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Mon vieux curé

Gil Courtemanche   1 décembre 2007  Éthique et religion
Quand j'ai vu le sublime témoignage du cardinal Ouellet devant la commission Bouchard-Taylor, je me suis frotté les yeux comme après un mauvais rêve. Je me retrouvais à l'école Sainte-Bernadette en 1950. Les mêmes clichés, la même foi aveugle, les mêmes admonestations. À cette époque, je croyais vraiment que les mécréants dont j'étais, ceux qui trichaient au carême, avaient de mauvaises pensées et regardaient les filles d'un air concupiscent étaient voués aux supplices éternels. Je fis mille cauchemars car la vie ne cessait de me proposer l'enfer et rarement le paradis. Je regardais le cardinal à la télé et je voyais mon ancien curé qui venait faire l'examen de catéchisme, entendant les mêmes paroles suaves, les mêmes menaces, le même constat de dépravation de la société moderne. À cette époque, je ne savais pas que je vivais dans une société moderne, mais le curé le savait, lui, et il semblait que le modernisme, notamment la télévision qui apparut trois ans plus tard, menaçait la fibre solide du peuple québécois. Voilà, je faisais un mauvais rêve.
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  • Lacaille - Abonné
    1 décembre 2007 00 h 06
    Je suis un vieux curé
    Je suis un prêtre de 68 ans et j'ai écrit sur M. Ouellet dans le même sens que vous. Et à recevoir moult réactions à mon intervention, je crois que vous donnez dans le mille. J'ai été outré par ces deux interventions de ce matamore de l'intégrisme et je vous applaudis à deux mains. Claude Lacaille, Trois-Rivières
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  • André Loiseau - Abonné
    1 décembre 2007 00 h 25
    Soldats de Dieu
    Comme à l'armée, les soldats de dieu, les vicaires et les curés qui montent en grade n'ont aucun esprit critique. Tout ce qui vient du colonel papal devient un dogme. Le dernier pape était-il pour la messe en latin? C'était d'accord. Le précédent était-il pour l'oecuménisme? C'était parfait. Contre la théologie de libération, c'était ok. Benoit se positionne-t-il foncièrement à la droite... de Dieu? Approbatives jubilations encore!
    Nous sommes envahis par les fous de Dieu. Plusieurs, chrétiens ou pas, ont du sang sur les mains.
    Pourtant, Il ne nous a demandé que de nous aimer les uns, les autres en ajoutant que c'était l'essentiel...et qu'il se sacrait autant des apparences de sainteté que des richesses réelles.
    Cette folie là n'atteint pas grand monde.
    Même chez les laïcs.
    Il suffit que cela vienne d'en haut pour que rien ne soit plus contestable.
    Cela vaut autant pour la guerre que pour les décisions des hommes du vatican.
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  • Wally Bellemare - Abonné
    1 décembre 2007 01 h 53
    Félécitations M.Courtemance...
    Super...je l'imprime et le conserve...BRAVO

    wally Bellemare
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  • Lapirog - Abonné
    1 décembre 2007 06 h 35
    En plein dans le mille M Courtemanche!
    que dire de plus et j'ai vécu cette époque.
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  • Jacques Roussel - Abonné
    1 décembre 2007 07 h 04
    Merci!
    Vous lire me fait tellement plaisir ce matin! Je rageais depuis des jours.

    Merci!
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  • Serge Charbonneau - Abonné
    1 décembre 2007 09 h 22
    Dans un même journal!
    Bravo au Devoir de publier deux textes si différents, le vôtre M. Courtemanche et celui de Mme Bombardier.

    J'apprécie grandement votre texte, dit avec finesse et appoint. Votre expérience, votre réflexion, nous amène à comprendre ce coup cardinalesque.

    Merci pour toutes ces réflexions appuyées sur notre Histoire et votre vécu, et dites avec humilité et fermeté.
    La qualité et la précision de votre écriture n'ont d'égal que la justesse de vos observations.


