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Laïcité et suprématie de Dieu

Jean-Claude Hébert - Avocat  21 décembre 2009  Éthique et religion
Pendant le second conflit mondial, les élites protestantes et catholiques soutenaient le gouvernement libéral de Mackenzie King pour contrer l’influence païenne du national-socialisme et défendre la civilisation chrétienne.
Photo : Agence Reuters
Pendant le second conflit mondial, les élites protestantes et catholiques soutenaient le gouvernement libéral de Mackenzie King pour contrer l’influence païenne du national-socialisme et défendre la civilisation chrétienne.
L'assise juridique du Canada repose sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit. Le préambule de la Charte canadienne des droits et libertés en fait l'énoncé. De surcroît, à ce jour, la liberté de conscience et de religion, garantie par la même charte, fait l'objet d'une généreuse interprétation par la Cour suprême.

Dans un débat mettant en cause les valeurs religieuses et le principe de laïcité, la justice doit-elle convenir de la primauté de Dieu (Jésus, Yahvé, Allah, Bouddha, etc.) ou donner préséance au caractère laïque des institutions publiques? Longtemps figée, cette délicate question peut resurgir à tout moment dans les litiges où s'emmêlent le multiculturalisme canadien, l'interculturalisme québécois, la diversité culturelle et la liberté religieuse à connotation identitaire.

Bien que leur port soit motivé par des considérations religieuses, le turban et le poignard sikhs sont considérés au Royaume-Uni comme des attributs culturels et non religieux. Au Canada, la Cour suprême a jugé que le kirpan (poignard sikh) est un symbole dont la possession est protégée par la liberté de religion.

Un brin d'histoire

L'acte de naissance de la Charte canadienne des droits et libertés remonte à 25 ans. Rappelons pour mémoire que cet important document résulte d'un compromis politique intervenu entre les gouvernements fédéral et provinciaux (à l'exclusion du Québec) sur le rapatriement de la Constitution canadienne.

Avant l'adoption du texte final, l'insertion tardive d'une référence à Dieu dans le préambule de la Charte fut la dernière modification de la Loi constitutionnelle de 1982. Plutôt réfractaire à cette insertion, et sans trop y croire, le premier ministre Trudeau céda aux pressions de la députation libérale: «I don't think God gives a damn whether he's in the constitution or not»!

Pour comprendre l'attachement de plusieurs élus à une reconnaissance explicite de la suprématie de Dieu dans la Constitution, un regard dans le rétroviseur de l'histoire s'impose.

En 1960, le premier ministre conservateur John Diefenbaker fit adopter par le Parlement la Déclaration canadienne des droits. Cette loi fédérale reconnaît, dans son préambule, que «que la nation canadienne repose sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu, la dignité et la valeur de la personne humaine ainsi que le rôle de la famille dans une société d'hommes libres et d'institutions libres». Il est précisé que «les hommes et les institutions ne demeurent libres que dans la mesure où la liberté s'inspire du respect des valeurs morales et spirituelles et du règne du droit».

En 1960, quel Dieu et quelles valeurs spirituelles les parlementaires canadiens voulaient-ils célébrer? Pendant le second conflit mondial, dans un contexte de fébrilité religieuse, la classe politique occidentale lia l'idéal chrétien à la promotion des droits de l'Homme. Les élites protestantes et catholiques soutenaient le gouvernement libéral de Mackenzie King pour contrer l'influence païenne du national-socialisme et défendre la civilisation chrétienne.

Libertés civiles

Plus tard, à l'époque du maccarthysme américain, dans la lutte contre le communiste athée, la tradition chrétienne servit de carburant au modèle démocratique. L'un des architectes de l'OTAN, Lester B. Pearson, alors ministre canadien des Affaires étrangères, déclara en 1953 que «[i]n the conduct, as in choice, of a democratic government, there can be no substitute for the Christian ideals of the individual citizen, as the basis of policy and action».

Devant les injustices subies par les Canadiens d'origine japonaise pendant la guerre et les abus permis par la Loi sur les mesures de guerre, certains défenseurs des libertés civiles préconisèrent l'insertion d'une charte des droits dans la Constitution canadienne.

L'un de ceux-là fut le professeur Frank Scott, de l'Université McGill. Il défendait la thèse selon laquelle les droits de la personne relèvent du droit naturel: l'État ne peut gommer un droit qu'il n'a jamais conféré, disait-il. Contrairement à plusieurs juristes de l'époque, le professeur Scott refusa d'admettre un lien entre le droit naturel et Dieu. Le concept de dignité humaine étant l'assise des droits et libertés fondamentaux, sa démarche était entièrement sécularisée. Pierre Elliott Trudeau partageait ce point de vue.

