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Conseil du statut de la femme - « On a l'impression qu'on a perdu du terrain dans certains domaines... »

«L’inéquité salariale, c’est le catalyseur de toute la discrimination systémique dont les femmes sont victimes», explique Christiane Pelchat, présidente du Conseil du statut de la femme. Photo: Conseil du statut de la femme
«L’inéquité salariale, c’est le catalyseur de toute la discrimination systémique dont les femmes sont victimes», explique Christiane Pelchat, présidente du Conseil du statut de la femme. Photo: Conseil du statut de la femme
Le message de Christiane Pelchat, la présidente du Conseil du statut de la femme, est on ne peut plus clair: le Québec a beau se targuer d'être parmi les sociétés les plus évoluées sur la planète, les femmes doivent encore se battre au quotidien pour gagner, mais aussi pour maintenir, leur droit à l'égalité avec les hommes.

«Nous devons faire preuve d'une vigilance constante, parce que le travail est toujours à refaire, lance sans hésiter Christiane Pelchat. Il ne faut pas oublier qu'il est toujours difficile pour les femmes, même dans le Québec de 2008, de prendre leur place dans l'espace public. Nous vivons toujours dans un monde fait par des hommes pour des hommes.» Le constat est à la fois simple, direct et déconcertant.

Alors que le Conseil du statut de la femme (CSF) ête cette année ses 35 ans, les exemples de luttes à mener ne manquent effectivement pas. Mme Pelchat souligne d'entrée de jeu l'épineuse question de l'équité salariale, puisque, plus de dix ans après l'entrée en vigueur de la Loi sur l'équité salariale, à peine 47 % des entreprises ont complété son application. «On n'a même pas la moitié du chemin de fait en 10 ans d'application de la loi, déplore-t-elle. C'est très inquiétant, parce que c'est obligatoire, donc les entreprises devraient en théorie se conformer à la législation. Le problème, c'est que la loi n'est pas très coercitive. On n'a peut-être pas non plus été très énergique dans son application.»

Cette bataille, une aventure de décennies, a donc valeur de symbole pour les femmes, croit Christiane Pelchat. «L'inéquité salariale, c'est le catalyseur de toute la discrimination systémique dont les femmes sont victimes. C'est l'exemple patent de cette discrimination. Tous les métiers à prédominance féminine ont historiquement été moins bien payés au Québec que les métiers à prédominance masculine.»

Selon elle, les entreprises ne manifestent d'ailleurs pas suffisamment de volonté de mettre en application la législation. «Les entreprises visées par la loi ne sont pas très pressées d'augmenter les salaires de leurs employées, estime la présidente du Conseil. Imaginez, 80 % des entreprises qui ont respecté la loi ont dit qu'elles l'ont fait parce qu'elles étaient obligées par la loi. Ce n'était donc pas une question de volonté.»

Miser sur l'équité

Comme il reste encore beaucoup à faire, Mme Pelchat a plaidé récemment pour un renforcement des pouvoirs de la Commission de l'équité salariale, mais aussi pour une bonification des ressources qui lui sont accordées, devant la Commission de l'économie et du travail. Celle-ci avait le mandat de tracer un portrait de la situation, dix ans après l'entrée en vigueur de la loi.

À cette occasion, le Conseil du statut de la femme a justement déposé un mémoire sur le bilan de l'application de la Loi sur l'équité salariale. Parmi les éléments soulevés, on demandait notamment que la Commission de l'équité salariale «mène une réflexion globale sur la situation des salariées non syndiquées afin de déterminer les meilleurs moyens de les rejoindre par ses campagnes de sensibilisation, pour faire en sorte que la loi s'applique vraiment à elles».

Le Conseil proposait également que les entreprises comptant de 10 à 49 personnes salariées soient tenues de remettre leur rapport d'équité salariale à la Commission de l'équité salariale. Celle-ci devrait procéder à une vérification aléatoire de la conformité à la loi de ces rapports ainsi que des programmes d'équité salariale. De plus, le document suggérait que le contrôle du maintien de l'équité salariale soit exercé aux quatre ans, sur la base d'un rapport remis à la Commission de l'équité salariale, et que cette dernière puisse procéder à une vérification aléatoire des rapports que lui soumettront les entreprises.

Une autonomie à faire

Il importe d'ailleurs de rappeler jour après jour, insiste Mme Pelchat, que «l'autonomie économique des femmes est fondamentale dans l'atteinte de l'égalité. Et cette autonomie passe par un principe simple: à travail égal, salaire égal».

Or, sur ce point, «on a l'impression qu'on a perdu du terrain dans certains domaines et c'est inquiétant, explique-t-elle. Par exemple, ça fait des années que le Conseil se bat pour que les femmes aient accès à des postes non traditionnels. Mais faute de mesures de conciliation travail-famille, les femmes se retirent du marché du travail et donc, elles sont encore pauvres. Il ne faut pas oublier qu'au Québec, les plus pauvres d'entre les plus pauvres, ce sont des femmes, et ce, dans toutes les catégories d'âge».

La présidente du CSF redoute que certaines mesures viennent aggraver la situation, dont l'idée de l'Action démocratique du Québec d'offrir 100 $ par semaine — ou 50 $, selon les compromis faits pour le budget du 13 mars prochain — aux familles qui n'ont pas recours aux services de garde. «C'est un retour en arrière, c'est-à-dire "les femmes à la maison et les hommes au travail". C'est un discours dangereux», lance-t-elle, convaincue que la mesure s'adresse d'abord aux mères.

