Plus qu'une question médicale
L'euthanasie n'est pas une question « purement médicale ». C'est ce que tient à rappeler Céline Lafontaine, sociologue de l'Université de Montréal qui publiait l'an dernier un essai fort, La Société post-mortelle (Seuil) (d'ailleurs mis en nomination cette semaine pour le prix du Gouverneur général). Le Devoir l'a jointe à Nantes, où elle séjourne dans le cadre d'une année sabbatique.
Le débat, qui a été déclenché par la Fédération des médecins spécialistes, prend une « tournure inquiétante » selon elle puisqu'on a tendance, au Québec, à se taire lorsque les médecins parlent. Apprendre que l'euthanasie est souvent pratiquée dans les hôpitaux québécois et que les deux tiers des médecins spécialistes sont favorables à cette pratique ne doit pas nous amener à conclure que seuls les professionnels de la santé ont les compétences et la légitimité « pour déterminer le sens et la valeur qu'on accorde à la vie humaine », s'inquiète-t-elle.
Et quelles interrogations fondamentales suscite l'euthanasie! « Qu'elle est le sens de la mort dans notre société? De quel type de soutien bénéficient les familles et les malades en phase terminale? » Il ne faut pas faire l'impasse non plus sur des aspects souvent occultés: les « enjeux économiques et financiers ». Ce débat sur l'euthanasie apparaît « dans une société vieillissante où le poids économique et social des personnes âgées et perçu comme une menace à la croissance ». Bref, qui décidera si une vie « vaut ou non la peine d'être poursuivie? Face à l'épuisement et à la détresse, est-ce que les familles ont vraiment les moyens de prendre une décision éclairée? » Sur ces questions, le commun des mortels a autant le droit de s'exprimer que le médecin, insiste-t-elle.
Pour ou contre?
S'oppose-t-elle à l'euthanasie? « Il ne s'agit pas d'être pour ou contre l'euthanasie, mais plutôt d'en saisir toute la complexité et les différentes facettes. »
Par exemple, n'est-il pas paradoxal que notre société rêve tant de prolonger la vie (grâce au sport, à la nourriture saine, à certains produits prétendument miraculeux, à des prothèses, etc.), jusqu'à s'imaginer un jour immortelle, mais qu'en même temps, elle accepte de plus en plus d'abréger cette même vie dès que la « qualité » n'y est plus? Dès qu'un « choix autonome » a été faitpar un souffrant. C'est une des questions analysées dans La Société post-mortelle.
Sa réponse: « Le discours sur le droit de mourir et sur le droit de choisir dissimule le fait qu'en réalité, ce sont les autorités médicales qui déterminent les paramètres du mourir. » D'ailleurs, ceux qui militent pour l'euthanasie et pour le suicide assisté militent en même temps pour l'utilisation de toutes les sciences afin de prolonger la vie, la rendre plus « performante », seule mesure de sa valeur, aujourd'hui.
« Des deux côtés, il y a une forme de négation de la mortalité », fait-elle remarquer. La médicalisation de la vie a tendance à toujours l'emporter, aujourd'hui. De même, la question de la « dignité » est piégée. « Ça ne se perd pas, la dignité. Or, lorsqu'on axe tout autour de la qualité de vie, on lie la notion de dignité à celle de la qualité de vie, elle-même liée à la performance », disait-elle lors d'un entretien l'an dernier avec Le Devoir.
En somme, une « véritable réflexion collective » s'impose, plaide-t-elle. Une réflexion à laquelle devraient participer « sociologues, anthropologues, juristes, membres des communautés religieuses et tous les citoyens qui se sentent concernés ». Jusqu'à maintenant, le discours du président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec et le sondage sur lequel il s'appuie « laissent croire qu'il s'agit d'une simple question médicale qu'un simple projet de loi pourrait régler ». Céline Lafontaine croit qu'il faut se méfier de cette « légèreté » et dénoncer ce « monopole » inquiétant. Limiter le débat sur l'euthanasie à une question d'ordre médical reviendrait à ses yeux à « donner à une corporation professionnelle non seulement le droit de vie ou de mort », mais en plus, à « faire des critères biologiques les seules normes valables pour déterminer le statut de la personne humaine ».
