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L'affaire Mulroney-Schreiber - Les députés sont-ils désireux de connaître la vérité ?

Bien que Stephen Harper ait semblé ne plus vouloir d'enquête publique sur les liens d'affaires entre l'ex-premier ministre Brian Mulroney et le lobbyiste Karlheinz Schreiber, il a finalement convenu d'en instituer une, mais une fois terminées les audiences du comité d'éthique qui examine le même sujet aux Communes. L'opposition a toutefois été prompte à y voir une tactique de diversion. Pourtant, il ne tient qu'aux députés de hâter cette enquête en concluant la leur au plus tôt. Surtout qu'à ce jour, ils se sont montrés, sauf rares exceptions, incapables d'aller au fond des choses.

Mais qui veut connaître enfin la vérité? Ces parlementaires ne sont pas tous impatients de voir un commissaire indépendant prendre en main le dossier. Si les gens du Bloc québécois et du NPD se disent prêts à suspendre le travail du comité, les libéraux, eux, sont d'un autre avis. Résolus à continuer, ils sont favorables, déclare le député Brian Murphy, à siéger «après février» et même à entendre «plus de témoins» que les 12 déjà prévus.

Or, ces liens obscurs entre l'ancien chef conservateur et le démarcheur de fabricants d'armes, aucune commission ne pourrait commencer à les élucider avant des mois. Cet inévitable délai laisse aux députés amplement de loisir pour d'aller, d'ici là, faire face aux électeurs. Plus que la recherche de la vérité ou l'intégrité des institutions, toutefois, c'est leur sort aux urnes qui paraît surtout les préoccuper.

On comprend mal, dans ce contexte, que le conseiller de M. Harper, l'universitaire et juriste David Johnston, ait envisagé, sinon de restreindre l'enquête aux témoignages rendus au comité, du moins de laisser une commission s'y appuyer. Moins compréhensible encore: pourquoi donc, empruntant au langage des affaires, veut-il que le gouvernement procède d'abord à une «analyse coûts-avantages» afin d'établir «la portée d'une enquête publique»?

M. Harper n'a pas écarté l'idée qu'une telle commission puise aussi aux travaux du comité, mais il n'a pas, non plus, déterminé quel mandat il lui confierait, ni quelles en seraient les ressources et la durée. M. Johnston, qui devait suggérer les termes de ce mandat, a plutôt dressé une liste des questions à poser, remettant à plus tard la tâche délicate de définir l'objet précis de l'enquête et les pouvoirs du commissaire.

Il semble donc que la commission d'enquête ne touchera pas à certains sujets brûlants:

- Ainsi, l'achat d'appareils Airbus par Air Canada a fait l'objet d'investigation par la Gendarmerie royale. La GRC n'a rien trouvé qui ait donné lieu à des poursuites. Un nouvel examen, dit-on, ne permettrait pas d'en venir à une autre conclusion. En matière de crime financier, pourtant, la GRC n'a pas un palmarès brillant.

- Quant aux projets d'usines d'armement allemandes en sol canadien, aucun n'a jamais été accepté, dit-on, encore moins subventionné. Il apparaît certes plausible que l'on ait tenté d'acheter l'influence de fonctionnaires ou de politiciens. Mais si des gens ont donné ou obtenu de l'argent à cette fin, ils n'iront pas s'incriminer de bon gré. Mais n'est-ce pas le cas de toutes les affaires de corruption?

- L'argent off-shore qui a contribué à évincer Joe Clark du Parti conservateur pour y loger Brian Mulroney est une affaire connue, sinon bien établie. Mais la plupart des personnages qui y furent directement mêlés sont décédés depuis. Aussi, à moins de révélation inédite, quel cabinet voudra rouvrir ce dossier?

Une affaire privée ?

Reste les liens d'affaires entre Brian Mulroney et Karlheinz Schreiber. Ici, la commission n'est pas encore formée que son mandat est remis en question. Des juristes prétendent qu'elle peut seulement examiner des enjeux d'intérêt public. Fort bien. Or, une entente comme celle de l'ancien chef conservateur avec le célèbre lobbyiste ne serait qu'affaire d'ordre privé. Vraiment?

