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Lire religieux - Darwin et Dieu : une mésentente cordiale

Un portrait posthume de Darwin par John Collier, peint en 1883
Photo : Agence Reuters
Un portrait posthume de Darwin par John Collier, peint en 1883
Le dominicain et homme de science français Jacques Arnould entretient une véritable fascination pour Darwin, auquel il a consacré plusieurs ouvrages. Le Requiem pour Darwin, qu'il vient de faire paraître à l'occasion du 200e anniversaire de naissance du savant et du 150e anniversaire de la publication de son maître-livre, L'Origine des espèces, est un essai plein de tendresse et d'admiration mesurée pour le père de l'évolutionnisme.
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  • Jean-Pierre Audet
    Abonné
    lundi 30 mars 2009 02h56
    «Pas de dessein bénéfique»
    Darwin, cet homme sensible à la nature et qui avait étudié en théologie, dut être longtemps tiraillé avant de se prononcer contre l'existence d'un Dieu bienveillant veillant au bien de sa création. Il se disait finalement agnostique. Pour qualifier un homme de science, j'aime beaucoup ce terme d'agnostique. Car aussi bien ceux qui affirment que la science nie l'existence de Dieu que ceux qui sont certains qu'elle la confirme doivent être renvoyés dos à dos. Car la science ne pourra jamais se prononcer sur une question qui échappe complètement à son domaine, ne pouvant répondre qu'à un acte de foi ou d'incroyance. Or chacun de ces deux engagements de la volonté aidée ou non de la grâce, ne peut relever d'une certitude scientifique. Hubert Reeves a bien distingué les deux domaines, l'un répondant au «comment la création est faite», l'autre au «pourquoi nous sommes au monde». D'où ma conviction profonde que la seule position scientifique au sujet de Dieu ne peut être qu'agnostique, que l'on croie ou non à l'existence de Dieu.

    André Comte Sponville a raison de dire que la question de l'existence ou non de Dieu doit être dissociée de la question morale. Le seul fruit exclusif de la foi me semble d'un tout autre ordre. De celui de la Joie de se savoir aimé(e) infiniment, alors que tout tendrait à nous convaincre que la vie n'a aucun sens. Non pas la certitude donc de quoi que ce soit en dehors de nous, mais la conviction profonde qu'en nous se trouve une réalité qui dépasse toutes les conceptions que nous pouvons nous en faire : la réalité d'un Amour infini et inconditionnel. C'est vers là que l'Église devrait s'appliquer à orienter ses catéchèses. Le règne d'un Dieu tout puissant intervenant en faveur des bons et damnant les méchants devrait disparaître pour de bon de tout paysage religieux. Si Dieu existe - ce que je crois - il ne dirige de l'extérieur ni le grand dessein créateur, ni la morale humaine. Il ne peut être que lové au coeur même du croyant qui, se sachant aimé d'un Amour premier, essaie à son tour de répandre l'amour dans un monde qui en a de plus en plus besoin. Du moins est-ce là la conception que se fait le Nouveau Testament du Dieu chrétien : un être d'Amour aussi faible et dépourvu devant la souffrance humaine que le plus pauvre des humains, et qui ne peut que l'assumer jusqu'à la mort, non pas pour l'éliminer, mais pour lui donner sens à l'intérieur de chacun. D'où la conviction du chrétien que Jésus est ressuscité et nous a ressuscités avec Lui. Toute autre certitude relève de l'illusion dont Darwin a essayé de débarrasser ses concitoyens.

  • A/s Gilles Beaudet Maison Marie-Victorin
    Abonné
    lundi 30 mars 2009 10h17
    Audet et l'Évangile, l'Évangile ?
    Jean-Pierre Audet énonce ici sa théorie que certains partageront sans trop de difficulté. j'aimerais cependant que Jean Pierre Audet démontre comment sa théorie se rattache à l'enseignement et à l'Incarnation de Jésus, envoyé de Dieu. selon les témoignages du Nouveau Testament.

  • Marc A. Vallée
    Abonné
    lundi 30 mars 2009 17h43
    Science et religion
    J'aimerais profiter de l'occasion pour partager ma vision peu orthodoxe de la religion, dans la lignée de la série récente sur la religion et les québécois à Télé-Québec.

    J'ai été élevé dans la foi catholique par mes parents et été impliqué dans la liturgie à l'adolescence. Puis, jeune adulte, j'ai eu comme conjointe une française qui m'a fait découvrir Sartre et Feuerbach (j'avais déjà lu Camus, Malraux et Saint-Exupéry). Pendant de nombreuses années, je n'ai pas pratiqué et j'ai déclamé mon athéisme. Puis, rencontrant une nouvelle femme, nous nous sommes mariés à l'Église. Etait-ce pour Dieu? Etait-ce pour la foi? Non, c'était pour le lieu, l'Église et ses cloches. Nos enfants ont été baptisés avec le même sens de retrouver une tradition. Aussi, pendant plusieurs années, nous avons été une famille québécoise typique, catholique mais non pratiquante.

