vendredi 10 février 2012 Dernière mise à jour 18h11
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Euthanasie - De vie et de mort

La justice a souvent fait la preuve qu'elle ne trace aucune ligne claire entre le droit à la vie et le droit à la mort. Au tour des médecins d'apporter le brutal témoignage de la pratique: l'euthanasie a beau être illégale, elle se pratique quand même. Il s'agit d'une précieuse expérience qui révèle le retard des lois sur la société.

La mort n'attend pas. Pendant que les parlementaires font des questions de l'euthanasie et du suicide assisté des sujets à enterrer, les praticiens de l'éthique médicale y font face au quotidien, comme en font foi les résultats du sondage de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), dévoilés cette semaine. 81 % des répondants le confirment: l'euthanasie est une pratique au Québec.

Vraisemblablement, sur le terrain, là où s'entremêlent les douleurs des patients, les déchirements des familles et les questionnements des médecins, on n'a rien à faire du manque de courage des politiciens quand il s'agit du passage obscur de la vie vers la mort. La position du Collège des médecins du Québec est attendue sous peu. Les spécialistes affirment que malgré les lois, l'usage est confirmé.

Le Code criminel associe l'euthanasie et le suicide assisté à des meurtres. Bien que le Parlement canadien se soit déjà penché sur la décriminalisation de ces actes, les discussions n'ont jamais franchi de cap critique. Mariage gai et avortement font frémir les parlementaires; on imagine l'affolement que peut engendrer l'euthanasie! La députée du Bloc québécois Francine Lalonde a courageusement déposé un projet de loi privé (C-384), espérant ouvrir le dialogue.

Sur le plan légal, la question interpelle en effet le gouvernement canadien et son Code criminel. Mais ce sont les provinces qui appliquent le droit criminel et qui ont la responsabilité des hôpitaux et de la réglementation de la profession médicale. Dans les couloirs des hôpitaux, les voies de la santé et du droit se traversent.

La santé démontre son évident malaise devant les limites actuelles de la loi en la contournant, carrément! Mais la justice aussi révèle son impuissance, notamment au moment du prononcé de la sentence, puisque le motif de compassion a souvent servi à amoindrir des peines. Quelques causes célèbres ont montré la division évidente de la population, une rupture qui se traduit aussi chez les juges, et les médecins.

Dans l'affaire Sue Rodriguez, en 1993, cinq magistrats de la Cour suprême du Canada avaient refusé de légaliser le suicide assisté, contre quatre. Le sondage de la FMSQ révèle aussi un flagrant désaccord: si les trois quarts des médecins interrogés sont favorables à la légalisation de l'euthanasie dans un cadre balisé, 20 % affirment qu'ils ne la pratiqueraient jamais.

Un autre point du sondage est convaincant: interrogés sur la sédation palliative — endormir le patient afin de le rendre inconscient de sa douleur —, les médecins n'arrivent pas à dire s'il s'agit ou non d'une forme d'euthanasie. 48 % estiment que oui, alors que 46 % disent plutôt que non. Un débat public permettrait de mieux éclaircir ces questions de définitions, cruciales en bioéthique.

Les limites sont frêles entre l'euthanasie, l'aide au suicide et l'interruption d'un traitement médical, mais s'y croisent des malades qui veulent mettre fin à une souffrance, des proches et des médecins qui jonglent avec de lourdes questions morales, nourries par la compassion. Aux gouvernements de permettre maintenant un débat nécessaire.

****

machouinard@ledevoir.com
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Yvon Bureau
    Abonné
    jeudi 15 octobre 2009 07h31
    La primauté de la PERSONNE en fin de vie
    Gardons criminels le meurtre par compassion, l'aide au suicide, les euthanasies non volontaires.
    Décriminalisons seulement l'aide MÉDICALE à mourir, si respectueuse d'un cadre médico-légal bien balisé, évalué périodiquement. L'expérience de la Belgique avec cette aide à mourir me plait beaucoup.
    Intégrons cette aide exceptionnelle dans l'ensemble des soins appropriés de fin de vie, dans les soins palliatifs.
    Intégrons l'aide MÉDICALE active à mourir dans la Loi québécoise sur la Santé et les Services sociaux, de notre conception à notre fin, la santé étant exclusivement une responsabilité du Québec.

    Ce que j'aimé le plus dans les résultats du sondage de la FMSQ et de son président : la primauté de la PERSONNE en fin de vie. La personne en fin de vie au centre, au coeur des décisions concernant sa fin. La PERSONNE en fin de vie avant les soins et les soigants. Touchant !

    Touché, à la veille de ma promesse faite à mon père J-Ernest, le 16 octobre 1984 --il y a 25 années--,sur son lit de fin de vie: «Papa, le mourir au Québec, ça va changer, parole de Beauceron!»
    Promesse tenue. Promesse que je tiens encore, au nom du Mourir digne et libre, au nom de la compassion et de notre solidarité humaine.

    Fier de faire partie aussi du Collectif Mourir digne et libre, à Québec.
    http://www.yvonbureau.com/fichiers/Lettre_au_CA_du
    ybbureau@videotron.ca
    www.yvonbureau.com

  • Robert Beauchamp
    Abonné
    jeudi 15 octobre 2009 08h23
    Les mots et les maux
    La confusion règne à souhait à moins que l'on émette clairement la définition propre à chaque mot. Harcèlement tnérapeutique, euthanasie active, euthanasie active, suicide assisté, tout un chacun utilise un vocabulaire confus dont spécialistes et autres. Une première interprétation du sondage auprès des médecins qui me semble erroné, c'est le 81% des médecins qui avouent la pratique de l'euthanasie, (passivie ou active?) alors que ce résultat découle d'un nombre restreint de médecins ayant répondu c.a.d. 2000 sur 8000. On ne peut prendre comme acquis un sondage partiel comme signifiant une tendance lourde. On parle d'euthanasie passive lorsqu'on cesse tout traitement "extraordinaire" auprès d'une personne en phase terminale pour ne pas succomber dans l'acharnement thérapeutique. On parle d'euthanasie active alors qu'on devrait parler de suicide assisté. Il me paraît moralement acceptable de refuser tout traitement dit "extraordinaire" lorsqu'en son âme et conscience, une personne choisit de respecter la nature et l'ordre des choses. Euthanasie ou suicide assisté me paraissent au contraire une violence contre nature, et je ne laisserais pas le soin aux services publics de "choisir" les candidatures qui seraient aptes ou prêtes à recourir à une fin accélérée ne serait-ce que pour le motif suivant: la rentabilité du système afin de libérer des places. Ça me fait frémir rien qu'à y penser. Comme voeu pieux, je souhaiterais qu'il y ait une question référendaire sur le sujet au moment d'une élection générale afin de ne pss laisser le champ au corporatisme des organismes ou divers groupements du secteur de la santé par la voie du lobbying.Nous serions alors sans voix et soumis aux diktats de la voie à suivre.

  • Yves Archambault
    Abonné
    jeudi 15 octobre 2009 10h36
    euthanasie?
    dans le sondage des médecins spésialistes y avait-il une question qui permettait au médecins de dire si ils avaient la "foi". question de savoir départager les réponses en fonction de leurs croyances.

  • Yvon Bureau
    Abonné
    jeudi 15 octobre 2009 13h52
    La dignité
    La dignité passe par l'expression de ses choix en fin de vie, par une fin en cohérence avec sa personnalité, avec ses valeurs, avec ses croyances, avec sa conscience,
    et par le respect de ces dernières volontés par les autres.

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
4 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012