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    Le problème central, c'est la montée de l'islam politique, et non les signes religieux

    Une charte de la laïcité ne réglerait rien sur le fond

    15 février 2010 |Marc Lebuis - Directeur de Point de Bascule | Éthique et religion
    Au cours des deux dernières années, Point de Bascule, une organisation visant à sensibiliser le grand public à propos des dangers de l'islamisme, est intervenue régulièrement dans l'arène publique, organisant des conférences, suscitant des débats et dénonçant certaines aberrations. Interpellée par plusieurs relativement à sa position quant à l'éventuelle instauration d'une charte québécoise de la laïcité, Point de Bascule tient aujourd'hui à préciser sa perception de la problématique.

    En souhaitant endiguer l'expression institutionnelle du religieux, les promoteurs d'une Charte de la laïcité escamotent un problème fondamental: l'islamisme. Le problème actuel, au Québec et encore plus ailleurs, ce n'est pas la religion en général, mais bien l'islam politique, une idéologie politique rétrograde aux visées clairement expansionnistes et aux ambitions totalitaires. Le problème, ce ne sont pas «les signes religieux» ou le «retour du religieux». Le problème central, c'est la montée de l'islam politique, l'influence de groupes islamisants sur certains partis politiques, la présence de militants islamistes dans certaines institutions publiques, l'emprise de l'islam politique sur les musulmans d'ici et l'insouciance jovialiste de nos dialoguistes patentés.

    Incohérence

    Une proportion significative des partisans d'une charte de la laïcité approuverait le retrait du crucifix de l'Assemblée nationale du Québec. Paradoxalement, ces laïcistes conséquents défendent ainsi une position que soutiendrait allègrement la quasi-totalité des intégristes musulmans de la province. En s'attaquant aux racines religieuses de la majorité nationale, plusieurs laïcistes promeuvent ainsi involontairement un programme allant bien souvent dans le sens des souhaits et intérêts les plus profonds de l'islam militant.

    L'approche laïque «à la française» souffre en général du syndrome de la ligne Maginot. Du sable pour les autruches. Car, en vérité, endiguer en partie l'expression de certains symboles ne court-circuite aucunement le dynamisme des mouvements politico-religieux qui s'y rattachent. Il ne suffit pas de voter des lois et d'instaurer des règles pour voir certaines valeurs et allégeances s'incarner par magie dans la réalité. Si, demain matin, les caissières de la SAAQ ne pouvaient plus porter de voile, est-ce que cela changerait quelque chose sur l'essentiel? Non. L'islam politique continuera d'endoctriner les musulmans du Québec en se passant de ses étendards. L'interdiction du voile, de la burqa, du niqab et du djilbab pourrait être jugée positive, mais cela ne réglera en aucun cas le problème de fond. Cacher le symptôme est parfois souhaitable, mais ce n'est jamais un bon remède.

    L'islam politique n'est pas une danseuse de ballet. Si vous le frappez de la main gauche, il sera toujours debout. Si vous le frappez de la droite, il sera encore debout. Si l'on interdit le voile dans le secteur public, les islamistes en profiteront pour exacerber les sentiments victimaires des musulmans, les ghettoïser et les radicaliser encore plus. À l'inverse, si l'on n'interdit pas le voile dans le secteur public, les islamistes clameront que la pression fonctionne et qu'en s'ouvrant aux signes ostentatoires de l'islamisme, les infidèles font une fois de plus preuve de faiblesse et de couardise. Ils ouvriront ensuite de nouveaux fronts. L'islam politique n'est pas une problématique simple. Défaite et victoire sont pour lui deux tremplins distincts pour progresser. À ce phénomène, il n'y a pas de solution simple ou magique.