Il y aurait, en somme, un sujet à éclaircir, mais aucune commission habilitée à en traiter. On croit rêver. Dans quel pays, en effet, sauf en régime de dictature ou de brigandage, le commerce des armes deviendrait-il une affaire privée quand d'anciens politiciens y sont payés en argent liquide à même des fonds étrangers? À cet égard, M. Johnston a dressé une série de questions fort pertinentes. De telles questions sont de nature à débusquer un abus public même déguisé, le cas échéant, en transaction privée.

Pourtant, aux Communes autant que devant une commission indépendante, l'affaire Mulroney-Schreiber ne pourra guère être élucidée avec le seul témoignage des protagonistes. La crédibilité de l'un et de l'autre est en lambeaux en raison de leur silence passé, de leurs contradictions ou de l'invraisemblance de leurs explications.

Par contre, si l'argent liquide est difficile à prouver, surtout passé de main à main en chambre d'hôtel, les opérations bancaires, les documents de voyages, les dépenses d'affaires, les déclarations fiscales laissent des traces. Les communications téléphoniques ou électroniques aussi. Jusqu'ici, assez de pièces écrites ont été produites pour justifier un examen plus poussé des faits, mais rien encore qui permette d'en départager les versions. Il en faut davantage.

Au comité d'éthique qui demande à Schreiber de soumettre ses carnets de note et ses relevés bancaire suisses, son avocat, Edward Greenspan, propose que l'on en exige autant de Mulroney — et même des déclarations d'impôt et les reçus de coffrets où l'argent obtenu de Schreiber aurait été mis en sûreté. De tels documents n'auraient-ils pas déjà dû être remis aux autorités?

Le lobbyiste, dit-on, étire ses «révélations» pour éviter d'avoir à comparaître en Allemagne, où il fait face à diverses accusations. Mais rien n'explique le retard sinon le refus de l'ex-premier ministre de rendre publics des documents qui permettraient de confirmer ses dires. Peut-être avait-il de bonnes raisons de ne pas alimenter la controverse à son sujet. Mais la situation dans laquelle il se débat désormais n'est plus la même. Sa réputation sera à jamais ternie s'il ne livre pas de preuves objectives des faits qu'il évoque.

L'homme, poursuivant Ottawa pour diffamation, croyait en avoir terminé avec le cauchemar d'Airbus en obtenant d'un gouvernement libéral, qui l'avait mêlé à une présumée histoire de pots-de-vin, des excuses publiques et plus de deux millions de dollars en indemnité. Aujourd'hui, d'aucuns prétendent qu'il n'aurait pas obtenu un tel règlement si son «entente» avec Schreiber avait été connue.

Brian Mulroney crut à l'époque avoir été visé par des adversaires. Peut-être a-t-il plutôt été victime d'une grossière expédition policière ou d'une bourde bureaucratique. Il se serait alors agi, non de pots-de-vin allemands ou de comptes suisses, mais d'inconduite grave au sein du gouvernement canadien. En fermant ainsi ce dossier, n'a-t-on pas laissé dans l'ombre le vrai scandale? Finalement, il aurait mieux valu que le procès ait lieu, et que cette étrange mise en cause d'un chef conservateur soit élucidée.

Justement, pour examiner cet obscur épisode de l'appareil fédéral, point n'est besoin d'enquête publique ni d'une batterie d'avocats. Une revue des dossiers de la GRC et du ministère de la Justice permettrait de savoir pour quelle raison les citoyens du pays n'en ont pas eu pour leur argent. Pourquoi ne pas confier cette tâche à la Vérificatrice générale?

redaction@ledevoir.com

Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l'Université de Montréal.
 