«On dit aux femmes: "Ne contribuez pas à un régime de retraite, ne contribuez pas au Régime des rentes du Québec". Donc, on leur enlève toute possibilité de développer leur autonomie économique, soutient cette femme engagée depuis des années. Quand on sait qu'un ménage sur deux finit par un divorce, on condamne bien des femmes à devenir dépendantes de l'aide sociale, et ce n'est vraiment pas ce qu'il y a de mieux pour vivre. "Vous allez être encore plus pauvres", c'est ça qu'on dit aux femmes.»

Au lieu d'aller dans cette direction, Christiane Pelchat plaide pour que Québec crée 20 000 nouvelles places en services de garde. «Au Québec, rappelle-t-elle, depuis l'instauration du régime des garderies à cinq, puis à sept dollars, on a le plus haut taux de femmes actives au Canada parmi les mères d'enfants de moins de six ans. On parle d'un taux de 76 %. C'est une belle réussite.»

Travail et famille

Et maintenant que ce sont majoritairement des femmes qui sortent des universités avec un diplôme en poche, le gouvernement devrait tout mettre en oeuvre afin de leur faciliter l'accès au marché du travail. De cette façon, souligne la présidente du Conseil, on pourrait commencer à réduire l'écart salarial très important qui perdure au Québec entre les hommes et les femmes.

Celui-ci se situe actuellement à une moyenne de 11 000 $ par année. Pour que la chose se réalise, poursuit Mme Pelchat, les mentalités devront elles aussi faire un bond en avant, afin que les hommes prennent davantage au sérieux leur devoir de conciliation travail-famille. Et là, le chemin à parcourir est énorme, même si elle note un changement progressif des mentalités chez les jeunes générations.

Et ce n'est pas tout. Il faut aussi s'attarder davantage aux écueils qui guettent les plus jeunes, observe-t-elle, notamment l'hypersexualisation de l'espace public. Ce phénomène, soutient-elle, cantonne les femmes au rôle de «sois belle et tais-toi». Bref, malgré les réussites, la présidente du Conseil du statut de la femme en appelle à un effort collectif pour éviter que ce beau rêve d'une véritable égalité ne demeure au stade des voeux pieux.






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  • Dominic Pageau
    Abonné
    samedi 8 mars 2008 01h45
    Il y a un hic, en général, les hommes travaillent plus d'heures semaines que les femmes.
    « Et c'est vrai dans tous les domaines, même chez les avocats, les médecins, les pharmaciens, etc etc etc.

    Et on plus tendance à prendre des emplois à temps partiel et par dépit, par choix.

    Donc il est parfaitement normal qu'il y a un écart entre les salaires annuels moyens des hommes et des femmes.

    Mais ça, les féministes l'oublient et travaillent fort pour que les femmes adoptent la même attitude que les hommes face au travail. »

  • Diane-Gabrielle Tremblay
    Inscrite
    samedi 8 mars 2008 13h51
    l'écart salarial n'est pas dû uniquement aux différences d'heures, il persiste même si l'on tient compte de cette différence
    « La différence d'heures de travail peut expliquer une partie de l'écart, mais depuis des décennies, l'écart persiste, même si l'on tient compte de ces différences, ou que l'on normalise les écarts dus aux différences d'heures, de scolarité, etc. »

  • Michèle Dorais
    Abonnée
    samedi 8 mars 2008 17h09
    un hic qui n'en est pas un
    « Le hic, en général, c'est que les femmes travaillent deux fois plus fort que les hommes pour un salaire moindre. Ce n'est pas tant dans la quantité que dans la qualité qu'il faut apprécier le travail. »

  • Dominic Pageau
    Abonné
    dimanche 9 mars 2008 03h06
    Les femmes ne travaillent pas deux fois plus, c'est un mythe.
    « Parfois c'est vrai qu'elles travaillent plus fort que les hommes, qu'elles mettent plus d'effort, mais au bout, on a le même résultat, donc comme le résultat est le même, il est normal que le salaire le soit aussi.

    Et il est vrai qu'on ne peut pas tout expliquer avec le nombre d'heure travaillé, il faut ajouter à ça les années sabbatiques prisent pour toute sorte de raison, ça nuit à l'avancement et on peut ajouter à ça qu'elles ont moins d'ambitions professionels que l'homme.

    Mais bon, même avec toutes ces différences d'attitude face au travail entre l'homme et la femme, il est vrai que dans certains cas(le différence systèmique, c'est de la propagande féministe, c'est dans leur habitude)il y a de véritables écarts qui devraient se régler au cas par cas.

    La loi sur l'équité salariale a été taillé sur pièce pour donner des augmentations aux femmes, au grand plaisir des centrales syndicales, on compare des pommes et des oranges dans cette loi. »

  • Jean-Philippe Trottier
    Inscrit
    dimanche 9 mars 2008 14h13
    Une idéologie fausse et moribonde
    « Lisez donc un bouquin intitulé « Le grand mensonge du féminisme ». On y lit, argument par argument, toute la mythologie du féminisme essentialiste et victimaire.
    Il est temps que le féminisme ait un contre-discours contre lequel se mesurer car tout n'y est pas mauvais ni bon.
    Pourquoi les hommes se taisent-ils encore en 2008? »

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