L'Église et la pédophilie - À Pâques, il faut mourir pour ressusciter
Raymond Gravel - Prêtre au diocèse de Joliette et animateur spirituel
2 avril 2010
Éthique et religion
Depuis une semaine, j'ai tenté de défendre le pape Benoît XVI, accusé, dans les médias, d'avoir fermé les yeux et même caché certains prêtres pédophiles, à l'époque où il était Joseph Ratzinger, préfet de la congrégation de la Doctrine de la foi. Ces prêtres ont trahi leur sacerdoce en agressant et en violant des centaines d'enfants. Malgré la gravité du crime de pédophilie, nous devons appliquer au pape et aux évêques, comme à tous citoyens, le bénéfice du doute quant à leurs intentions profondes d'avoir agi de cette manière.
Dans une Église qui exige, depuis des siècles, le célibat et la chasteté de son clergé, je peux comprendre l'attitude des évêques de vouloir sauver la réputation de l'institution et de ses prêtres, afin d'éviter un scandale qui éclabousserait toute l'Église. En agissant ainsi, ils n'ont pas su évaluer les traumatismes provoqués par les agressions sexuelles et ils ont cru bien naïvement qu'une simple thérapie ou un changement de milieu pouvait guérir l'agresseur.
Je ne veux pas justifier les mauvaises décisions prises par les évêques concernant la pédophilie; je veux simplement dire que ces personnes en autorité ont agi maladroitement, mais de bonne foi, sans se rendre compte qu'ils étaient complices d'un crime aussi dévastateur. La culture du secret et du silence imposée à tout le clergé en dit long sur l'ignorance de l'Église en matière de sexualité et sur le tabou de la sexualité chez les prêtres. C'est pourquoi je considérais comme démesurés les propos condamnant le pape et les évêques qui sont intervenus pour aider les agresseurs, mais qui ont négligé ou ignoré le drame des agressés.
Position inconfortable
Ma position n'était pas tellement confortable, vous en conviendrez. J'ai reçu des centaines de courriels me disant, d'une part, que je défendais l'indéfendable et que j'étais contraint de le faire sous la pression des autorités religieuses et, d'autre part, qu'il s'agissait d'un complot contre l'Église, d'un acharnement journalistique contre le pape dont l'élection, il y a cinq ans, avait été contestée et critiquée sévèrement.
Je dois dire aujourd'hui qu'il n'y a rien de tel, car dans la correspondance que j'ai reçue, il y a des femmes et des hommes de foi, de tous les milieux, prêtres, religieux(ses), laïques mandatés, qui m'ont fait part de leurs souffrances par rapport à l'Église qui dit vouloir se renouveler, mais qui refuse toute responsabilité quant à ses erreurs passées.
Lorsque l'animateur de Radio-Canada Pierre Maisonneuve a lu, vendredi dernier, le communiqué du cardinal Marc Ouellet concernant l'attitude de Joseph Ratzinger, devenu Benoît XVI, dans le contexte des faits connus et vérifiés par différentes sources crédibles, j'ai aussitôt réalisé que je pouvais difficilement m'associer à une telle déclaration de la part d'une autorité de mon Église.
La réalité
À une question que me posait un croyant sur Facebook, sur ce que ferait le Christ s'il s'incarnait aujourd'hui, j'ai répondu: «Mais le Christ, il est là, dans notre monde, puisqu'il est ressuscité! Reste à voir maintenant où il est.» Un autre a répondu: «Il est dans la rue, avec les prostitués des deux sexes, les jeunes et les vieux, les drogués, les alcooliques, pour leur redonner l'estime de soi qu'ils ont perdue. Il est dans les malades, les mourants, les pauvres, les victimes d'agression de toutes sortes, les homosexuels, lesbiennes, transgenres, pour leur dire que Dieu les a faits ainsi parce qu'il les aime. Il est aussi avec les quelques prêtres et évêques qui essaient sincèrement de suivre son enseignement évangélique.»