 
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  • Louis Lapointe - Abonné
    13 janvier 2008 23 h 21
    Le réseau de tous les secrets
    Bonjour M.Leclerc

    Depuis des lunes, l'homme est fasciné par ce qu'il appelle la «boîte noire», cet endroit de l'homme qui ne nous a pas encore révélé tous ses secrets. Qui y a-t-il dans le cerveau de l'homme ? Qui avait-il dans le cerveau de tel homme pour qu'il agisse ainsi? On s'est longtemps interrogé sur le cerveau de Mozart, creusant le sol pour trouver ce crâne qui nous expliquerait son génie. Nous aurions tant voulu savoir ce qu'il y avait dans la tête d'Hitler, la destruction de son cadavre par le feu nous empêchant à jamais d'obtenir de précieuses explications sur le monstre qu'il fût, plusieurs de ses secrets s'étant envolés en fumée avec lui. L'homme veut savoir, c'est dans sa nature.

    Pourtant, certains obstacles plus virtuels que matériels freinent sa curiosité. Ainsi, lorsqu'un journaliste nous explique qu'il a tout fait pour recueillir une preuve qu'il n'a pu obtenir, cela devient souvent pour la majorité d'entre nous l'évidence de l'inexistence d'un fait. Parce qu'il n'a pas trouvé, le fait n'existe pas. Mieux, pour certains journalistes, les complots n'existeraient tout simplement pas parce qu'on ne peut pas les prouver.

    Ce que ces journalistes oublient fréquemment de nous rappeler, c'est qu'ils doivent tous les jours composer avec des limites légales qui les empêchent de révéler des informations qu'ils ne peuvent corroborer, souvent parce que les preuves n'existent pas, parfois parce qu'elles sont protégées par le secret professionnel. Si bien que partout dans le monde, des faits, des événements, et même des complots n'existent pas officiellement parce qu'ils sont dissimulés derrière un rideau opaque que l'homme a dressé lui-même au milieu du monde réel au moyen de pures fictions légales pour que des secrets demeurent à jamais inaccessibles au commun des mortels ; pour que l'inexpliqué devienne l'inexplicable; pour que des politiciens puissent dire qu'un événement n'a pas eu lieu parce qu'on n'en a pas parlé à la télévision ou parce qu'il n'en a pas été question dans la presse écrite.

    Alors que la rigueur des avocats réside dans la préservation du secret professionnel à l'abri duquel on ne peut clairement distinguer vérité et mensonge, les zones grises étant leur pain et beurre, celle des journalistes réside au contraire dans la révélation de la vérité au grand jour. Les premiers ne peuvent trahir leurs clients, fussent-ils des politiciens véreux, alors que les seconds ne peuvent franchir une frontière au-delà de laquelle toute vérité n'est pas bonne à dire si elle n'est pas avérée, cela constituant un pire crime pour le journaliste qui la dévoile que pour l'avocat qui la dissimule en toute légalité. Grâce à cette frontière qu'on appelle le secret professionnel, qui sépare avocats et journalistes et que chevauchent les plus habiles politiciens, des faits d'intérêt public risquent de ne jamais être divulgués.

    Nous devons souvent nous satisfaire de demi vérités à cause d'un système où l'éthique des avocats est en perpétuelle opposition avec celle des journalistes, les politiciens les plus adroits, tels des funambules, marchant sur cette ligne ténue qui sépare vérité et mensonge. Sans pouvoir l'affirmer avec certitude, nous soupçonnons tous qu'une multitude de squelettes traînent dans autant de placards protégés par une armada d'avocats. Ces noms d'entreprises et de politiciens qui nous viennent automatiquement à l'esprit dès qu'on évoque certains scandales, comme autant d'invocations qui attirent le mauvais oeil, ne peuvent être associés avec les mots honnis que sont «corruption», «fraude», «délit d'initiés» et « conflit d'intérêts», devenant aussitôt source d'incommensurables malheurs pour ceux qui osent les prononcer, comme autant de sorts jetés par de mauvais génies qui désormais les poursuivront sans répit.

    Il ne nous reste donc plus que cette petite boîte noire qui fascine tant les scientifiques pour imaginer ce qui se passe dans tous ces grands cabinets d'avocats où logent d'anciens premiers ministres, ministres, ambassadeurs et chefs d'entreprise, ayant tous en commun d'être avocats et de posséder une quantité faramineuse d'informations et de contacts stratégiques protégés par le secret professionnel, qu'ils partagent entre eux dans l'intérêt d'anciens contacts et amis devenus leurs clients. Ce mur du secret, que les politiciens ont volontairement légalisé et qui autorise à taire des informations privilégiées, est non seulement l'objet qui cache le scandale, mais également ce qui lui confère toute sa pertinence. Mieux un secret est gardé, plus grande est sa valeur.