    Cependant, des besoins grondaient en moi. Je sentais de plus en plus le besoin d'une spiritualité. Je lisais sur la spirualité amérindienne, je praticais la méditation. Mais ce n'était pas suffisant. Je sentais le besoin de retrouver mes racines. L'occasion de notre déménagement en Ontario m'a amené à précipiter les choix. J'ai commencé à aller à la messe familiale le dimanche avec mes enfants dans une église catholique française. Au début, me revenaient toutes sortes d'objections en entendant des phrases sur la vie après la mort. Puis, tranquillement, le plaisir du lieu est revenu, ainsi que le goût de chanter. Mes enfants rencontraient leurs amis et développaient de nouvelles habiletés. Dimanche dernier, mon fils de 12 ans a lu la prière universelle. Quelle belle préparation pour devenir conférencier comme je le suis à l'occasion!

    Est-ce que je crois plus aujourd'hui? Je ne pense pas. Je vois la religion comme une quête, comme une recherche des humains pour comprendre le monde dans lequel ils vivent, d'une façon différente de la science. Le christianisme prolonge une tradition issue des Hébreux, mélangé d'inflences quecques et romaines. Si je pratique, je ne me sens pas d'accord certaines positions de l'Église, comme en matière de contraception. Je vois la hiérarchie catholique comme un groupe de males célibataires, avec ses propres biais. Finalement, mon opinion est que l'expérience humaine est limitée à une période entre la naissance et la mort. La vie après la mort est d'abord dans la mémoire de ceux qui m'ont connu, dans mes publications et dans mes enfants.

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    lundi 30 mars 2009 17h48
    Dieu (s'il existe) n'est pas interventionniste.
    Alors pourquoi les gens prient-ils Dieu? Parce que cela donne des résultats! Eh oui! La prière existe depuis la nuit des temps. Si la prière ne donnait pas de résultats, au moins dans certaines circonstances, il y a longtemps que les gens ne prieraient plus!

    L'effet de la prière s'apparente à l'effet placebo. Bien sûr, la prière ne fera pas repousser une jambe coupée, mais elle pourra par exemple favoriser la guérision de certaines maladies. Ainsi, si une personne prie pour guérir, elle guérira peut-être plus vite qu'une autre qui a perdu espoir, par l'effet de mécanismes physico-chimiques déclenchés par l'esprit. L'esprit réagit sur le corps, et le corps réagit sur l'esprit, c'est bien connu. Ou encore, si on dit à une personne qu'on va prier pour sa guérison, cette personne guérira peut-être plus vite qu'une autre à qui l'on n'a rien dit. Enfin, si on prie pour la guérison d'une personne, mais que cette personne ne sait pas que l'on prie pour elle, l'effet de la prière est nul pour cette personne.

    La religion et la prière ont un effet sécurisant chez les gens. Ce sont des béquilles pour ceux qui ne peuvent pas marcher (vivre) par eux-mêmes.

    Plus j'avance dans la vie, plus je me rend compte qu'à part leur préoccupation de l'amour du prochain, toutes les religions telles que vécues et enseignées sont d'énormes fumisteries. Je continue cependant de croire en l'Homme, même si parfois j'ai de sérieux doutes! Et avec tout le mal qui se fait dans le monde, le diable doit sûrement exister!

  • Jean-Pierre Audet
    Abonné
    mardi 31 mars 2009 01h49
    L'enseignement du Nouveau Testament
    Je ne suis pas certain de ce que veut savoir M. Beaudet. Est-ce bien de développer mon affirmation que l'enseignement du Nouveau Testament nous parle essentiellement de l'Amour premier de Dieu pour nous et de notre Joie de répandre cet Amour autour de nous ? Pour l'Amour premier de Dieu pour nous, un Amour inconditionnel, nous n'avons qu'à relire tous les textes évangéliques qui ont trait à la Brebis perdue, à l'Enfant prodigue, à la Femme adultère, pour n'en nommer que trois, pour nous convaincre que Dieu est Amour inconditionnel. Ajoutons cependant la première Épître de Jean où il est question explicitement de ceci : « Dieu est amour » (ch.4, versets 8 et 16 si ma mémoire est bonne). Et ailleurs : « Ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu les premiers ; c'est Lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils pour nous sauver. » Encore ceci dans un des Évangiles (Donnez-vous le plaisir de le retrouver) : « Je ne suis pas venu pour condamner le monde, mais pour le sauver. » Et surtout ceci dans l'Évangile de Jean : « Si quelqu'un m'aime, mon Père l'aimera ; nous viendrons en lui et nous ferons chez lui notre demeure. » Vous pourrez facilement retrouver ce texte du magnifique Évangile de Jean. Je vous y convie grandement. Vous y trouverez tout plein d'autres perles. Dans d'autres Évangiles, vous trouverez aussi des textes qui peuvent s'interpréter comme une condamnation. Il faut savoir les lire à la lumière de ceux qui parlent d'Amour. Oui je crois sincèrement que sans l'Amour, nous sommes condamnés à une certaine mort intérieure, à une certaine damnation, celle de notre ego devenu hypertrophié et dévorant. Mais cette mort intérieure sera alors notre choix. Il nous appartient de nourrir ce qui nous fait vivre et ce qui répand la vie, comme tout le chapitre 13 de la première Épître de Paul aux Corinthiens nous le dit si bellement : l'hymne à l'amour. Relisez-le sans parti pris ; vous serez pris, mais positivement !