    Merci,


    Serge Charbonneau
    Québec
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  • Yvon Montoya - Abonné
    1 décembre 2007 09 h 37
    Merci...
    Vous n'allez pas être aimé pas Madame bombardier. Vos "préjugés", votre "ressentiment", votre "révisionisme historique qu'on croyait réservé aux totalitarismes", ça ne va pas lui plaire. Vous êtes aveuglé par la modernité, vous n'y comprenez rien de rien.
    En ce qui me concerne personnellement, j'aime votre texte en vous remerciant pourvotre contribution puisque cela démontre aux Bombardier de l'univers qu'il n'y a pas que des imbéciles sur terre. Au moins, vous offrez une réflexion vivante, ouverte, intelligente, sensible et tout en nuance. Merci
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  • Fernand Foisy - Abonné
    1 décembre 2007 09 h 52
    Touché!
    Bravo Gilles,
    Touché, right on the kisser.
    J'aime particulièrement quand tu écris:
    Les Québécois vous ont quitté parce que vous ne vivez pas avec eux, vous vivez avec le Vatican, cette incroyable bureaucratie de la foi, ce club de vieillards frileux qui pensent posséder en propre la pensée de Dieu. Dieu, s'il existe, est sûrement plus généreux, plus souple et plus intelligent que vous. Sinon, il ne serait pas Dieu.
    Comme toujours ta merveilleuse plume nous fait comprendre tout simplement ce qui pourrait de prime abord apparaît complexe pour des esprits torturés et toujours un peu coupable de tous les péchés d'Israël.
    Salutations amicales,
    Fernand Foisy
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  • Danielle Mineau - Abonné
    1 décembre 2007 10 h 32
    Voilà la question
    Monsieur Courtemanche,

    Bien sûr, bien des choses que vous dites sont malheureusement vraies. Le problème, me semble-t-il, c'est que vous manquez de nuances. Vous auriez intérêt à lire Denise Bombardier qui n'est pourtant pas une intégriste. Posez-vous la question: mon article, qu'est-ce qu'il dit de moi ? Ça pourrait vous faire réflèchir.

    Danielle Mineau
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  • Rodrigue Guimont - Abonné
    1 décembre 2007 13 h 01
    Amen, mes culottes sont pleines
    J'endosse complètement votre propos Mr. Gil Courtemanche, comme vous je suis de cette génération, Croisés et Enfants de Marie dans la tendre enfance, écoeuré et révolté à dix- huit ans j'ai lâché la galère. Je n'ai pas besoin d'un Ouellet ou d'un Turcotte pour me dire comment agir en moralité, encore moins quand les directives viennent d'un autre état. Il n'y a qu'une seule et véritable religion ici bas, c'est celle de la justice, du respect et de l'amour.
    ivan jobin
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  • mala - Abonné
    1 décembre 2007 15 h 25
    Magistral
    M. Courtemeanche, vous avez fait le tour de la question, à mon sens. Que l'église catholique d'ici fasse une profonde réflexion sur son passé, je veux bien, mais qu'elle le fasse en privé. L'individu Ouellet nous interpelle comme société alors qu'il doit régler ses problèmes en privé. Oui, SA religion nous a culpabilisés, nous a manipulés, nous a appris à mentir, à dissimuler. Oui, de très nombreuses personnes sont en colère et elles l'expriment. Mais, les repentirs de l'individu Ouellet ne sont pas crédibles puisqu'il persiste à vendre les mêmes valeurs infectes à la société d'aujourd'hui. Et il veut vendre ça à l'ensemble de la société. S'il avait la décence de se limiter à ses croyants, nous serions réceptifs, les croyances appartennant aux croyants. Mais qu'il nous balance sa demande de pardon à tout vent, à tout venant, ça ne fonctionne pas.

    Dans les années antérieures à 1960, tout le monde ou presque était influencé, concerné par les tentacules de la religion catholique. Depuis, on a pris nos distances. Alors, si l'église catholique veut perdurer, qu'elle s'adresse à ses ouailles et quelle cesse de ratisser dans le Grand monde en déversant des excuses et des demandes de pardon superficielles. Qu'elle s'adresse à sa clientèle fidèle et qu'elle leur fasse avaler les couleuvres qu'elle voudra. Nous, dans le Grand monde, on ne veut pas de ce racolage : ils considèrent les femmes comme des êtres inférieurs, ils diabolisent les homosexuels, les divorcés, ils sont contre toutes méthodes contraceptive autre que l'abstinence et condamnent sans nuance l'avortement, fort bien, mais qu'ils se restreignent à imposer leur morale à leurs fidèles. Qu'ils cessent d'intervenir dans le Grand monde, lqu'ils se limitent à leur secte, à leur espace religieux. Alors, nous n'interviendrons plus quand un Mgr se fera entendre.
    Je respecte Madame Bombardier, mais je crois qu'aujourd'hui elle ratisse trop large avec ses bémols et ses dièses. On ne peut pas sauver à la fois la chèvre et le chou. À 20 ans, j'en ai 63, j'ai abandonné la religion de mon enfance. Je n'ai pas perdu la «FOI», mais je n'ai plus celle que l'Église catholique me proposait. Le plus petit pas qu'elle devra faire pour se rapprocher de moi, c'est celui de reconnaître les femmes comme étant les égales du mâle homme. Si cette église n'est pas capable de ce petit geste, elle pourra bien se pendre, se guillotiner, s'électrocuter ou se faire hara kiri, ce sera son choix.