    Qui oserait sérieusement croire que les secrets les plus précieux, confiés aux plus grands de ce monde maintenant devenus avocats au sein de grands cabinets, demeureront emprisonnés dans leurs petites boîtes noires comme autant de trésors dissimulés au fond de coffres-forts ? Serait-ce méconnaître la nature humaine que de présumer que certains d'entre eux, malgré leur devoir de réserve, n'offriront pas leur lanterne magique aux premiers venus contre de généreux émoluments garantissant à ces anciens monarques et princes déchus les conditions d'une existence paisible ? Les puissants réseaux qu'ils ont tissés au sein de ces grands cabinets ne recèlent-ils pas cette matière à présomption que les journalistes les plus curieux pourraient élucider à défaut de révéler leurs secrets les mieux gardés ? Qui sait, en suivant leurs traces, peut-être dénicheront-ils leurs secrets !


    Louis Lapointe
    Brossard
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  • Normand Chaput - Abonné
    14 janvier 2008 07 h 35
    pour devenir premier ministre, le talent ne suffit pas
    Alors on peut imaginer toutes les combines douteuses, toutes les pirouettes hasardeuses et toutes les petites ou grandes putasseries qu il fallut faire pour en arriver la. Donc pourquoi cela s arreterait apres? Pensez-vous vraiment que le travail de premier ministre lave plus blanc?
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  • roger montreal - Abonné
    14 janvier 2008 11 h 46
    Il faut étendre l'enquête
    Nous avons tous vus, l enquète sur les commandites.
    Quelques uns des plus petits, ont payés mais les gros poissons, dans les ministres et députés silence.
    Mais l enquète nous démontré, oui il y a des politiciens, des hauts fonctionnaires, qui furent maillés a ses magouilles, soit de près ou en gardant le silence.
    Non ils ne payerons jamais,/ vrai/, mais plus ses choses sont dévoilées, plus les prochains vont ètre sur leurs garde.
    C est la raison, qu il faut que l enquête soit plus large, meme si le coup est plus élevé.
    Nous ne sommes pas une/// RÉPLUBLIQUES DE BANANES//que je sache, ou tout est permis aux politiciens.
    ROGER MONTREAL
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  • Hélène Perras - Inscrite
    14 janvier 2008 13 h 36
    Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es.
    Merci M. Leclerc pour cette réflexion d'ensemble sur l'affaire Mulroney. En déterrant tous les faits autour d'Air-Bus,on pourrait tirer accidentellement quelques ficelles sur d'autres contrats et pots de vin, d'ici et d'ailleurs. C'est pourquoi, sousla pression de l'opinion publique M. Harper se voit contraint à demander une enquête, mais à portée restreinte. C'est vouloir sauver la chèvre et le chou. Les Libéraux ont eu leur scandale des commandites; les Conservateurs sont dans le bain d'eau chaude avec celle-ci. La corruption des régimes politiques, quels qu'ils soient, saute aux yeux. Que l'on soit rouge ou bleu, un coupe-jarret est là qui veille, tapi sous ses dossiers, prêt à trancher des gorges, s'il le faut, pour dénoncer ce que l'Autre a fait, pour le faire tomber et prendre sa place. Sous l'Ancien Régime, Molière prêtait à Sganarelle le constat suivant: <Un grand seigneur méchant homme est une terrible chose.> Dans notre dite <démocratie>, je dirais pire : <Un voyou au pouvoir est une terrible chose.> N'ayez crainte, M. Leclerc, nous parlerons, nous crierons au meurtre, mais nous payerons, comme nous avons toujours payé, pour les voyous que nous élisons.
    Hélène Perras
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  • Michel Lauzon - Inscrit
    14 janvier 2008 20 h 50
    Non ils ne veulent pas savoir
    Nos députés sont tous vendus à des gens du genre Schreiber, la preuve c'est que peu importe leur partis qu'ils votent tous pour la guerre.
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