artisanal. Elle est faite d'acajou massif, et les quelque cent tirasses de jeux en boutons disposés en amphithéâtre de chaque côté des claviers sont faites de bois d'acajou et d'ébène dans lesquels sont encastrées des plaquettes d'ivoire sur lesquelles les noms des jeux leur correspondant sont écrits en lettres gothiques rouges ou noires selon les claviers ou les fonctions qui leurs correspondent. Les touches des claviers en ivoire étaient fabriquées chez Casavant et même après bientôt un siècle, elles sont en parfait état de conservation.

Instrument patrimonial

Tous les organistes qui ont joué sur cet instrument ou qui ont donné des récitals au Très-Saint-Nom-de-Jésus sont unanimes et en parlent comme d'un véritable joyau de la facture d'orgue romantique. Nous sommes donc loin de parler de «chats de ruelle à la défense desquels on ne peut se porter». Nous parlons d'un instrument patrimonial, sis dans une église qui mérite à tous égards d'être reconnue «patrimoniale».

Plus de 650 000 $ ont été investis dans la réfection de l'orgue du Très-Saint-Nom-de-Jésus et 500 000 $ autres suffiraient pour régler les problèmes auxquels fait face le comité pour sa sauvegarde: soit 100 000 $ pour chauffer l'édifice pendant un an afin de sécuriser les grandes orgues et les oeuvres d'art, 100 000 $ pour effectuer des travaux d'entretien d'urgence et 300 000 $ pour consolider la façade afin de rouvrir l'église, interdite d'accès. Tout cela, le temps que soient étudiés divers projets de conversion, dont celui d'un musée de l'orgue et d'une bibliothèque pour enfants.

Laisserons-nous encore une fois un gouvernement incompétent et insensible à la conservation du patrimoine religieux nous déposséder d'un bien aussi précieux? Bien au-delà du patrimoine religieux, il y a aussi le patrimoine artisanal et artistique d'un des plus grands facteurs d'orgues au monde, dont le nom et le savoir-faire ont fait et continuent de faire la réputation du Québec sur les cinq continents.

Il en va aussi du respect des citoyens et des générations de citoyens du quartier Hochelaga-Maisonneuve qui se sont donné cette église, les oeuvres d'art qui la décorent et son orgue. Il en va finalement du témoignage culturel qu'incarne l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus et des richesses patrimoniales qui en découlent. Ne laissons sous aucun prétexte une telle monstruosité advenir.

***

Claude G. Thompson, Montréal
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Rodrigue Guimont
    Abonné
    mardi 25 mai 2010 13h36
    Est-ce une question bassement partisane?
    Je ne peux croire que Madame Christine St-Pierre reste insensible à tant d’avis de mélomanes et autres personnes qui ont à cœur la survie de cette église et de ce magnifique orgue.

    Si la ministre veut conserver la moindre crédibilité comme ministre de la culture, elle se doit avant de prendre une décision irréversible, qui lui collera éternellement à la peau, de consulter les experts musicaux québécois en la matière et pas uniquement ceux de l’Ontario ou de Japon qui n’ont qu’un seul dessein : acquérir un orgue fantastique à prix d’aubaine.

  • Caroline Jarry
    Abonné
    mardi 25 mai 2010 15h04
    Quel beau témoignage
    Quel beau témoignage que ce texte de Claude G. Thompson. Chapeau à cette expertise et à ce savoir si précieux. Comment expliquer que l'État se désintéresse d'un tel trésor? Comment expliquer que la ministre de la Culture ne soit pas aux premières loges de la bataille pour préserver l'orgue de l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus? Son rôle est précisément de défendre l'importance de notre patrimoine auprès du Conseil du Trésor.

  • Claude NADEAU
    Inscrit
    mardi 25 mai 2010 16h22
    jouons du TAM TAM
    quel texte magnifique! continuons de nous mobiliser, continuons à apporter ce genre de témoignage, faisons intervenir des organistes internationaux dans le débat! C'est le moment de jouer du tam tam pour rameuter le plus possible de soutiens de la sorte... ça finira forcément par porter ses fruits!

