samedi 11 février 2012 Dernière mise à jour 01h25
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Immigration - Aller simple pour Sainte-Clotilde

Venues d'Amérique latine, 80 familles ont fait escale à Montréal avant de s'établir en Beauce

«Nous devons tout apprendre à nouveau, même à marcher», dit en riant Bibiana Gomez en évoquant la neige, la glace et le verglas. Mme Gomez fait partie de ces 80 familles venues d’Amérique latine pour s’établir en Beauce.
Photo : Jacques Nadeau
«Nous devons tout apprendre à nouveau, même à marcher», dit en riant Bibiana Gomez en évoquant la neige, la glace et le verglas. Mme Gomez fait partie de ces 80 familles venues d’Amérique latine pour s’établir en Beauce.
Immigrer en région est loin d'être un long fleuve tranquille, même quand toutes les bonnes volontés sont au rendez-vous, comme l'a constaté le petit village de Sainte-Clotilde-de-Beauce. Et pourtant, ça peut marcher.R

En 2004, le petit village de Sainte-Clotilde-de-Beauce, qui compte quelque 570 habitants, ressent durement le manque de main-d'oeuvre. Sa population vieillit et les jeunes s'en vont. À l'initiative du centre Intégration communautaire des immigrants (ICI), dirigé par Éva Lopez, une Colombienne installée dans la région depuis une quinzaine d'années, le village décide alors de jouer d'audace et de faire venir 25 familles d'immigrants prêts à s'y installer et à travailler pour l'entreprise René Matériaux Composites, partie prenante du projet.

L'expérience ne durera qu'un an. Plusieurs des nouveaux arrivants perdent en effet leur emploi, l'entreprise devant faire face à une baisse inattendue de la demande pour ses produits, ce qui entraîne la mise à pied des derniers embauchés. Et puis les immigrants n'habitent plus le village, car les logements destinés à les loger soit n'ont pas été construits, soit étaient mal aménagés.

Constat d'échec? Ce n'est pas la conclusion des principaux acteurs de l'expérience. La fin du projet n'a pas signifié le départ des immigrants de la région. Ils se sont plutôt installés dans les villages voisins, ainsi qu'à Thetford Mines ou Saint-Georges, et certains travaillent encore à Sainte-Clotilde. Du côté de la municipalité, on envisage de répéter l'expérience, mais cette fois en préparant mieux la structure d'accueil. «On a appris de nos erreurs», dit Paulette Pomerleau, conseillère municipale.

Au village, les gens s'accordent à dire que le contact avec les immigrants était une expérience positive. Une expérience «bonne pour nos enfants pour qu'ils apprennent à s'ouvrir, à connaître, à apprendre l'espagnol», affirme une dame croisée dans la rue principale. Et le centre fondé en 2003 par Éva Lopez est plus actif que jamais en matière de services d'accueil et d'intégration des immigrants.

Pourquoi rester

Il ne faut pas chercher très loin pour comprendre ce qui a incité des immigrants à se rendre en Beauce. Le programme d'accueil de 2004 comportait des offres concrètes d'emploi. Mais une fois sur place, ce n'est pas seulement le travail qui les a incités à rester.

Ainsi, Alix Maria Zambrana, d'origine colombienne, a rencontré son époux Dominique Lavallière chez René Matériaux Composites, où ils travaillent toujours tous les deux. M. Lavallière raconte que, lors des premiers jours de travail des immigrants au sein de l'entreprise où il est chef d'équipe, on utilisait le langage de signes pour communiquer. On est allé jusqu'à confectionner une liste de noms d'outils avec leur traduction en espagnol.

Au début, les difficultés de communication faisaient naître un sentiment d'impuissance de part et d'autre, poursuit-il. Mais un programme de francisation et de compagnonnage, ainsi que la présence d'une interprète, a facilité l'adaptation mutuelle initiale, explique Chantal Baillargeon, responsable des ressources humaines de la compagnie. Et celle-ci s'est «accommodée» aux besoins suscités par la présence des nouveaux arrivants, par exemple en aménageant des horaires flexibles. A-t-on trouvé que ce genre de compromis était déraisonnable? Non, répond Mme Baillargeon, car les Québécois de souche en ont aussi profité.

C'est le genre d'approche que privilégie Éva Lopez, qui connaît bien les difficultés que rencontrent les immigrants en région. Et encore se considère-t-elle chanceuse d'avoir un mari québécois qui l'a aidée à apprendre la langue. À son arrivée en Beauce, il n'y avait aucun cours de français destiné aux immigrants et il n'existait aucune structure d'accueil. L'organisme qu'elle a créé entend remédier à ces lacunes, et elle a choisi pour y arriver de miser sur l'accompagnement: faire des démarches administratives pour le nouvel arrivant, lui trouver un logement, mettre sur pied un système de covoiturage pour aller au travail et faire les courses.