Et, reprenant une histoire d'un doyen d'une cathédrale, il écrit: «Jésus marche sur le trottoir par une nuit de Noël particulièrement froide. Il voit un itinérant qui est complètement gelé devant une église d'où on entend les hymnes à la gloire de la naissance du Sauveur. Il s'approche de l'itinérant et lui dit: "Pourquoi ne vas-tu pas te réchauffer dans l'église?" L'itinérant lui répond: "Jésus, je ne peux pas; ils ne veulent pas me laisser entrer." Jésus regarde l'église avec tristesse et lui dit: "Bof! Ne t'en fais pas; moi non plus, ils ne veulent pas me laisser entrer."»
Se peut-il que nous en soyons là, incapables de représenter celui pour qui nous avons consacré notre vie? Que certains dirigeants de l'Église catholique aient fait des erreurs de jugement sur le comportement odieux d'une minorité de prêtres dans le monde qui a agressé de pauvres enfants innocents? C'est non seulement possible, mais c'est la réalité.
Reconnaître ses torts
Pourquoi ne pas l'admettre en toute humilité, sincérité et honnêteté? Il me semble que ce serait un premier pas vers la guérison et la réconciliation. Jean-Paul II a demandé pardon pour l'Église de la Renaissance, 400 ans après les faits. Devons-nous attendre encore autant d'années avant que l'Église reconnaisse ses torts envers tous ceux et celles qui ont souffert des prédateurs sexuels en Église?
Sachant aujourd'hui qu'environ 4 % des prêtres dans le monde ont trahi leur vocation et ont ruiné la vie d'une multitude d'enfants, il ne faut pas oublier aussi qu'il y a 96 % des prêtres, fidèles à leur vocation, qui souffrent du mensonge et du déni de leurs dirigeants. Pouvons-nous en tenir compte?
La route vers Pâques
En cette semaine sainte 2010, j'implore les autorités de mon Église à faire acte d'humilité, à reconnaître leurs erreurs de jugement, à faire amende honorable auprès de tous ceux et celles qui ont été blessés par le comportement de certains membres du clergé, à aider les plus vulnérables d'entre eux et à faire la lumière sur tous les cas non encore déclarés. Si nous voulons célébrer Pâques dans la vérité et ressusciter avec le Seigneur Jésus, nous devons comme Église reconnaître humblement que nous nous sommes trompés. On ne peut célébrer Pâques sans d'abord passer par le Vendredi saint. Joyeuses Pâques 2010!
***
Raymond Gravel - Prêtre au diocèse de Joliette et animateur spirituel
Dans une Église qui exige, depuis des siècles, le célibat et la chasteté de son clergé, je peux comprendre l'attitude des évêques de vouloir sauver la réputation de l'institution et de ses prêtres, afin d'éviter un scandale qui éclabousserait toute l'Église. En agissant ainsi, ils n'ont pas su évaluer les traumatismes provoqués par les agressions sexuelles et ils ont cru bien naïvement qu'une simple thérapie ou un changement de milieu pouvait guérir l'agresseur.
Je ne veux pas justifier les mauvaises décisions prises par les évêques concernant la pédophilie; je veux simplement dire que ces personnes en autorité ont agi maladroitement, mais de bonne foi, sans se rendre compte qu'ils étaient complices d'un crime aussi dévastateur. La culture du secret et du silence imposée à tout le clergé en dit long sur l'ignorance de l'Église en matière de sexualité et sur le tabou de la sexualité chez les prêtres. C'est pourquoi je considérais comme démesurés les propos condamnant le pape et les évêques qui sont intervenus pour aider les agresseurs, mais qui ont négligé ou ignoré le drame des agressés.
Position inconfortable
Ma position n'était pas tellement confortable, vous en conviendrez. J'ai reçu des centaines de courriels me disant, d'une part, que je défendais l'indéfendable et que j'étais contraint de le faire sous la pression des autorités religieuses et, d'autre part, qu'il s'agissait d'un complot contre l'Église, d'un acharnement journalistique contre le pape dont l'élection, il y a cinq ans, avait été contestée et critiquée sévèrement.