En 1959, le climat politique ne se prêtait pas à une révision constitutionnelle. L'ambitieux projet du premier ministre Diefenbaker se mua en peau de chagrin: l'instrument constitutionnel souhaité n'était plus qu'une simple loi fédérale. Des groupes de pression, incluant les églises protestantes et catholiques, montèrent aux barricades. On exigeait que la tradition chrétienne soit reconnue dans le texte de loi.

À l'époque, la pensée dominante reliait l'origine des droits de l'Homme à Dieu. Sur la scène internationale, l'influent philosophe catholique Jacques Maritain considérait les droits humains comme faisant partie intégrante d'un ordre politique et moral d'origine divine. Chez nous, Jean Lesage, député bien en vue, soutenait que l'on doit au philosophe saint Thomas d'Aquin «the Christian foundation of our democratic principles».

Des voix discordantes furent entendues. Dans une perspective pluraliste et multiculturelle, Max Cohen, éminent juriste de McGill, proposa une approche sécularisée des droits de la personne. Il suggéra l'ajout suivant au préambule de la Déclaration: «Whereas Canada is a federal state, uniting within a single nation many ethnic and religious groups while yet encouraging the preservation and respect for all heritages.» On ne tint pas compte de sa proposition.

Au final, la Déclaration canadienne fut unanimement adoptée par les deux chambres du Parlement. Le ministre de la Justice Davie Fulton déclara que la teneur du préambule de cette loi fondamentale constituait «a splendid declaration of the views of the parliament of Canada as to the principles and bases on which it is founded and by means of which it will ensure its continuance as a free and Christian democracy».

Le Dieu constitutionnel

Nulle part dans notre aménagement constitutionnel, le caractère laïque, séculier ou neutre de l'État (canadien ou québécois) ne se trouve-t-il affirmé. Ce sont les juges qui, à la pièce, ont façonné la reconnaissance de facto du principe de la séparation de l'Église et de l'État. Ainsi, le juge Antonio Lamer observa (affaire Sue Rodriguez) que «la Charte a consacré le caractère essentiellement laïque de la société canadienne».

Notre charte des droits et libertés fait voir un pôle libéral individualiste: c'est une déclaration du citoyen. Ce sont donc les personnes (par opposition aux groupes) qui bénéficient de la liberté de religion. Mais, attention! Vu l'importance de la spiritualité dans une société diversifiée, le concept juridique de Dieu peut prendre du volume.

Dans la mesure où des personnes reliées à un groupe ou une collectivité ne doivent pas connaître de discrimination sur la base de leurs croyances ou pratiques religieuses, la notion protéiforme de Dieu pourrait certes alimenter des revendications culturelles et identitaires... à connotation religieuse.

Comment savoir si, un jour, les tribunaux donneront préséance au principe non écrit de la laïcité de l'État sur la suprématie de Dieu (et la liberté religieuse), celle-ci étant burinée dans le bronze de la Constitution canadienne?

Au Québec, une affirmation forte du principe de laïcité par l'Assemblée nationale pourrait utilement remplir un vide juridique et orienter la démarche des juges.

*****

Jean-Claude Hébert - Avocat
 
 
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  • gbernier10@hotmail.com
    Abonné
    lundi 21 décembre 2009 12h50
    Un traducteur S.V.P
    Quelqu'un peut-il traduire avec précisions et exactitudes les citations anglophones de ce texte. M. L'Éditeur, si les citations avaient été en chinois, les auriez vous traduites?

  • Nestor TURCOTTE
    Inscrit
    lundi 21 décembre 2009 16h54
    Ne pas confondre DEUX MOTS
    Il ne faut pas confondre laïctié et laïcisme.

    Laïcité: séparation des pouvoirs religieux des pouvoirs étatiques.La laïcité se caractérise pas deux traits: séparation de l'État et des Églises (c'est ce que recommande le Christ dans les Évangiles); et, deuxième trait, la neutralité de l'État.

