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Du conflit de droits vers un conflit de valeurs

Entrevue avec Lucie Lamarche, professeure à l'Université d'Ottawa et titulaire de la chaire de recherche Henderson sur les droits de la personne

Un récent avis de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse précisait, entre autres, qu’on n’avait pas à accommoder une femme vêtue d’un voile intégral qui se présentait au comptoir de la Régie de l’assurance-maladie du Québec à des fins d’identification et qui souhaitait être servie par une femme.
Photo : Agence Reuters Zahid Hussein
Un récent avis de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse précisait, entre autres, qu’on n’avait pas à accommoder une femme vêtue d’un voile intégral qui se présentait au comptoir de la Régie de l’assurance-maladie du Québec à des fins d’identification et qui souhaitait être servie par une femme.
Les accommodements raisonnables ne manquent pas d'amener de l'eau au moulin. Encore cette semaine, le débat a été ravivé par l'avis très attendu rendu par Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse au sujet de trois cas précis d'accommodements raisonnables à la Régie de l'assurance-maladie du Québec (RAMQ).
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  • Jacques Morissette
    Abonné
    samedi 20 mars 2010 08h11
    Mes droits finissent là où commencent celui des autres, et inversement.
    Il en est de même de mes valeurs. Je n'ai pas à les imposer à qui que ce soit. En contrepartie, je n'ai pas à me faire imposer les valeurs des autres pour quelques raisons que ce soient. Je fais aussi la distinction entre le public et le privé. Si je reçois chez moi une personne que je connais et qui porte le niqab, je vais l'accueillir les bras grands ouverts.

    Par contre, la même personne avec le niqab viendrait chez moi, mais sans que je la connaisse et pour des raisons autres que personnelles, je serais réticent à l'accueillir de la même manière. Non pas parce que je suis intolérant, mais plutôt parce public ou privé, il y a une place pour chaque chose et chaque chose à sa place.

    Il y a aussi que le Québec a sa propre histoire, question religion. Dans les années 60, nous avons chassé les sorcières de la grande noirceur. Je suis presque certain que c'est aussi une affaire d'héritage culturel acquis dans tout ça. Je n'aurais pas la même ouverture d'esprit en présence de quelqu'un qui porte le niqab. Par contre, ¸ça ne m'empêcherait pas de respecter cette personne.

    En voyage, si j'étais dans un pays là où une majorité de personnes portent le niqab, je n'aurais pas la même attitude envers eux. Je serais plus ouvert parce que entrerait en jeu la question du respect territorial. J'aurais l'esprit plus ouvert envers ces personnes, malgré le fait qu'elles portent le niqab. Petite parenthèse, il y a le fait que le port du niqab par certaines femmes peut aussi faire ressortir la beauté, voire l'expression de leur regard. Je le dis d'une façon très détachée.

    Par ailleurs, ce serait la même chose si j'étais dans une soirée où il y aurait bon nombre d'entre elles qui porteraient le niqab, ou le voile. Je n'aurais pas la même attitude de fermeture envers elle. Du simple fait que je serais là avec elles par choix. En résumé, je pense que mon ouverture ou ma fermeture d'esprit à leur endroit est aussi question de territorialité.

    Si je connais la personne et qu'elle porte le niqab chez moi, je suis ouvert. Si je ne la connais pas et qu'elle est chez moi pour une raison ou une autre, à moins qu'elle soit très sympathique ou très ouverte d'esprit, je me fermerais comme une huitre, avec une certaine pondération. Si je suis dans un endroit public au Québec, bien que ça me laisse froid, je suis tout de même très réservé si je dois m'adresser à une personne qui porterait le niqab.

    Par nature, je serais d'ailleurs réservé devant une personne sans niqab, mais qui ne dégage rien de particulier pour me faire la ressentir autrement. Au fond, tout est dans l'attitude d'esprit de la personne qui porte le niqab, de même que dans celle qui la reçoit (l'émetteur et le récepteur). Ça peut donner lieu à des quiproquos. D'ailleurs, à l'opposé, est-on vraiment à sa place en public quand on est nu? Le malaise des uns peut engendrer celui des autres. Bien le comprendre en est la clé.

