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    Rencontre avec le cardinal Turcotte - L'Église est en quête d'un équilibre entre le dogme et la pastorale

    « Je suis contre l'avortement, mais je peux comprendre que, dans certains cas, on n'a presque pas d'autre choix que de le pratiquer »

    L’Église a le devoir de défendre les exigences évangéliques, même si celles-ci ne sont pas toujours faciles à vivre, rappelle l’archevêque de Montréal, le cardinal Jean-Claude Turcotte.
    Photo : Jacques Grenier L’Église a le devoir de défendre les exigences évangéliques, même si celles-ci ne sont pas toujours faciles à vivre, rappelle l’archevêque de Montréal, le cardinal Jean-Claude Turcotte.
    Les excommunications décrétées au Brésil ont terni l'image de l'Église catholique à travers le monde. Quelques jours plus tard, le pape Benoît XVI a tenu en Afrique des propos sur l'usage du condom qui ont souvent provoqué la controverse et quelquefois soulevé la colère. Indépendamment de ces événements, les temps s'avèrent plutôt difficiles, marqués qu'ils sont par les revers économiques planétaires. Le cardinal Jean-Claude Turcotte aborde de front ces sujets épineux.

    Monseigneur Turcotte, archevêque du diocèse de Montréal et cardinal de l'Église, a penché du côté de la compréhension et de la compassion plutôt que vers l'excommunication, après mûre réflexion sur l'affaire brésilienne, qu'il situe dans le nouvel engrenage médiatique: «Depuis sept ou huit ans, il y a quelque chose qui a changé dans les médias, et c'est cette espèce d'immédiateté de l'information. Aussitôt que survient quelque chose quelque part, ça fait le tour du monde.» Dans de telles circonstances, un temps de réflexion s'impose avant que ne soit commentée une nouvelle. Cela étant posé, il poursuit: «Le moins qu'on puisse dire, c'est que cet événement-là me semble être une maladresse de l'évêque de là-bas.»

    Après avoir pris connaissance en profondeur du dossier, il atténue la portée du geste posé par l'Église à la faveur du droit canon qui prône l'excommunication automatique dans certains cas et dans le contexte du débat profond qui a actuellement cours sur l'avortement dans un pays catholique comme le Brésil: «Je comprends profondément les gens qui sont choqués par ce qui a été rapporté dans les médias et moi-même j'ai été excessivement surpris de cette chose-là; ça n'a pas de bon sens.» Un exemple résume sa position: «Personnellement, je suis contre le meurtre, mais je peux comprendre que, à certains moments, une personne qui est attaquée puisse en tuer une autre pour se défendre; ça ne veut pas dire que je suis pour le meurtre. Je suis contre l'avortement, mais je peux comprendre que, dans certains cas, on n'a presque pas d'autre choix que de le pratiquer.»

    Pasteurs et professeurs

    Benoît XVI a provoqué une levée de boucliers contre la position qu'il a exprimée au sujet de l'usage du condom, lors de sa récente visite en Afrique. Est-il possible d'aborder cet autre sujet de controverse dans un sens plus large, de lui donner une portée plus globale? Sur nombres de problématiques majeures auxquelles sont confrontées les sociétés modernes, l'Église est-elle en train de s'enfermer dans un dogmatisme à répétition qui éloigne de la parole même du Christ, des Évangiles? Monseigneur Turcotte apporte, dans un premier temps, cette réponse: «Ce n'est pas facile parce qu'il y a des exigences qui nous viennent de l'Évangile et de sa compréhension. Il y a, à l'intérieur de celui-ci, un tas de choses qui ne sont pas faciles à vivre et l'Église a le devoir de défendre les exigences évangéliques.»

    Il est notamment écrit dans ce livre: «Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.» La barre est placée haut.

    Mais il y a aussi dans cet Évangile une attitude de compassion: «Le Christ n'est pas d'accord avec l'adultère, mais il fait preuve de beaucoup de compassion envers la femme adultère. Il y a, d'une part, l'exigence évangélique et, d'autre part, il y a autre chose qui relève de son application dans les cas particuliers, ce que l'Église fait couramment.»