    Il y a, selon certains théoriciens, deux conceptions de la neutralité. 1) Une neutralité intégrale que l'on peut définir par l'impartialité totale de l'État vis-à-vis de toutes les religions et groupes de conviction. 2) Une neutralité ne peut pas être totalement «neutre» selon certains. La neutralité est toujours relative. Cette neutralité n'exclut pas la possibilité de reconnaître certains droits, surtout à la majorité, voire à une religion historique. A condiition que la liberté de conscience des minorités ne soit pas brimée.

    Le laïcisme, par contre, est un courant d'idées (une philosophie liée souvent à l'athéisme) qui vise à protéger activement la vie publique de toute ingérence religieuse. Si la laïcité applique avec une certaine souplesse la séparation de l'État et des Églises, le laïcisme souhaite réduire la vie religieuse des citoyens à la seule sphère privée, hors de toute manifestation sociale et publique.

    Au QUébec, les partisans de la laïcité veulent réduire la vie religieuse à la sphère privée. En cela, ils ne souhaitent pas la « laïcité », mais le « LAïCISME »...

  • Jean de Cuir
    Abonné
    lundi 21 décembre 2009 17h33
    Contradiction
    Reconnaître la suprématie de dieu et la souveraineté de la personne : une contradiction ! Que voulez-vous on sautait par dessus la révolution français jusqu`au Moyen-âge. De plus il n`y a pas à ma connaissance de conception commune de Dieu, chacun l`imagine à sa façon.
    On pourrait s`interroger à savoir si la suprématie de dieu c`est une forme politique de suprématie, donc une affirmation de pouvoir de la part des chrétiens --toutes confessions confondues !

  • Bernard La Riviere
    Abonné
    lundi 21 décembre 2009 17h41
    Le Christ laïque
    Soyons heureux de nous faire rappeler que le Christ recommande la laïcité, cela nous permet de nous rappeler aussi que l'Église catholique n'a pas toujours été chrétienne pendant la plus grande partie de son histoire. Était-il concevable, après Constantin, qu'un Pape ne se mêle pas de politique?
    Même monsieur Turcotte, qui nous rappelle tout ça, n'est pas tout fait chrétien quand il se plaint de ceux qui visent «à protéger activement la vie publique de toute ingérence religieuse» tel que le recommande le Christ. Elle est bien rude la voie de notre Sauveur.

  • Nestor TURCOTTE
    Inscrit
    lundi 21 décembre 2009 20h25
    @ M. La Rivière
    Il faut distinguer l'enseignement et ce que les hommes en ont fait. En ce sens, les chemins sont longs...avant que l'humanité comprenne certaines choses.

    Tous ceux qui nous parlent de laïcité (et j'en suis...) devraient commencer par définir le mot qu'ils utilisent. Or, je n'en vois guère qui le font. Comme je l'ai dit antérieurement, cette démarche ne semble pas les intéresser. Pourquoi? Quand on veut atteindre un certain but, dans notre société post-moderne, on commence par ne rien définir. Comme cela, chacun pensera bien ce qu'il voudra.

    Quant à moi, lorsque je distcute de ces questions, je pose toujours les questions préalables. Souvent la discussion se termine vite. Car, définir, c'est distinguer. Qui veut distinguer? On aime semer la confusion. C'est devenu une façon de fair aujourd'hui.

  • lise depault
    Inscrit
    lundi 21 décembre 2009 21h45
    inscription de dieu
    J'espere qu'il n'y aura pas de Allah.Aller voir ce que l'islam et le Coran enseignent, a leurs adeptes. Site web: chant du coq et citizen warrior, etc...
    Voir vidéo: 3e jihad sur bivouac-id
    vidéo: OBSESSION
    vidéo: " Ce que l'occident doit savoir" chant du coq
    L"Islam a le devoir de détruire notre civilisation, et la remplacer par une civilisation islamique, comme en Iran ou Arabie Saoudite. Apres vous etre renseignés, vous aurez un tres bonne opinion, de comment la chartre des droits, doit etre orientée.

  • Claude Archambault
    Inscrit
    lundi 21 décembre 2009 22h15
    @ M Bernier
    Êtes vous ignorant à ce point de la langue seconde du pays, qui est enseignée dans toutes les écoles pour ne pas être capable de lire quelque phrase?
    Et de comparer l'anglais, une langue officielle au pays et enseigné partout au dans les écoles de la province, au chinois est dégoutant et insultant pour tous les canadien vivant au Québec.

