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Libre opinion - Lever le voile

Philippe Münch - Ancien analyste de la commission Bouchard-Taylor et docteur en histoire et en études politiques  28 janvier 2010  Éthique et religion
En France, la commission d'enquête dirigée par le député André Gérin vient de déposer son rapport sur le port du voile intégral islamique (niqab et burqa). Comme principales recommandations, la mission d'information parlementaire a proposé l'adoption par l'Assemblée nationale d'une résolution accompagnée d'un ensemble de dispositifs législatifs pour restreindre la pratique.

Faute de consensus au sein de la commission, l'idée d'une loi de portée générale a toutefois été écartée. Pour peu de temps sans doute, car le chef de file de la majorité au Parlement, Jean-François Copé, appuyé par un fort contingent de députés UMP, est déterminé depuis décembre à faire adopter une loi d'interdiction portant sur l'ensemble de l'espace public.

Le débat est présent un peu partout en Europe, notamment en Belgique, aux Pays-Bas et maintenant au Danemark. Dans ce contexte, il est fort probable que la question traverse l'Atlantique et agite la société québécoise, encore marquée par la «crise» des accommodements raisonnables. La commission Bouchard-Taylor a tracé les premières balises pour orienter ce débat, en rappelant le parcours historique du Québec en faveur d'une laïcité ouverte, qui admet la manifestation du religieux dans l'espace public au sens large (incluant ainsi les écoles, les hôpitaux, etc.). Si l'État est neutre, les individus ne le sont pas et peuvent donc, au nom de la liberté de conscience et de l'égalité des convictions, manifester leur appartenance religieuse.

Or la burqa vient remettre en question des principes fondamentaux de la société: l'égalité entre les hommes et les femmes, ainsi que l'ordre public. Faut-il alors interdire la pratique? À cette question, non abordée par la commission, plusieurs arguments ont été avancés contre une telle loi:

- elle stigmatiserait la population musulmane et passerait sous silence les véritables problèmes socio-économiques de la communauté;

- elle isolerait davantage les femmes;

- elle ne serait pas la réponse appropriée au problème;

- elle irait à l'encontre de la liberté de conscience.

Ces arguments se déconstruisent pour la plupart assez aisément. Une loi contre le voile intégral ne vise pas à stigmatiser la communauté musulmane, qui condamne elle-même dans sa vaste majorité une pratique jugée rétrograde. La situation socio-économique (pauvreté, chômage, discrimination) de cette population doit bien sûr être la principale préoccupation du gouvernement. Mais en vertu de quelle logique politique celui-ci ne pourrait-il pas s'occuper également de la question de la burqa?

Dans ce débat, on entend parfois qu'une loi d'interdiction nuirait à l'intégration des femmes, qui auraient alors tendance à rester chez elles, ne voulant pas sortir «dévoilées». Cet argument un peu étrange laisse supposer qu'une femme totalement voilée est en mesure de s'intégrer à notre société. De quelle façon? La burqa et le niqab constituent une négation de la femme comme personne et comme citoyenne dans l'espace public. Alors, comment intégrer une personne sans existence qui ne peut être reconnue? Certains préconisent des moyens plus constructifs ayant des effets à long terme, comme l'éducation. Si la loi ne doit pas être le seul dispositif pour changer les mentalités, elle demeure toutefois un indicateur essentiel qui détermine clairement nos valeurs.

On arrive enfin au point le plus délicat: la liberté de conscience. Est-elle conciliable dans le cas présent avec l'égalité entre les hommes et les femmes? La réponse est non. Le voile intégral constitue une grave dérive communautariste qui porte atteinte à la dignité de la femme. Il y a donc un conflit de droits. Quoique fondamentales, nos libertés ne sont pas absolues. Car poussées à l'extrême, elles peuvent nuire aux fondements de la société. Le voile intégral en est le meilleur exemple en plaçant la femme dans une situation inacceptable de soumission, d'exclusion et de réclusion, contraire aux valeurs profondes à partir desquelles nous avons bâti le Québec.

Dans cette perspective, le gouvernement du Québec doit agir et adopter une loi interdisant le port du voile intégral dans tout l'espace public. Mais pour ce faire, il devra au préalable produire un livre blanc de la laïcité, comme recommandé par la commission Bouchard-Taylor.

***

Philippe Münch - Ancien analyste de la commission Bouchard-Taylor et docteur en histoire et en études politiques
 
 
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  • jacques noel - Inscrit
    28 janvier 2010 12 h 26
    "Elle isolerait davantage les femmes"
    La farce! Vous promenez-vous parfois sur Ste-Catherine? Allez-vous sur les campus? Dans les hopitaux? Dans les garderies?