    Le cardinal fournit un éclairage plus précis: «Cet Évangile doit souvent donner un enseignement qui va, à titre d'exemple, à l'encontre des moeurs. Mais c'est difficile, quand tu enseignes ou quand tu dois rappeler les vérités, de faire état de la compassion manifestée lors des rencontres avec des individus; cela n'est pas facile à vivre pour aucun prêtre. Il y a, d'un côté, l'Évangile et ses exigences et, d'un autre côté, son application avec les gens qui viennent nous voir.» Il y a le pasteur et le porteur de dogmes.

    La chance au coureur

    L'expérience aidant, il est possible de composer avec les deux: «Il arrive cependant que, dans l'Église, il existe des gens occupant des postes importants qui n'ont pas toujours une expérience pastorale très grande; ils sont portés à être davantage professeurs qu'autre chose. Évidemment, c'est ce qui fait à la fois la richesse et la faiblesse de l'Église.» Il en est ainsi des souverains pontifes eux-mêmes: «On a même eu des papes qui étaient comme cela, et, le pape actuel, c'est un professeur qui forcément va rappeler les vérités. Quand on regarde Jean XXIII, qui était un bon pasteur, il dégageait une tout autre image.»

    Pour sa part, Benoît XVI a pris la relève de Jean-Paul II, qui possédait un charisme extraordinaire: «Il partait avec deux prises contre lui, comme on dit. En plus, il avait une image assez négative dans les médias, qui ne l'ont pas beaucoup popularisé à son arrivée; il est entré en fonction comme un mal-aimé de ceux-ci, qui actuellement ne lui donnent pas beaucoup de chances.» Dans le cas particulier de sa déclaration sur le sida et l'usage du condom, c'est ce qui s'est produit: «Essentiellement, le pape a dit que ça prenait deux choses pour combattre cette maladie, soit des moyens mais aussi un changement de mentalité. Il a prononcé cette phrase laissant entendre que les condoms n'étaient pas à eux seuls la solution parfaite; on a sorti ces propos de leur contexte et tout cela a été largement amplifié.» Il clarifie sa position: «Comme si le pape avait dit qu'il ne fallait pas utiliser les condoms. Voyons donc! Quand quelqu'un a le sida, c'est son devoir de protéger les personnes avec lesquelles il a des relations.»

    Un système dangereux

    En cette période pascale, Jean-Claude Turcotte se montre très préoccupé par la pauvreté, qu'il considère comme rien de moins que de «la dynamite sociale». Il porte ce regard sévère sur la tourmente économique actuelle: «On a l'impression que le système capitaliste a atteint des limites sur le plan des profiteurs, et il a commis des abus épouvantables qui le rendent dangereux. Il va falloir qu'on se convertisse en quelque sorte à une meilleure répartition des richesses. Au fond, la crise actuelle a peut-être cela de bon que de nous conduire vers ce virage.»

    Il lance ce message à l'occasion de Pâques: «Celui-ci est fondé sur l'espérance qu'on doit donner aux gens. C'est de leur dire: à la mort de Jésus, les disciples étaient très découragés, mais il y a eu la résurrection et la vie s'est poursuivie. Je pense qu'il ne faut pas perdre espoir, même si cette crise économique va nous faire souffrir. Il y a quand même des gestes qui vont être faits et on est en train d'enlever ces profits absolument mirobolants destinés aux chefs d'industrie, pour en arriver à une meilleure répartition des richesses.»

    Le temps est venu de passer à l'action: «Il y a des sources d'espoir là-dedans et, en tout cas, il y a des hommes publics qui se lèvent et qui se montrent de plus en plus sensibles à toutes ces choses-là. Voilà ce qui est source d'espérance, et il me semble que c'est à la portée de tout le monde: même si on souffre sur le plan économique, il est possible de faire quelque chose pour combattre la pauvreté.» À ce propos, il souligne que le but principal du voyage du pape en Afrique était justement de sensibiliser les esprits à la pauvreté et à la lutte pour la paix, ce qui est passé pratiquement inaperçu dans le tourbillon médiatique autour du sida et du condom.

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