  • poisson marie-michelle
    Inscrite
    lundi 21 décembre 2009 22h58
    Lumières vs anti-lumières
    Selon mes observations, une majorité de québécois semble acquise aux idéaux des Lumières (humanisme, rationalisme, laïcité, contrat social…) alors que le Canada anglais, un peu à l’image des Etats-Unis, semble plutôt favoriser les idées chères à la mouvance Anti-Lumières (préservation des traditions culturelles et religieuses, maintien de la monarchie et de l’autorité morale religieuse…) D’ailleurs la politique canadienne du Multiculturalisme, comme tout discours faisant la promotion du communautarisme, est à inscrire dans cette mouvance anti-lumières.

    Pour comprendre cette controverse qui oppose les Lumières aux anti-lumières, il faut pouvoir reculer au XVIIIe siècle : le siècle des Lumières. Siècle déterminant pour les sociétés occidentales et la constitution de toutes les sociétés modernes. Les penseurs qui ont peuplé ce siècle, Rousseau, Kant, Diderot, Voltaire, Condorcet et bien d’autres sont passés à la postérité. Les grands thèmes des Lumières sont l’humanisme, le rationalisme, l’idée de contrat social comme fondement de la démocratie et l’idée de progrès sur fond de révolutions plus ou moins violentes ou tranquilles.

    Très tôt s’est mis en place un discours anti-lumières ou contre-révolutionnaire visant à préserver ou restaurer les privilèges monarchiques et religieux en déroute. Contre l’humanisme et le rationalisme qui font de l’être humain l’auteur et le bénéficiaire de la légitimité morale, les anti-lumières opposent un discours prônant la suprématie de l’autorité divine et la coutume. Au contrat social entre citoyens égaux voués à l’amélioration des conditions sociales et économiques, les anti-lumières opposent un discours alarmiste de dénigrement systématique des tentatives faites en ce sens accusant la froide raison calculatrice de détruire sur son passage la beauté du monde et de susciter les pires atrocités. ( Critiques qui, soit dit en passant, s’adressent certainement beaucoup plus aux excès du capitalisme qu’au rationalisme philosophique proprement dit…)

    Les auteurs à l’origine du mouvement anti-lumières sont, dès le 18e siècle, E. Burke (1729-1797) et J. DeMaistre (1753-1821). Leurs idées ont par la suite été développées par J.G. Herder (1744-1803) puis Isaiah Berlin. Charles Taylor a repris dans son œuvre plusieurs idées de Herder et fut l’étudiant et l’héritier philosophique de Berlin.

    Les thèmes anti-lumières que l’on retrouve chez Taylor sont : la disqualification de la raison au profit de la révélation, un préjugé systématique pour la reconnaissance des particularités traditionnelles ou culturelles ( pro-multiculturalisme) au détriment du contrat social à visée universelle, la conviction que l’humain est incapable de définir les normes morales par lui-même et pour lui-même et qu’il faille s’en remettre à un ordre transcendant ou divin pour définir le bien et identifier un objet de respect inconditionnel (il faut souligner à cet égard les prises de position sans équivoque de Taylor contre la laïcité qu’il qualifie toujours de « radicale ») et finalement un discours de dénigrement systématique de la modernité issue du rationalisme à laquelle on reproche le « désenchantement du monde », les atrocités du siècles dernier, l’absence de repères moraux et l’individualisme outrancier. (Ceci dit, on peut très bien, comme Taylor, formuler de sévères critiques contre la modernité mais il n’est pas obligé de renoncer aux idéaux de Lumières pour autant…) Les ouvrages de Taylor les plus connus du grand public et qui témoignent amplement de ses prises de position herderiennes sont « Grandeur et misère de la modernité » et « Multiculturalisme différence et démocratie ».

    En Europe, la controverse Lumières vs Anti-Lumières est bien connue puisqu’elle a été l’objet de querelles politiques, souvent sanglantes, depuis les tout débuts de la révolution jusqu’à nos jours. Aux Etats-Unis le mouvement de Counter-Enlightenment est aussi très bien connu. Il est souvent dénoncé par les esprits progressistes comme étant la charpente idéologique qui soutient la droite chrétienne américaine. Ce mouvement a une certaine influence sur les penseurs canadiens anglais qui lisent et commentent régulièrement les oeuvres Berlin et Taylor car ces auteurs jouissent d’un immense prestige dans certains milieux intellectuels.

