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Fédération des femmes du Québec - La vigilance s'impose

« On ne peut pas avoir seulement des chartes et des lois, il faut aussi des politiques sociales »

Michèle Asselin, présidente de la Fédération des femmes du Québec
Photo : Jacques Nadeau
Michèle Asselin, présidente de la Fédération des femmes du Québec
En 40 ans, il y a eu des gains. Mais pour la présidente de la Fédération des femmes du Québec, beaucoup reste encore à faire.

«Au Québec, comme au Canada, on peut dire qu'on a presque atteint l'égalité des droits pour les femmes. Cependant, dans les faits, il reste de très nombreuses formes de discrimination. Nous poursuivons donc nos luttes pour contrer la pauvreté, les violences et toutes les formes de discrimination envers les femmes.»

Voilà le portrait de la situation des femmes que trace Michèle Asselin, présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) — «une "vieille" fédération toujours d'actualité!», lance-t-elle en éclatant de rire.

Fondée en 1965, la FFQ se définit comme une organisation féministe qui vise l'atteinte de l'égalité entre hommes et femmes dans toutes les sphères de la société. «La FFQ a marqué l'histoire du Québec, affirme sans hésiter sa présidente, puisque nous avons été de toutes les batailles pour l'avancement du droit des femmes au Québec. Et nous sommes toujours aussi actives.» Elle ajoute qu'il est fort dommage que le terme féministe ait si mauvaise presse puisque «le féminisme, c'est avant tout la poursuite de la lutte pour l'égalité des droits des femmes».

En tant que féministe et présidente de la FFQ, Mme Asselin constate sans peine que le Québec a fait d'immenses pas en avant depuis 30 ans, de l'adoption des chartes des droits et libertés de la personne jusqu'à la reconnaissance des unions de même sexe et des parents de même sexe. «On est aussi assez fières d'avoir obtenu, après plus de dix ans de lutte, le nouveau congé parental, dit-elle. C'est certainement un gain très important.»

Des énoncés théoriques aux politiques concrètes

Si Michèle Asselin se dit ravie de l'avancement des droits des femmes, elle déplore néanmoins l'absence de politiques venant en appui concret. «On ne peut pas avoir seulement des chartes et des lois, il faut aussi des politiques sociales», tranche-t-elle.

Prenant l'exemple de la situation des mères monoparentales, elle rappelle qu'au Québec, si on est bénéficiaire de l'aide sociale ou étudiante, l'État reprend une grande partie de la pension alimentaire destinée aux enfants. «C'est aberrant!» Une autre discrimination systémique est le fait que l'État n'assure pas suffisamment de services auprès des personnes en perte d'autonomie. «Or, ce sont à plus de 80 % du temps les femmes qui relèvent ce défi, dénonce-t-elle, et ce, parce qu'elles n'ont pas le choix!»

De surcroît, selon elle, on ne doit pas simplement souhaiter un meilleur soutien à ces «aidantes dites naturelles», mais on doit surtout assurer la prestation de services publics suffisants pour que les femmes puissent décider de soutenir un proche en perte d'autonomie, mais sans être obligées de le faire.

«Plus globalement, nous nous devons de débusquer et de mettre à jour toutes les formes de discrimination systémique qui défavorisent les femmes, dit-elle. Sans cesse, nous nous mobilisons pour obtenir des gains... même si, ces temps-ci, cela signifie souvent de chercher simplement à maintenir des acquis.»

Contre le 100 $ adéquiste

La présidente de la FFQ constate en effet que, ces dernières années, la situation des femmes est plutôt précaire. Elle dénonce entre autres la proposition du chef de l'ADQ qui préconise de remettre 100 $ par semaine aux mères désirant demeurer à la maison pour s'occuper de leurs enfants. «Non seulement une telle politique représenterait un net recul pour les femmes en général, mais surtout, elle ne répond vraiment pas à la réalité des mères d'enfants de moins de cinq ans», dit-elle.

«Il est nettement plus important de compléter le réseau des services de garde où il manque de places», estime Michèle Asselin. Il faudrait aussi s'assurer que les services de garde disposent de toutes les ressources nécessaires pour s'adapter à la réalité du marché du travail, en offrant par exemple des horaires atypiques. Il faudrait aussi des services qui peuvent s'adapter aux besoins de trois ou quatre jours par semaine. «C'est beaucoup plus vers ces perspectives-là qu'on doit aller que vers le 100 $ par semaine de M. Dumont, qui marquerait en fait un retour en arrière.»

