Sexe et Vatican - Assumer
Il était déjà ironique de lire la lettre pastorale aux catholiques d'Irlande. Il l'est encore plus de la relire aujourd'hui alors que Benoît XVI est mis en cause pour avoir couvert des cas d'agressions sexuelles lorsqu'il était cardinal. Si l'Église catholique veut prouver sa bonne foi, l'heure est venue d'un mea-culpa de la part du pape lui-même.
La lettre pastorale qui répondait, la semaine dernière, au scandale de la pédophilie au sein de
l'Église d'Irlande avait déjà bien des limites. Comme si les agressions sexuelles de prêtres n'auraient pas mérité une lettre urbi et orbi; comme si le jeûne, la prière et la lecture des Saintes Écritures étaient le meilleur chemin du renouveau de l'Église; comme s'il n'aurait pas fallu sanctionner la hiérarchie catholique qui a constamment, immuablement, couvert les agresseurs.
Une semaine plus tard, c'est au tour de Joseph Ratzinger d'être accusé, par des articles fouillés du New York Times, d'avoir fermé les yeux sur des abus bien documentés. Le Vatican a bien sûr démenti les allégations, dénoncé les dénonciateurs. Le scénario est connu: «accusation, révélation, déni puis explications alambiquées, sans qu'aucun évêque ne soit tenu pour responsable de gestes qui se sont déroulés sous sa supervision».
Ce n'est pas nous qui le disons, mais l'éditorial d'hier du National Catholic Reporter, hebdomadaire américain qui n'a jamais eu peur de critiquer des politiques vaticanes. C'est d'ailleurs en 1985 qu'il a pour la première fois fait état d'agressions sexuelles commises par des membres du clergé: 25 ans plus tard, notait-il hier, le déni et l'autojustification sont toujours au rendez-vous.
Cela est d'autant plus tragique que, pour les victimes, s'en prendre à un représentant de l'Église est une épouvantable bataille. D'une part parce que, comme tout groupe qui fait corps (les policiers, l'armée, certains regroupements syndicaux...), l'institution est prête à tout pour se protéger. Et elle sait recourir aux meilleurs avocats.
D'autre part parce que, vu son rôle d'autorité morale, l'Église catholique jouit de prestige et de puissants appuis. Au Québec comme ailleurs, on a vu ce phénomène à l'oeuvre, symbolisé ici par la lutte des orphelins de Duplessis. Lorsqu'il était premier ministre, Lucien Bouchard a toujours refusé de tenir une enquête sur cette affaire et de dédommager adéquatement les victimes.
Pour mesurer la difficile lutte des victimes et de leurs proches, il suffit de lire les détails des scandales qui font les manchettes. On a le choix: cas brésilien (une agression filmée!), mexicain, irlandais, néerlandais, allemand, américain, québécois... Ancienne ou récente, chaque histoire commence par des interventions multiples auprès de la hiérarchie catholique. Qui n'agit pas, mais se défend avec fougue. Le scandale est là. L'Église a honte, écrivait le pape aux catholiques irlandais. Il vaudrait mieux qu'elle assume.
S'adressant à ses «frères évêques» dans sa lettre pastorale, le pape notait: «[...] certains d'entre vous et de vos prédécesseurs ont manqué, parfois gravement [...] en ce qui concerne les crimes d'abus sur les enfants». Le même constat s'applique à celui qui fut, pendant plus de 20 ans, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, donc à même de sévir et d'accorder un appui sans faille aux victimes. Cela n'a pas été fait. Joseph Ratzinger, même devenu pape, doit personnellement s'en excuser. Sa devise n'est-elle pas: «coartisans de la vérité». C'est elle que les victimes veulent faire entendre. La coopération du Vatican n'a que trop tardé.
La lettre pastorale qui répondait, la semaine dernière, au scandale de la pédophilie au sein de
l'Église d'Irlande avait déjà bien des limites. Comme si les agressions sexuelles de prêtres n'auraient pas mérité une lettre urbi et orbi; comme si le jeûne, la prière et la lecture des Saintes Écritures étaient le meilleur chemin du renouveau de l'Église; comme s'il n'aurait pas fallu sanctionner la hiérarchie catholique qui a constamment, immuablement, couvert les agresseurs.
Une semaine plus tard, c'est au tour de Joseph Ratzinger d'être accusé, par des articles fouillés du New York Times, d'avoir fermé les yeux sur des abus bien documentés. Le Vatican a bien sûr démenti les allégations, dénoncé les dénonciateurs. Le scénario est connu: «accusation, révélation, déni puis explications alambiquées, sans qu'aucun évêque ne soit tenu pour responsable de gestes qui se sont déroulés sous sa supervision».
Ce n'est pas nous qui le disons, mais l'éditorial d'hier du National Catholic Reporter, hebdomadaire américain qui n'a jamais eu peur de critiquer des politiques vaticanes. C'est d'ailleurs en 1985 qu'il a pour la première fois fait état d'agressions sexuelles commises par des membres du clergé: 25 ans plus tard, notait-il hier, le déni et l'autojustification sont toujours au rendez-vous.
Cela est d'autant plus tragique que, pour les victimes, s'en prendre à un représentant de l'Église est une épouvantable bataille. D'une part parce que, comme tout groupe qui fait corps (les policiers, l'armée, certains regroupements syndicaux...), l'institution est prête à tout pour se protéger. Et elle sait recourir aux meilleurs avocats.
D'autre part parce que, vu son rôle d'autorité morale, l'Église catholique jouit de prestige et de puissants appuis. Au Québec comme ailleurs, on a vu ce phénomène à l'oeuvre, symbolisé ici par la lutte des orphelins de Duplessis. Lorsqu'il était premier ministre, Lucien Bouchard a toujours refusé de tenir une enquête sur cette affaire et de dédommager adéquatement les victimes.
Pour mesurer la difficile lutte des victimes et de leurs proches, il suffit de lire les détails des scandales qui font les manchettes. On a le choix: cas brésilien (une agression filmée!), mexicain, irlandais, néerlandais, allemand, américain, québécois... Ancienne ou récente, chaque histoire commence par des interventions multiples auprès de la hiérarchie catholique. Qui n'agit pas, mais se défend avec fougue. Le scandale est là. L'Église a honte, écrivait le pape aux catholiques irlandais. Il vaudrait mieux qu'elle assume.
S'adressant à ses «frères évêques» dans sa lettre pastorale, le pape notait: «[...] certains d'entre vous et de vos prédécesseurs ont manqué, parfois gravement [...] en ce qui concerne les crimes d'abus sur les enfants». Le même constat s'applique à celui qui fut, pendant plus de 20 ans, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, donc à même de sévir et d'accorder un appui sans faille aux victimes. Cela n'a pas été fait. Joseph Ratzinger, même devenu pape, doit personnellement s'en excuser. Sa devise n'est-elle pas: «coartisans de la vérité». C'est elle que les victimes veulent faire entendre. La coopération du Vatican n'a que trop tardé.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

