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L'égalité au quotidien - « Les mentalités changent peu à peu »

Des ententes modulées en fonction des régions

En Gaspésie, une table de concertation en condition féminine est déjà en place depuis plusieurs années. Photo: Tourisme Québec
En Gaspésie, une table de concertation en condition féminine est déjà en place depuis plusieurs années. Photo: Tourisme Québec
La régionalisation de la politique gouvernementale visant l'égalité entre les femmes et les hommes passe notamment par la conclusion d'ententes s'adaptant aux réalités et aux priorités des 17 régions administratives de la province. Observations.

Dans l'application de la politique gouvernementale visant l'égalité entre les femmes et les hommes, des ententes, modulées au gré de la couleur régionale, voire au gré des enjeux locaux, prennent parfois la forme d'une entente administrative d'une durée d'un an ou deux, parfois la forme d'une entente triennale dite spécifique. Dans ce dernier cas, une signature ministérielle est requise. Reste que ces ententes sont toutes orchestrées par les conférences régionales des élus (CRE) de chaque région, avec l'appui des instances ministérielles régionales et autres partenaires, tels que le réseau scolaire et les groupes de femmes. Bref, c'est selon le cas, et tout cela demeure assez complexe pour qui fouille un peu.

Qu'importe, ce qu'il faut surtout retenir, c'est que ces ententes ont toutes la même visée: rehausser les conditions des femmes dans leur milieu respectif, soit à l'échelle humaine, économique, scolaire et politique. Les défis sont grands, mais le retroussement des manches a commencé.

Ces ententes, précise Michèle Grenier, directrice de la régionalisation au Secrétariat à la condition féminine, une instance liée au ministère de la Culture, des Communications et la Condition féminine, découle d'une des six grandes orientations gouvernementales en condition féminine. Ainsi, l'orientation «Vers une plus grande participation des femmes aux instances décisionnelles» contient une mesure qui promeut l'égalité entre les femmes et les hommes dans la gouvernance locale et régionale. Cette mesure est assortie d'une enveloppe annuelle d'un million de dollars permettant la réalisation d'ententes régionales. En clair, pour chaque dollar que Québec consent à une entente, la CRE et ses partenaires respectifs consacrent également un dollar.

Cette mesure semble porter ses fruits puisque toutes les régions ont décidé d'en tirer profit, confirme Mme Grenier. À preuve, au moment de notre recherche, des ententes administratives et spécifiques étaient en cours de négociation ou tout près d'être signées. Difficile toutefois d'obtenir les détails, discrétion ministérielle oblige, nous a-t-on répété. Par contre, d'autres régions, dont la Capitale-Nationale et la Gaspésie, ont déjà des ententes en poche.

Gaspésie

Justement, en Gaspésie, «on en est à notre troisième génération d'entente», lance Gilbert Scantland, directeur général de la CRE, ajoutant que le CRCD de la région, l'ancêtre de la CRE, avait «déjà mis en place une table de concertation en condition féminine et créé un groupe de travail». Cela dit, la CRE de la Gaspésie-Les-Îles vient de confirmer le renouvellement de l'entente de collaboration en condition féminine (2008-11). «Notre entente, qui n'a pas besoin d'une signature ministérielle, précise M. Scantland, se démarque par le fait que nous avons réuni beaucoup de partenaires de la région autour de cette cause, soit les commissions scolaires, le cégep, plusieurs ministères et, bien sûr, la Table de concertation des groupes de femmes. Et l'enveloppe budgétaire de 741 000 $ est issue de la région.»

Marie-Thérèse Forest, coordonnatrice de la Table de concertation des groupes de femmes de la Gaspésie-Les-Îles, salue le soutien «inconditionnel de notre CRE et des partenaires dans notre lutte pour améliorer les conditions de nos femmes dans la région. Grâce aux efforts de concertation et des ententes, dit-elle, les mentalités changent peu à peu. On travaille beaucoup pour changer les comportements. Chez nous, la violence conjugale est une triste réalité, la pauvreté aussi. Vous savez, le combat des femmes à travers le Québec se ressemble et il nous faut continuer à briser l'isolement et l'exclusion sociale. Il y a des projets concrets et positifs qui se réalisent, il faut aussi le dire.»