Somme toute, estime la présidente de la Fédération des femmes du Québec, il faut davantage mettre l'accent sur de nouvelles mesures pour favoriser l'autonomie économique des femmes. «Par exemple, celles qui travaillent au salaire minimum 40 heures par semaine n'atteignent même pas le seuil de faible revenu calculé par Statistique Canada. La grande priorité de nos revendications porte par conséquent sur l'augmentation du salaire minimum à 10,16 $ de l'heure. Le gouvernement de l'Ontario s'est engagé à le faire d'ici 2010. Pourquoi pas nous au Québec?» Pour la FFQ, sortir de la pauvreté est un choix de société, non pas un choix individuel.

Visées économiques et idéologiques

Néanmoins, lorsqu'on compare la situation des Québécoises à celle des Canadiennes, il y a de quoi se consoler.

«Il faut dire que les Canadiennes nous envient beaucoup, confirme Michèle Asselin. Au Canada, il y a une grosse bataille au sujet des services de garde, le Québec figurant comme le modèle à suivre. Il est aussi question des congés parentaux, où on est encore le modèle...»

De surcroît, les Canadiennes admirent notre vaste réseau de groupes d'aide et d'entraide, nos groupes d'action locaux, le réseautage avec les organisations syndicales, les comités de femmes au sein des groupes communautaires qui luttent contre la pauvreté, etc. «Ils n'ont vraiment pas ça au Canada!», résume-t-elle.

Elle constate en fait que si le gouvernement du Québec a tendance à réduire ou à limiter certains services, c'est avant tout par souci d'économie, alors qu'au Canada, le combat des femmes se bute davantage à des motivations morales.

«Par exemple, le gouvernement de M. Harper préconise d'augmenter l'âge du consentement sexuel chez les jeunes... tout en abaissant celui où on peut les juger comme des criminels adultes, rappelle-t-elle. C'est aberrant!» En outre, plusieurs élus conservateurs surveillent de près les possibilités de restreindre les droits à l'avortement. De même, le gouvernement Harper a décidé de ne pas mettre en place un plan national de garderies. «On sent donc qu'il y a une droite plus idéologique qu'économique, indique Mme Asselin. Au Québec, on est davantage confronté à une vision économique plutôt qu'à un retour en arrière, comme c'est le cas au Canada.»

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  • Diane-Gabrielle Tremblay
    Inscrite
    samedi 8 mars 2008 13h55
    Il y a plusieurs visions économiques et non une seule...
    Au Québec, ce n'est pas à une vision économique qu'on est confrontés, mais bien à une vision FINANCIERE des choses, une analyse coût-bénéfice qui ne tient pas compte de tous les bénéfices non quantifiables notamment. ET il faut rappeler qu'il existe plusieurs visions économiques et non une seule. On confond trop souvent la vision économique (diversifiée, large, ) et la vision FINANCIÈRE des choses, qui limite l'analyse à une vision des coûts et bénéfices financiers et quantifiables uniquement.

  • Dominic Pageau
    Abonné
    dimanche 9 mars 2008 01h30
    Qu'est-ce qui correspond à la réalité des mères d'enfants madame Assselin?
    J'en reviens juste pas de ces discours dogmatique issu de l'Église féministe. Il y a qu'une seule façon d'être libre et ça passe par le travail. Rester à la maison sans trop souffrir de pertes financières parce qu'on reçoit une aide du gouvernement, ça ne correspond pas aux besoins des mères?

    Si je comprend bien, la seule chose qui correspond aux besoins de la mère c'est qu'elle retourne au travail le plus vite possible suite à l'accouchement et c'est d'ailleurs pour ça qu'elle a de besoin d'une place en CPE. C'est vrai que si on regarde notre société, c'est peut-être un recul quand une femme rester à la maison pour s'occuper de ses enfants, mais à avis, quand tu t'en vas dans le clos, c'est pas négatif le reculon.

    Les féministes et le patronnat, même combat, on fait tout pour que les femmes passent leur totalité de leur vie active au travail. Étrangement, dans ce dossier, le féminisme, le capitalisme et le communisme pronent tous la même chose. Pour les communistes, une femme à la maison est une perte pour la collectivité car elle s'occupe seulement de quelques enfants et d'un adulte alors que si elle était travaillait en dehors de chez elle, elle travaillerait pour un plus grand nombre. De plus, pour les communistes, l'influence des parents est mauvaise pour les enfants, donc on doit faire en sorte qu'ils passent le moins de temps avec leur enfant.

    Je ne veux pas vivre dans ce monde où la famille et les enfants n'ont plus vraiment de valeur.... Mais tous les médias et les groupes de pressions travaillent pour ça.

    C'est ça le Québec il faut croire, la pensée unique, pourtant contrairement à ce qu'on nous dit, non, plutot, contrairement à ce qu'on veut nous faire croire, il y énormément de femme qui voudrait avoir le 100$ pour rester à la maison, je dirais même que c'est la majorité et c'est pourquoi cette mesure fait si peur à nos idéologues.

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