Je dois dire aujourd'hui qu'il n'y a rien de tel, car dans la correspondance que j'ai reçue, il y a des femmes et des hommes de foi, de tous les milieux, prêtres, religieux(ses), laïques mandatés, qui m'ont fait part de leurs souffrances par rapport à l'Église qui dit vouloir se renouveler, mais qui refuse toute responsabilité quant à ses erreurs passées.
Lorsque l'animateur de Radio-Canada Pierre Maisonneuve a lu, vendredi dernier, le communiqué du cardinal Marc Ouellet concernant l'attitude de Joseph Ratzinger, devenu Benoît XVI, dans le contexte des faits connus et vérifiés par différentes sources crédibles, j'ai aussitôt réalisé que je pouvais difficilement m'associer à une telle déclaration de la part d'une autorité de mon Église.
La réalité
À une question que me posait un croyant sur Facebook, sur ce que ferait le Christ s'il s'incarnait aujourd'hui, j'ai répondu: «Mais le Christ, il est là, dans notre monde, puisqu'il est ressuscité! Reste à voir maintenant où il est.» Un autre a répondu: «Il est dans la rue, avec les prostitués des deux sexes, les jeunes et les vieux, les drogués, les alcooliques, pour leur redonner l'estime de soi qu'ils ont perdue. Il est dans les malades, les mourants, les pauvres, les victimes d'agression de toutes sortes, les homosexuels, lesbiennes, transgenres, pour leur dire que Dieu les a faits ainsi parce qu'il les aime. Il est aussi avec les quelques prêtres et évêques qui essaient sincèrement de suivre son enseignement évangélique.»
Et, reprenant une histoire d'un doyen d'une cathédrale, il écrit: «Jésus marche sur le trottoir par une nuit de Noël particulièrement froide. Il voit un itinérant qui est complètement gelé devant une église d'où on entend les hymnes à la gloire de la naissance du Sauveur. Il s'approche de l'itinérant et lui dit: "Pourquoi ne vas-tu pas te réchauffer dans l'église?" L'itinérant lui répond: "Jésus, je ne peux pas; ils ne veulent pas me laisser entrer." Jésus regarde l'église avec tristesse et lui dit: "Bof! Ne t'en fais pas; moi non plus, ils ne veulent pas me laisser entrer."»
Se peut-il que nous en soyons là, incapables de représenter celui pour qui nous avons consacré notre vie? Que certains dirigeants de l'Église catholique aient fait des erreurs de jugement sur le comportement odieux d'une minorité de prêtres dans le monde qui a agressé de pauvres enfants innocents? C'est non seulement possible, mais c'est la réalité.
Reconnaître ses torts
Pourquoi ne pas l'admettre en toute humilité, sincérité et honnêteté? Il me semble que ce serait un premier pas vers la guérison et la réconciliation. Jean-Paul II a demandé pardon pour l'Église de la Renaissance, 400 ans après les faits. Devons-nous attendre encore autant d'années avant que l'Église reconnaisse ses torts envers tous ceux et celles qui ont souffert des prédateurs sexuels en Église?
Sachant aujourd'hui qu'environ 4 % des prêtres dans le monde ont trahi leur vocation et ont ruiné la vie d'une multitude d'enfants, il ne faut pas oublier aussi qu'il y a 96 % des prêtres, fidèles à leur vocation, qui souffrent du mensonge et du déni de leurs dirigeants. Pouvons-nous en tenir compte?
La route vers Pâques
En cette semaine sainte 2010, j'implore les autorités de mon Église à faire acte d'humilité, à reconnaître leurs erreurs de jugement, à faire amende honorable auprès de tous ceux et celles qui ont été blessés par le comportement de certains membres du clergé, à aider les plus vulnérables d'entre eux et à faire la lumière sur tous les cas non encore déclarés. Si nous voulons célébrer Pâques dans la vérité et ressusciter avec le Seigneur Jésus, nous devons comme Église reconnaître humblement que nous nous sommes trompés. On ne peut célébrer Pâques sans d'abord passer par le Vendredi saint. Joyeuses Pâques 2010!
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Raymond Gravel - Prêtre au diocèse de Joliette et animateur spirituel
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