Outaouais

En Outaouais, si le taux d'emploi et de scolarité des femmes est plus élevé que la moyenne québécoise, cette réalité en cache une autre quand on y regarde de plus près, observe Gisèle Bernard, responsable du bureau régional du Conseil du statut de la femme. «Dans certaines MRC, comme celles de Papineau, de Pontiac ou encore de la vallée de la Gatineau, près de Maniwaki, on retrouve un taux d'emploi faible qui est comparable à celui qui prévaut en Gaspésie.»

Tristement, la violence conjugale fait aussi rage en Outaouais. «Nous sommes, dit-elle, malheureusement toujours dans le peloton de tête en matière de violence conjugale. Et c'est particulièrement préoccupant chez les jeunes âgés de 12 à 17 ans. On parle de violence amoureuse. Nous avons dans cette catégorie le taux le plus élevé au Québec après le Nord-du-Québec.»

Dans cette région, il est aussi question d'une entente administrative soutenant le plan d'action sur la diversification des choix professionnels des filles et des femmes, notamment dans les métiers non traditionnels et les professions d'avenir (2007-08). Sur cette question, on nous a référé à Stéphanie Boisvert, directrice d'Option Femmes Emploi. «Dans le cadre de cette entente, nous sommes à organiser une tournée régionale dans les écoles pour sensibiliser tant les filles que les garçons à cette question. On leur dit que les métiers n'ont pas de sexe. On leur dit aussi que tout est possible. Le message doit être positif.»

Côte-Nord

Positif, c'est un mot que répétera souvent en cours d'entrevue Françoise Richard, responsable du bureau régional du Conseil du statut de la femme de la Côte-Nord. «Avec les années, on note plusieurs bons coups. Par exemple, en 1995, on s'est doté d'un fonds régional pour favoriser l'émergence de l'entrepreneuriat féminin. Aujourd'hui, ce fonds est fort de 700 000 $ et plusieurs autres régions s'en sont inspirées pour en créer un à leur tour.» Quels types d'entreprises ont émergé de cette initiative? «Les projets sont multiples. Je pense notamment à un traiteur, à un gîte, à un fleuriste, ou encore dans le secteur de l'agroalimentaire, soit dans les petits fruits, particulièrement la canneberge biologique.»

Sur la Côte-Nord, une entente spécifique est à venir, note Mme Richard. Une entente qui, selon elle, permettra de poursuivre le travail des femmes en vue d'une pleine participation dans la société. «Nos femmes sont toujours d'attaque. Ce sont des femmes qui se sont toujours retroussé les manches du fait qu'elles ont longtemps été isolées, sinon seules; les hommes allaient bûcher dans le bois ou allaient pêcher. Plusieurs d'entre elles sont encore isolées, particulièrement celles qui vivent sur la Basse-Côte-Nord, où la route ne se rend toujours pas. Mais on les aide et on les soutient par différentes actions.»

Oui, mais...

Toujours sur la question des ententes, Blanche Paradis, coordonnatrice du Réseau des tables régionales de groupes de femmes du Québec, avance ceci: «Ce sont vraiment des ententes qui s'adaptent aux réalités régionales, aux enjeux locaux. Il est question parfois de logement social, d'accès à des emplois de qualité, et parfois de services de garde, de services de transport ou encore de financement.»

Est-ce que les tables régionales de groupes de femmes sont de facto parties prenantes aux ententes? «Non, pas de facto! Ça varie d'une région à l'autre. Elles ne sont pas toujours invitées par la CRE à y participer. On trouve à peu près 28 % de représentation féminine au sein des conférences régionales des élus. C'est un monde qui est très masculin. Notre travail consiste donc à construire des ponts et à développer des partenariats. Un travail qui se fait au quotidien», rappelle Mme Paradis.

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