    L'État total

    La laïcité «fermée» telle que certains la conçoivent vise bien souvent à neutraliser un faux problème — le religieux en général — en instaurant un nouveau culte, soit un culte civique ou un culte de l'État, sapant ainsi les libertés individuelles classiques. Étatisation d'un nouveau pan de la vie sociale et bureaucratisation accrue du monde vécu, voilà ce qu'entraînerait en partie l'instauration d'une charte de la laïcité. À cause de quelques-uns, tous doivent payer. À cause de quelques-uns, accroissement du pouvoir de l'État sur tous. Ainsi, d'une certaine manière, l'islamisme triompherait. À cause de lui, les libertés occidentales, fondement de nos sociétés, devraient reculer.

    L'État n'est pas la société. En laïcisant l'État, certains pensent que l'on laïcise aussi la société, ce qui est absolument faux. L'État québécois est peut-être laïc, mais la société québécoise, elle, est tout simplement ce qu'elle est. Une société, en effet, c'est tout simplement ce qu'elle est. Hisser un drapeau arc-en-ciel sur le palais présidentiel de Kaboul n'entraînerait assurément pas la multiplication grassroot des Gay Pride. Proclamer haut et fort qu'«au Québec, on aime le jus d'orange» ne fera pas chuter la consommation de bière.

    Les défenseurs d'une charte de la laïcité ont, trop souvent, l'instinct de concevoir l'État comme si c'était une molécule d'ADN toute puissante. Et au final, l'islam politique est porté par des gens urbains, argumentés et éduqués, non pas par des paysans analphabètes que la vérité gouvernementale n'aurait pas encore daigné éclairer de ses irrésistibles lumières.

    Charte de la laïcité ou pas, de nombreux jeunes musulmans continueront, après les classes, d'aller à l'école coranique et dans des centres islamiques. Ils continueront de se faire dire, pour une bonne part, que leur principal devoir est de se battre pour l'islam. Ils continueront de se faire dire, pour une immense part, que les Occidentaux sont des dégénérés décadents. Ils continueront de se faire dire, tous et toutes, que rien n'est plus important que de ne pas se mélanger avec les infidèles...

    Évidemment, les défenseurs d'une charte de la laïcité sont à des lieues et des lieues du nihilisme antidémocratique de nos très chers pseudo-laïcistes interculturellement ouverts. Point de Bascule ne souhaite pas enterrer vivant le concept de charte québécoise de la laïcité, et nous respectons le combat de ceux qui s'en réclament. Même si elle ratisse assurément trop large, cette approche a du bon, surtout pour les nombreuses citoyennes québécoises d'origine musulmane qui se font tous les jours harceler pour porter le voile. Mais au final, tout cela n'empêche pas qu'il faille bien comprendre qu'une charte de la laïcité, tout en ne réglant rien sur le fond, serait nuisible sur énormément de points.

    Selon Point de Bascule...

    1) L'État devrait déclarer que l'islamisme, hard et soft, est une doctrine politique antidémocratique et totalitaire. Le système d'éducation, quant à lui, devrait relayer à tous et toutes cette vérité élémentaire.

    2) Les acteurs publics et médiatiques qui relativisent le phénomène islamiste devraient recevoir le même traitement que s'ils faisaient l'apologie de la malaria.

    3) Les politiques d'immigration devraient être réformées de manière à minimiser autant qu'humainement possible la quantité de musulmans fondamentalistes au Québec.

    4) Le voile islamique devrait être interdit dans les organisations publiques et parapubliques non pas en tant que signe religieux, mais en tant que symbole politique. Une caissière de la SAAQ, par exemple, ne peut pas porter de casquette arborant le logo du NPD. Le problème des Commissions des droits de la personne et de certains de nos plus hauts tribunaux, c'est avant tout l'incapacité de mettre une limite à ce qui peut-être classé comme du religieux. Tant pis pour eux.

    ***

    Marc Lebuis - Directeur de Point de Bascule

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    L'auteur s'exprime au nom de toute l'équipe de Point de Bascule (www.pointdebasculecanada.ca).












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