Le débat, qui a été déclenché par la Fédération des médecins spécialistes, prend une « tournure inquiétante » selon elle puisqu'on a tendance, au Québec, à se taire lorsque les médecins parlent. Apprendre que l'euthanasie est souvent pratiquée dans les hôpitaux québécois et que les deux tiers des médecins spécialistes sont favorables à cette pratique ne doit pas nous amener à conclure que seuls les professionnels de la santé ont les compétences et la légitimité « pour déterminer le sens et la valeur qu'on accorde à la vie humaine », s'inquiète-t-elle.
Et quelles interrogations fondamentales suscite l'euthanasie! « Qu'elle est le sens de la mort dans notre société? De quel type de soutien bénéficient les familles et les malades en phase terminale? » Il ne faut pas faire l'impasse non plus sur des aspects souvent occultés: les « enjeux économiques et financiers ». Ce débat sur l'euthanasie apparaît « dans une société vieillissante où le poids économique et social des personnes âgées et perçu comme une menace à la croissance ». Bref, qui décidera si une vie « vaut ou non la peine d'être poursuivie? Face à l'épuisement et à la détresse, est-ce que les familles ont vraiment les moyens de prendre une décision éclairée? » Sur ces questions, le commun des mortels a autant le droit de s'exprimer que le médecin, insiste-t-elle.
Pour ou contre?
S'oppose-t-elle à l'euthanasie? « Il ne s'agit pas d'être pour ou contre l'euthanasie, mais plutôt d'en saisir toute la complexité et les différentes facettes. »
Par exemple, n'est-il pas paradoxal que notre société rêve tant de prolonger la vie (grâce au sport, à la nourriture saine, à certains produits prétendument miraculeux, à des prothèses, etc.), jusqu'à s'imaginer un jour immortelle, mais qu'en même temps, elle accepte de plus en plus d'abréger cette même vie dès que la « qualité » n'y est plus? Dès qu'un « choix autonome » a été faitpar un souffrant. C'est une des questions analysées dans La Société post-mortelle.
Sa réponse: « Le discours sur le droit de mourir et sur le droit de choisir dissimule le fait qu'en réalité, ce sont les autorités médicales qui déterminent les paramètres du mourir. » D'ailleurs, ceux qui militent pour l'euthanasie et pour le suicide assisté militent en même temps pour l'utilisation de toutes les sciences afin de prolonger la vie, la rendre plus « performante », seule mesure de sa valeur, aujourd'hui.
« Des deux côtés, il y a une forme de négation de la mortalité », fait-elle remarquer. La médicalisation de la vie a tendance à toujours l'emporter, aujourd'hui. De même, la question de la « dignité » est piégée. « Ça ne se perd pas, la dignité. Or, lorsqu'on axe tout autour de la qualité de vie, on lie la notion de dignité à celle de la qualité de vie, elle-même liée à la performance », disait-elle lors d'un entretien l'an dernier avec Le Devoir.
En somme, une « véritable réflexion collective » s'impose, plaide-t-elle. Une réflexion à laquelle devraient participer « sociologues, anthropologues, juristes, membres des communautés religieuses et tous les citoyens qui se sentent concernés ». Jusqu'à maintenant, le discours du président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec et le sondage sur lequel il s'appuie « laissent croire qu'il s'agit d'une simple question médicale qu'un simple projet de loi pourrait régler ». Céline Lafontaine croit qu'il faut se méfier de cette « légèreté » et dénoncer ce « monopole » inquiétant. Limiter le débat sur l'euthanasie à une question d'ordre médical reviendrait à ses yeux à « donner à une corporation professionnelle non seulement le droit de vie ou de mort », mais en plus, à « faire des critères biologiques les seules normes valables pour déterminer le statut de la personne humaine ».
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