    Est-ce que les femmes voilées se cachent? Non, elles s'exhibent
    Le voile islamique est un drapeau, un emblème. Celui des fanatiques. Plus elles le montrent, plus elles banalisent, plus elles obtiennent de support de naifs à qui il faudrait payer un petit séjour au Pakistan, plus elles triomphent.
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  • Jean de Cuir - Abonné
    28 janvier 2010 13 h 35
    Souveraineté ou non?
    Il me semble que l`on n`a pas assez réfléchi sur la signification de la souveraineté de la personne. Question, certes difficile, surtout en regard des divers contextes religieux. Pour le dire brièvement, la personne est le seul fondement de l`État et de toutes les institutions créées. La personne est le fondement de la communauté de vie et de ses valeurs inscrites dans la constitution, la charte, le droit et les moeurs. L`État est certes complexe, mais il n`existe qu`en rapport à des personnes concrètes. Il est animé par les valeurs issues des personnes. En cela il n`est pas neutre, puisque c`est en somme le " service" de la communauté. Toutes ses institutions, comme celle du politique, du culturel, du social, de l`économie, de l`éducation et de la santé, etc. visent à assurer que le bien-être de tous s`accomplit en regard des valeurs choisies et négociées. Certes cela se réalise dans le temps et la complexité des relations humaines.
    Pourquoi la personne est-elle le fondement de tout? Parce que c`est elle qui choisit son existence, sa vie et ses fins. Parce qu elle est la seule habilitée depuis son émergence dans l`évolution de la vie. C`est par la coopération que les humains ont réussi à survivre, malgré le fait que souvent ils ont été en proie à la violence. Et cette coopération est le résultat de choix et c`est ce qui a émergé tout au long d`une histoire qui nous a conduit aujourd`hui à promouvoir la souveraineté de toute personne en toutes les cultures -- et je dirai malgré tant et tant de religions.
    Il serait souhaitable que les organisations religieuses soient soumises aux grandes valeurs qui sont inscrites dans les déclarations des droits de la personne, car on ne peut à la fois penser que la personne est libre et qu`elle n`est pas libre selon et selon. En d`autres mots, une religion ne peut statuer que la personne n`est pas libre, n`est pas souveraine, n`est pas égale à une autre en droit.
    Il est donc souhaitable qu`il y ait un débat dans l`État sur ce qu`est une religion, et telle religion. À moins de penser que le fait religieux n`est pas pensable ou examinable selon des critères autres que les siens.
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  • Guy Fafard - Inscrit
    31 janvier 2010 00 h 23
    Pas besoin de long discours
    La banquise des problèmes causés par le multi-culturalisme , saute aux yeux.
    Trop d'universitaires refusent de voir l'infiltration qui se produit en Occident et transforme celui-ci en Titanic.
    Les devoirs du citoyen pour la Cité restent le point fondamental que néglige la Charte des Droits et Libertés. Plusieurs de nos meilleurs cerveaux, dans leur tour d’ivoir, sont si obnubilés par leurs phrases spécialisées sur la Charte, qu’ils produisent des rapports qui conduisent au naufrage.
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  • SusanK - Abonné
    9 février 2010 11 h 00
    Le problème est l'Islam radical
    Tout le monde le sait, sauf les philosophes, les politiciens: le problème n'est pas identitaire.

    Le problème est la montée sournoise de l'Islam radical, représentée par les voilées intentionnelles i.e. celles que l'on voit sur la rue seules ou avec d'autres voilées. Celles qui ont le droit de sortir sans hommes. Celles qui représentent les Frères Musulmans.

    Ça va mal lorsqu'un ancien directeur de CSIS avoue que notre gouvernement est maintenant 'menotté' par ces groupes islamistes dans leurs enquêtes sur le terrorisme au Canada.

    Charest a maintenant l'outil en main pour interdire la burqa partout dans l'espace public, même la rue: la sécurité publique. Dîtes-vous bien que lorsque vous voyez ces burqas, personne sait qui est à l'intérieur de ce drap. Mais eux ont l'avantage du voyeurisme i.e. nous pouvons vous voir et vous observer mais vous, non.

    Il nous faut une charte de la laïcité pure et stricte et ce, au plus sacrant, avant que leur nombre soit tellement visible que nos gouvernements auront peur d'agir, comme il se produit maintenant en Ontario.
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