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    Venant Cauchy, 1924-2008 - Identité personnelle et culturelle au coeur de la mondialisation

    3 avril 2008 |Venant Cauchy | Éthique et religion
    À l'occasion du décès de Venant Cauchy, survenu à Laval dimanche, nous publions des extraits d'une communication inédite qu'il a présentée au dernier congrès de l'Association des sociétés de philosophie de langue française, en août 2006 à Budapest. M. Cauchy fut non seulement professeur émérite au département de philosophie de l'Université de Montréal mais aussi président de l'Association des sociétés de philosophie de langue française ainsi que président de la Fédération internationale des sociétés de philosophie.

    Au coeur de la vie humaine, il y a une propriété primordiale: la liberté. L'humain est libre de ses choix, tout ce qui fait obstacle à cette libre détermination fait obstacle à l'humain. Voilà pourquoi l'essentiel humain sur le plan philosophique doit s'affranchir de tout impérialisme comme moyen de contrainte et de manipulation et favoriser la démocratie comme rapport de l'humain à ses sources profondes, comme expression de ses besoins et de ses libertés fondamentales.

    Les confrontations doivent céder le pas à des apports possibles des autres cultures à la nôtre, pourvu que nous n'y répondions pas par la répression, le refus, la haine, la guerre. C'est vraisemblablement de cette manière que nous encourageons l'expression de la raison intelligente et de la liberté de choix afin de ne pas sombrer dans les affres de l'étroitesse d'esprit, de la domination des autres personnes et des autres cultures, dans l'instrumentalisation inconsciente de la raison subordonnée à des finalités qui en sont indignes.

    Rapports nouveaux

    C'est ainsi que l'identité personnelle vise à s'émanciper et à s'épanouir dans des formes de rapports entre cultures et nations que nous appelons d'un nom nouveau: la mondialisation.

    L'identité culturelle, tout en étant moins rigoureuse que l'identité personnelle, se traduit par un ensemble de caractéristiques propres aux personnes et à leurs multiples potentialités. Les diverses identités culturelles ont tôt fait d'atteindre et de dépasser les frontières spatiales auxquelles elles peuvent prétendre. Elles en arrivent à provoquer des frictions qui aboutissent à des guerres.

    L'avancée culturelle aboutit ainsi à ce qu'on a appelé «une instrumentalisation de la raison». D'abord vouée à l'entente et à l'harmonie, la raison instrumentalisée tend, devant l'altérité culturelle, à la haine, à la destruction. La raison devient ainsi, en contradiction avec elle-même, un moyen de domination et d'impérialisme.

    Fortunes énormes

    Une seconde forme de cette instrumentalisation vise à privilégier, au mépris de l'humain, des activités sans doute importantes mais qui sont loin de satisfaire aux normes d'une libre rationalité. Dans un monde en proie à la maladie et à la famine, d'énormes fortunes s'accumulent dans les mains de certains individus. La revue Forbes publie une liste annuelle des 50 plus grandes fortunes du monde. La raison en est à ce point violée dans ses exigences minimales que ces quelques grandes fortunes ou accumulations de richesse dépassent en ampleur la quasi-totalité de l'avoir ou du produit national brut (PNB) de nombreux pays du monde. Une seule grande fortune Forbes peut correspondre à l'avoir de quelque dix millions de citoyens des pays les plus pauvres de la Terre.

    La raison n'est pas faite pour accumuler des biens matériels. Si sa finalité nouvelle est d'accumuler des biens ou de servir des visées de domination, elle n'est plus la raison.

    L'irrationnel destructeur

    On se rappellera le mythe de Midas qui, ayant favorisé dans un concours le dieu Apollon, se vit récompenser par celui-ci en obtenant que son voeu le plus cher soit exaucé. Il souhaitait que tout ce qu'il touchait se transformât en or. Ce qu'il touchait — eau, nourriture, etc. — se transformait en or, mais évidemment, il ne put survivre. Ce que Midas demandait était irrationnel et conduisit à sa destruction. L'irrationalité de l'accumulation des richesses est ainsi dénoncée dans ce mythe, récit symbolique qui montre bien que ce qui se pose en contradiction avec la raison aboutit à la destruction de l'humanité.

    Un dernier exemple du détournement de la raison par son instrumentalisation, celui de la bombe atomique: le président Truman rendit grâce à Dieu de lui avoir donné la bombe atomique au moment où il la fit larguer sur Hiroshima et Nagasaki. L'hyperpuissance états-unienne complète aujourd'hui son bouclier antiatomique pour faire échec aux bombes dont les autres pourraient vouloir la gratifier.

    Aux confins des cultures du monde, là où elles se rencontrent et devraient s'interpénétrer, se renforcer, elles cherchent des techniques de plus en plus efficaces pour s'autodétruire. Puissions-nous déceler suffisamment le germe d'amour qu'enferment et exigent la raison et la lumière.












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