  • Roland Berger
    Abonné
    samedi 20 mars 2010 18h06
    La peur salutaire de la religion
    Après les efforts déployés pour se débarrasser d'une religion qui les a tenus sous son joug durant plus de deux siècles, les Québécois ont développé une peur quasi viscérale des croyances dites d'inspiration divine. Il est facile, à la Bouchard-Taylor, de leur reprocher cette peur, comme s"il s'agissait d'un manque d'ouverture au monde. Il suffit de refuser de croire que cette peur soit salutaire, pour le peuple québécois comme pour tout autre peuple.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario

  • Jean de Cuir
    Abonné
    dimanche 21 mars 2010 14h52
    Questions
    Merci pour cet interview. Voici quelques notes et questions. Question: qu’est-ce qu’un droit culturel et comment détermine-t-il l’ identité de chaque individu? Les membres des communautés culturelles ont des droits culturels? Je ne comprends pas bien.
    Comment puis-je être une minorité si je deviens de plein droit citoyen du Québec, par exemple.? Suis-je minoritaire parce que je viens d’ arriver ou parce que je viens de telle culture et État? En quel sens suis-je minoritaire? Par ailleurs, est-ce que je suis membre d’ une minorité visible si je ne suis pas tout à fait blanche, ou que je suis femme, ou que je porte un signe montrant mon allégeance religieuses?
    Est-ce que ce qui fait de moi un québécois, c’ est la citoyenneté ou le fait qu’ il y a X nombre d’ années mon ancêtre ou mes ancêtres le sont devenus. Quel chiffre retenir,X,Y, ou Z?
    Ça veut dire quoi une identité culturelle ici au Québec? Si je viens au Québec pour fonder une nouvelle vie, est-ce que je garde mon identité culturelle ( qui comprend les moeurs, les manières, le territoire, la langue, la croyance, le style) ou je conserve certains éléments de mon ancienne identité culturelle et je m’intègre à l’identité culturelle québécois puisque je suis venu vivre ici?

    En passant le terme valeur n’ est pas élastique ni un fourre-tout. Il faut préciser. De plus, je pense que toute institution religieuse qui ont une structure organisationnelle, donc qui contrôle la doctrine, l’éthique, les manières de vivre, doit se soumettre à la charte des droits. Pourquoi? Simplement, parce que le temps où les religions pouvaient revendiquer une autonomie entière vis-à-vis le dit profane est terminé : seul l’État “profane” est le garant de la vie de ses citoyens; il n’ y a pas d’allégeance politique autre. En d’ autres mots, la croyance est sous la supervision de la raison et non l’ inverse. Pourquoi? C’est l’acquis d’une longue lutte à savoir que c’est la personne qui en dernière analyse a le pouvoir ultime de penser, de créer, de faire et de vivre; ça se nomme la souveraineté. Cela ne signifie pas que tous les problèmes sont réglés, au contraire, cela signifie que c’est aux personnes de se prendre littéralement en main et de forger leur destin et son sens. La croyance est soumise à ce que la dite raison en recherche décidera comme elle a commencé à le faire quant à certaines pratiques dites barbares de certaines croyances. Pourquoi le jugement de la raison ne s’ étendrait pas à tout ce qui est de la croyance? La croyance serait-elle une chasse-gardée? Ou n’est-ce pas que toute croyance se déploie par la médiation de la raison, et même que certaines d’ entre elles se figent dans un récit. Comment la raison n’ interviendrait-elle pas même si ce n’est que pour tenter de comprendre, d’analyser et encore une fois pourquoi pas de juger et d’élaborer les critères de mesure et de pondération.