Bibiana Gomez, Mexicaine qui travaille chez Olymel, vante les mérites du système conçu par Mme Lopez. C'est grâce à un tel service, dit-elle, qu'elle a pu entretenir des rapports chaleureux avec ses collègues au travail et avec ses voisins, et ce, malgré ses différends avec la langue de Molière. Dans la même veine, afin de faciliter l'intégration de la vingtaine d'immigrants qu'elle accueille, l'entreprise Olymel a traduit en espagnol ses consignes de sécurité et certains protocoles.

Le système d'accompagnement permet également de sortir l'immigrant de l'anonymat auquel la grande ville le condamne. «À Montréal, on ne connaissait même pas notre voisin de palier», souligne Sandra Alaix, avocate colombienne qui habite Thetford Mines depuis peu. «Depuis que nous sommes ici, nous sommes des personnes ayant un prénom et un nom. À Montréal, on était un numéro, l'emploi était instable et au salaire minimum», ajoute Mme Gomez. Le passage par Montréal s'est révélé être une véritable lutte pour la survie, renchérit son mari, Eduardo Corral. Ici, on accompagne, on entoure l'immigrant, note-t-il avec satisfaction.

Tous les immigrants rencontrés disent se sentir bien reçus. Et surtout, on reconnaît leur capacité de travail, ce qui leur rend une dignité qu'ils croyaient perdue, certains d'entre ayant été prestataires de l'aide sociale à Montréal. Visiblement, ce sentiment est précieux, d'autant plus que tous les repères disparaissent lorsqu'on est immigrant. «Nous devons tout apprendre à nouveau, même à marcher», dit en riant Bibiana Gomez en évoquant la neige, la glace et le verglas.

Loin de constituer un programme officiel bien structuré, la réception des immigrants telle qu'elle est conçue par le ICI est le fruit d'un effort collectif qui a vu le jour à Sainte-Clotilde avant de se propager à toute la région Chaudière-Appalaches. Et cet effort ne fait que commencer à donner des résultats. Éva Lopez a réussi à faire s'installer 80 familles dans la région, soit 215 personnes au total, essentiellement des immigrants d'origine latino-américaine, même si, comme elle le précise, le programme n'est pas fermé aux autres nationalités.

Les immigrants participant au programme d'accueil de Chaudière-Appalaches ont dû accepter de travailler comme ouvriers, journaliers, manutentionnaires, alors qu'ils étaient avocats, économistes, ingénieurs. Ainsi, Rafael Guerrero, originaire de Colombie, a dû faire le difficile deuil de sa profession de géologue pour devenir ouvrier chez Olymel. Le prix de ce deuil était la «dignité» de pouvoir travailler dans des conditions qui lui permettent de faire ce qu'il ne pouvait pas faire dans son pays d'origine: se projeter dans l'avenir. S'il a renoncé à sa profession, Rafael Guerrero affirme que son statut actuel lui permet de se voir avec ses enfants dans 20 ans. Et sa femme Sandra ajoute: «Nos enfants seront ce que nous n'avons pas pu être.»

Collaboration spéciale
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • francis batt
    Inscrit
    mercredi 5 décembre 2007 09h44
    Collaboration spéciale
    Eva Lopez semble avoir trouvé un bon emploi, dans un bon créneau ! ... Es-ce nous, les contribuables, qui la rémunérons ? ... tous ceux qu'elle a fait venir ont rompu leur contrat et disparu dans la Belle Nature ! LE SEUL EMPLOI QUI MARCHE VRAIMENT, C'EST LE SIEN !
    Enfin, vive N-D de Guadaluppe... qu'Elle protège ces égarés qui ont disparu dans nos Neiges !

  • Max Roujeon
    Abonné
    mercredi 5 décembre 2007 10h19
    Encore les Beaucerons! Bravo!
    Pas grand chose à ajouter sinon la preuve que la bureaucratie et les grosses dépenses (comités, sous comités, commissions sous commissions, sommets de toutes sorte etc) ne valent pas et ne vaudront jamais le goût de faire arriver les choses. Fait à noter, absence totale d'intervention et d'ingérence syndicale. C'est peut être pour ça que ça a marché sinon, on en serait encore à planifier pour que tout soit parfait avant même de commencer. Comme tout le monde le sait la perfection n'est pas de ce monde, donc, rien n'aurait encore commencé sauf des dépenses exhorbitantes cela va de soi.
    Au fait...la Bauce? Elle est bien Adéquiste non?
    Ils sont pas si fous que ça on dirait!

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
2 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Articles
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012