    Les québécois, contrairement aux Européens ou aux Américains, ignorent tout de la controverse Lumières vs Anti-Lumières.
    Or, le débat sur les accommodements raisonnables ne peut être compréhensible, à mon humble avis, que selon cette ligne de fracture.
    Les québécois devraient s’intéresser un peu plus à ces questions philosophiques fondamentales, s’efforcer d’en connaître les enjeux et prendre résolument position, en n’oubliant pas que l’héritage révolutionnaire français et les idées républicaines, jadis diffusées courageusement par les « Patriotes », les « Fils de la Liberté » ou les membres de l’Institut Canadien font aussi partie de notre patrimoine civique collectif à préserver.

    Pour en savoir un peu plus sur les Lumières et les Anti-Lumières :

    L’esprit des Lumières et leur destin, Bertrand Laurent, Ellipses, 1996.

    L’esprit des Lumières, Tzvetan Todorov, Laffont, 2006

    La défaite de la pensée, Alain Finkielkraut, Folio essais, 1989

    Les anti-Lumières : du XVIIIe siècle à la guerre froide, Zeev Sternhell, Fayard, 2006.

    Marie-Michelle Poisson
    Professeure de philosophie
    Collège Ahuntsic
    Montréal

  • Jean de Cuir
    Abonné
    mardi 22 décembre 2009 00h02
    Laïcité
    Le laîc dans l`Église est celui qui n`est ni clerc, prêtre ou frère, ni membre d`une congrégration religieuse; donc monsieur-madame tout le monde. Je rappelle simplement que le terme est accolé à État un peu comme une redondance, car l`État de soi est le fruit de la volonté des personnes de vivre ensemble autour de valeurs qui les rassemblent et parce que ce sont elles qui font ce choix puisqu`elles sont souveraines. Or, qui dit souveraineté signifie que le pouvoir ultime d`exister, d`agir, et de se définir appartient aux personnes.
    Je parie qu`une courte histoire de l`emploi du terme montrerait que sa signification a été édulcorée. Pourquoi utiliser ce terme qui en vient à signifier indépendance par rapport à une confession religieuse alors qu`ìnitialement, c`est celui qui n`a pas reçu les ordres, qui ne fait pas partie du clergé, comme si être vraiment religieux ou croyant était du ressort de ceux qui faisait partie de l`administration : tous les clercs!!!
    Pourquoi utiliser ce terme , héritage d`un catholicisme étroit? Pourquoi ne pas simplement parler d`État?Si l’ État surplombe toutes les croyances, c’ est qu’il suppose une rationalité non domestiquée par une théologie, il suppose une communauté rationelle. C’ est donc nécessaire que chacun-chacune se hisse au niveau de cette rationalité, ouverte on espère, pour s’ entendre. C’est être citoyen-citoyenne avant tout. Les croyances personnelles sont ainsi reléguées au privé. En fait, ce qui est compris comme espace commun devient visible à tous : tout service pour tous revêt une visibilité : ceux ou celles qui assument ce service représentent en fait l’ État, cette volonté commune de vivre ensemble autour d’une rationalité commune -- celle où tous s`élèvent.

  • Michel THYS
    Inscrit
    mercredi 23 décembre 2009 16h12
    Laïcité politique ET laïcité philosophique...
    @Nestor TURCOTTE.
    La laïcité, dites-vous, se caractérise par la séparation de l'Etat et des Eglises, et par la neutralité de l'Etat. Je vous suggère une troisième acception de celle-ci.
    A mes yeux, la liberté constitutionnelle de conscience et de religion est actuellement plus symbolique qu'effective (la preuve : l'apostasie est rare en l'absence d'alternatives philosophiques, et même nulle dans le cas de l'islam).
    Dès lors, la neutralité, au lieu d'être laxiste et de favoriser le communautarisme, devrait consister à compenser l'influence religieuse familiale, certes légitime mais unilatérale, par une information scolaire, progressive, objective et non prosélyte, à la fois sur les options religieuses ET sur les options laïques fondées, elles, sur l'esprit critique, l'humanisme laïque, la spiritualité laïque, l'ouverture à la différence enrichissante de l'autre,.... Telle est l'objectif de la laïcité philosophique qui, loin d'être antireligieuse, prône un système éducatif permettant de choisir, aussi librement que possible et en connaissance de cause, de croire ou de ne pas croire, en ouvrant l'horizon philosophique.
    Le cours d'ECR, qui hélas occulte même l'existence de l'athéisme, comme si c'était une abomination, devrait à mon sens être amélioré en ce sens, même si les deux religions en place au Québec risquent d'y perdre des plumes ... !
    Cela favoriserait un meilleur "vivre ensemble".

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