  • Jacques Légaré
    Inscrit
    jeudi 27 mai 2010 08h38
    La vente n'a jamais terni un seul Rembrandt...

    Vendons cette église et son orgue à des promoteurs artistiques, (sous réserve d'une utilisation artistique ou communautaire des lieux) et l'affaire sera bien réglée.


    Non à tout sou public aux organisations religieuses quémandeuses de fonds publics, existes, homophobes et aux pédophiles dans les placards.

    Quelle honte que notre ancien premier ministre Lucien Bouchard ait donné à l'Église catholique $65 millions pour des églises désertées qui ne méritent que la vente à l'encan ! Et 195 millions depuis plusieurs années à l'Église catholique milliardaire pour ses églises désertées. Plus bête, plus culturellement colonisé et aliéné, c'est impossible.
    Félicitations madame la ministre, vous avez enfin changé le cap. Il ne vous reste plus qu'à convaincre votre collègue de l'Éducation de virer «Culture religieuse» du cours d'Éthique...

    Que mérite cette orgue ? L'encan, l'encan, l'encan.

    Les fonds publics visent le bien public. Au premier chef la sécurité, ensuite la santé. Et on n'a plus d'argent pour la seconde. Ainsi donc la demande de $100 000 et plus pour une orgue, c'est de la bêtise, de la sottise, de l'idiotie abyssale.

    Il faut avoir été nourri de malbouffe religieuse, de catéchisme abrutissant pour oser demander des sommes à l'État pour toute quincaillerie religieuse. Comme la religion n'est qu'un marché comme les autres (clients crédules et entreprises bénites), elle doit vivre la loi du marché. Quand les fonds entrent, on construit; quand les fonds se tarissent on vend et, surtout, on fait faillite.

    La faillite culturelle et immobilière des religions n'a pas à être financée par les contribuables. Nous ne sommes plus les ignorants crédules des temps anciens.

    Enfin une ministre branchée qui dit clair et net ce qu'il faut entendre.

    Quant à ceux qui se plaignent que les mosquées pleines remplacent les églises vides, rassurez-vous. Les croyants musulmans n'ont pas encore atteint la modernité, celles des Lumières. Dans 2 à 3 générations, et sans doute plus tôt, ils largueront leurs imams comme on balance nos Mgr Ouellet. La mentalité des 1930s restera toujours la mentalité des 1930s. Et nos braves immigrants se libéreront eux aussi à leur tour. Laissons-leur le temps.

    Plus encore, il n'y a pas de culture religieuse. Le deux concepts sont antinomiques. Il y a, il y eut toujours, secte autocentrée, pompeuse, avaleuse de fonds des crédules, prétentieuse, archaïque, qui mérite la poubelle de l'Histoire. Quant aux meubles restants, qui ne sont pas les nôtres Mme Pétrovski, mais ceux d'un État étranger (le Vatican), si vous les aimez, rachetez-les pas cher à l'encan.

    $200 millions donnés aux Églises pour des actifs qui n'apportent rien en services publics, c'est de la pure stupidité. Nous sommes encore culturellement, dans la tête, des porteurs d'eau pour financer une multinationale spiritualiste qui n'a à coeur que de se disculper sans payer les victimes pour les pédophiles cachés dans le placard, qui ne travaille qu'à son expansion, comme toutes les entreprises autocentrées et à but d'hégémonie.

    Chers Québécois, réveillons-nous ! Cessons d'être aussi stupides. À l'encan, à l'encan, à l'encan la quincaillerie religieuse !


    Jacques Légaré, ph.d. en philosophie politique, né 1948,
    Professeur (retraité) d'Histoire, d'Économique et de Philosophie
    http://oeuvres-de-jacques-legare.iquebec.com/

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
4 réactions
3 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012