  • Jean-Pierre Audet
    Abonné
    mardi 31 mars 2009 09h40
    Suite sur l'Amour
    Le dessein divin que les néo créationnistes veulent à tout prix voir dans la création à mesure de son développement à travers les espèces en évolution, ce dessein divin est beaucoup plus magnifique que ce qu'ils peuvent imaginer. Il n'est pas dans ce qui passe et meurt. Il réside de toujours à jamais dans l'être divin même, dans son infinie Tendresse déjà à l'oeuvre dans la Trinité d'amour. Et le plus beau, c'est que nous recevons en partage, ici et maintenant, les fruits de cet amour dynamique, circulant déjà en Dieu en une farandole toute en Joie et en Harmonie.

    Vous allez vous demander avec raison si je ne suis pas en train de rêver. Oui, je le suis, mais dans un rêve éveillé. C'est celui, tout simple, de la foi. Pour être cohérent avec une telle foi, je n'ai d'autre choix que de me brancher directement sur l'Amour qui ne passe pas. Les richesses passeront ; la beauté passera ; la santé passera ; l'amour charnel passera. Mais le témoignage tant de la Bible, déjà dans l'Ancien Testament (rappelons-nous Qoelet : «vanité des vanités») et surtout dans le Nouveau, rejoint le témoignage de Bouddha, des Védas millénaires, de plusieurs gourous de l'inde et des grands sages de la philosophie, tels Marc Aurèle qui dut guerroyer pour conserver l'Empire romain et qui pourtant s'adonnait à la philosophie de l'intériorité. À preuve un petit extrait de lui : "Réfléchis souvent à l'enchaînement de toutes choses dans le monde et à leurs rapports réciproques, elles sont pourrait-on dire entrelacées les unes aux autres et, partant, ont les unes pour les autres une mutuelle amitié, et cela en vertu de la connexion qui l'entraîne et de l'unité de la matière" écrit Marc-Aurèle dans Pensées pour moi-même (VI, 38).

    Marc Aurèle n'était que l'un des milliers de sages qui ont compris la même Révélation que Jésus nous a faite : la compassion et l'amour que nous devons nous porter les uns les autres viennent directement de notre appartenance à la même réalité. Jésus l'appelait le Royaume des cieux. Même réalité donc dans l'être, notre participation à l'éternité divine d'amour. Même réalité aussi dans le passager, l'intemporel, l'impermanent, le monde des formes qui apparaissent et disparaissent. Nous n'avons qu'à imaginer, disons dans cent cinquante ans, celui qui nous apparaît le plus abject de nos concitoyens. De nous imaginer dans un même regard nous aussi au même moment. Où seront nos différences ? Néant. Mais que seront par ailleurs nos ressemblances ? Tout : l'être, le Royaume dont parlait Jésus, l'amour, surtout l'amour qui résume tout en lui. « Ne jugez pas si vous ne voulez pas être jugés. » Cette phrase attribuée à Jésus prend tout son sens à la lumière de ces deux extrêmes : l'être impérissable dont nous sommes partie prenante... et l'existence passagère dans la matière en constante transformation, passant par de continuelles morts et résurrections. Celle de Jésus est la Résurrection maîtresse, entraînant tout dans son sillage, instillant dans notre pauvre chair cet éclair d'éternité qui nous accompagnera à jamais. Comment cela pourra-t-il se dérouler dans les faits ? Quelle importance ? Demain prendra soin de lui. Contentons-nous d'aujourd'hui : nous sommes dans l'Amour. Mieux nous sommes l'Amour si nous osons accueillir une telle révélation sur notre être profond. Voilà ma foi. Et en ce jour, la partager fait ma joie. Comme disait Ronsard : « Vivez si m'en croyez, n'attendez à demain... »

    Jean-Pierre

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