  • France Marcotte
    Abonnée
    dimanche 21 mars 2010 20h43
    Protéger les minorités mais aussi la majorité
    Il semble que de grands changements s'annoncent. Le Québec a besoin de l'immigration, c'est un fait; déjà, dit-on dans cet article, un Québécois sur cinq est immigrant. On peut aisément comprendre que les membres des minorités aient des droits culturels, qu'il est internationalement reconnu qu'on ne peut les contraindre à s'intégrer et qu'ils ont le droit de protéger leur culture. Au Québec, la loi du nombre fera que les "de souche" seront de moins en moins majoritaires. Ne serait-il pas sage de choisir, pour le Québec particulièrement, étant donné sa singularité en Amérique, une immigration dont les valeurs auraient de bonnes chances de s'harmoniser à celles de la majorité afin que celle-ci soit aussi protégée? S'occupe-t'on de prévenir les conflits plutôt que de devoir bientôt douloureusement les gérer?

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    lundi 22 mars 2010 11h48
    Néo-Québécois et communautarisme au Québec
    L’insistance de groupes communautaristes qui veulent continuer à vivre comme dans leur pays d’origine et qui ont de la difficulté à accepter une meilleure intégration nous montre que l’inquiétude de la majorité francophone du Québec est fondée. Il est normal que cette majorité francophone veuille garder son identité. C’est aussi la situation dans plusieurs pays, pourtant beaucoup moins vulnérables que le Québec, où l’on sent une inquiétude face à la dilution de l’identité nationale suite à l’afflux d’immigrants plus ou moins intégrés. Ainsi, au Canada anglais on commence à insister plus sur l’identité canadienne que sur le multiculturalisme (triste héritage de Pierre Trudeau), on s’aperçoit que “Multiculturalism is cultural suicide for Canada”.

    Au Québec en particulier, îlot francophone dans une mer anglophone, il faudrait mettre plus d’accent sur l’identité québécoise et sur l’intégration des immigrants que sur les communautés culturelles. Il est grand temps de revoir l’à-propos des politiques de multiculturalisme et de communautés culturelles.
    Il faudrait d’abord cesser d’utiliser l’expression boiteuse de « Communautés culturelles » pour qualifier les néo-Québécois. Les Québécois de souche (et ça existe des gens qui vivent ici sur les mêmes terres depuis plus de 300 ans, on peut difficilement être plus de souche que cela, que cela plaise ou non à certains), ont aussi une culture propre, sont aussi une communauté culturelle, sont ici en majorité, mais ils sont exclus des « Communautés culturelles »! Quel non-sens! Alors, parlons-donc clairement, sans langue de bois, et appelons les immigrants des néo-Québécois, tout simplement. Il n’y a rien de repréhensible dans le terme néo-Québécois, au contraire, il montre la volonté d’accueil du peuple québécois vis-à-vis des nouveaux arrivants, les invitant à devenir à court terme des Québécois à part entière une fois leur citoyenneté québécoise acquise.
    Le terme de « Communautés culturelles » va dans le sens de la ghettoisation des nouveaux venus et même de leurs descendants nés ici. Pourquoi les immigrants venant du pays XYZ devraient-ils se référer ou être référés comme faisant partie de la communauté culturelle XYZaine? Dans un de ses ouvrages, l’écrivain Neil Bissoondath, lui-même immigrant au Québec, s’est insurgé contre le multiculturalisme à la canadienne qui fait ressortir les différences plutôt que les ressemblances entre les divers groupes ethniques du pays. Il a bien montré que les politiques canadiennes en matière de multiculturalisme, bien que naivement conçues au départ dans un but bien intentionné, n’ont fait qu’accentuer l’isolement des groupes culturels et propager les clichés à leur sujet.
    Tous les résidents du Québec, y compris les néo-Québécois qui viennent s’y installer, sont des Québécois, de plein droit ou en devenir.

    Un grand principe : « Immigrer dans un pays est un privilège, pas un droit. » Et ce privilège doit se mériter.
    Dans le cas du Québec, ce privilège se mérite par l'engagement de la part de l'immigrant d'apprendre la langue officielle qui est le français s'il ne la connaît pas suffisamment, de s'intégrer à la majorité francophone et de respecter notre mode de vie et nos coutumes.

    Comme tous les peuples de la terre, les Québécois ont le DROIT de conserver leur identité culturelle francohone et leurs valeurs. Les immigrants ont le DEVOIR de s'intégrer à cette société sans se ghettoïser, pour passer de Néo-Québécois à Québécois.

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