    Mario Laprise

    Québec
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  • Hubert Larocque - Abonné
    2 décembre 2007 02 h 13
    Une curieuse unanimité
    Le texte de M. Courtemanche convoque en fait tous les clichés antireligieux dont se nourrissent les nouveaux clercs de notre laïcité. Aussi n'est-il pas étonnant que ses pareils l'applaudissent avec une unanimité tautologique. On devrait s'interroger sur l'agressivité et la malveillance souvent dépourvues de finesse et de vérité que les interventions du Cardinal Ouellet ont suscitées. On voit bien que l'Église est restée dans le gorge de plusieurs, et pourtant, que reste-t-il après l'Église? On se vante de pouvoir créer une morale athée, mais la preuve n'en est pas encore faite. Le Comte-Sponville, pour ne nommer que celui-la, ne réussit qu'à donner une image bien délavée, médiocre d'un christianisme sans Dieu. Peut-on se relever de la terrible constatation d'un personnage de Dostoievski: "Si Dieu n'existe pas, tout est permis"? La solidarité, le partage,dont parle M. Courtemanche, il n'est pas prouvé qu'il puisse aller très loin au-delà de la charge polémique dont il est l'éphémère porteur. On ne peut atteindre l'Église qu'en retournant contre elle ses propres enseignements, et ce n'est pas là faire la preuve que l'on ait fondé quelque chose hors d'elle. Nous vous proposons une petite diversion. Il s'agit d'une lettre que nous avons écrite récemment, et qui fut censurée à l'unanimité par les "grands" journaux, pratique plus courante qu'on ne croit. La raison n'en était pas que nos propos fussent dépourvus d'idées et de style. Les lecteurs intelligents sauront bien la deviner!
    LE QUÉBEC ENTRE CATHOLICISME ET LAICITÉ
    La question nationale du Québec n'a pas été réglée, elle n'a même jamais été correctement posée. Aussi n'y a-t-il rien d'étonnant à ce qu'elle ressurgisse tout entière à propos des accommodements dits raisonnables. Dès le début, les partisans du statu quo ont pressenti le danger en tentant de nous faire croire à l'inexistence du problème, puis en suggérant diverses formes de censure et d'endiguement pour empêcher, disaient-ils, les dérapages. On a bien compris que le but en était d'interdire une interrogation fondamentale sur l'histoire, sur l'identité du Québec, sur notre dérive politique, et la gestion de données nouvelles, comme l'immigration. Récemment, la question s'est recentrée sur le religieux. On a pu entendre divers discours, souvent maladroits et excessifs dans un sens ou l'autre. Le plus tapageur cependant exprimait une aversion primaire et ignare à l'endroit du religieux. Quel équilibre définir entre tradition et nouveauté, entre religion et laïcité?
    Au Québec, peut-on réellement traiter le catholicisme sur le même plan que des religions exotiques introduites récemment par une immigration massive, incontrôlée? Le premier historien sérieux, le premier citoyen honnête et un peu informé n'ignorent pas que la religion catholique a fondé le Québec, au 17ième siècle, à égalité avec la monarchie française, et qu'elle l'a refondé quasi seule ,au 19ième siècle, en l'arrachant littéralement au dessein assimilateur de Durham, et des ancêtres de nos fédéralistes. Peut-on ignorer que c'est dans le giron paroissial, où l'Église les a recueillis après la Conquête de 1760, que les Québécois ont acquis les traits qui les distinguent comme peuple? Enfin, toutes les institutions dont nous sommes fiers, et dont l'État québécois a pris le contrôle après 1960, avaient été créées par l'Église catholique, et avaient reçu d'elle leur impulsion civique et organisationnelle. Maintenant, que la laïcité nous montre ses monuments, ses idéaux! On ne voit rien à son horizon, à part une existence rigoureusement plate, limitée à l'immédiat, amputée de toute antériorité, de toute direction vers l'avenir, et bien évidemment de toute transcendance à une existence éphémère et anecdotique. Une première évidence s'impose au regard, et c'est la marque indélébile du catholicisme inscrite dans les noms de lieux et sur nos paysages tant urbains que campagnards. À quoi ressemblerait un village québécois sans son église? Cela se résumerait à un dépanneur et à une salle de "bowling »! Et le paysage intellectuel et moral serait de la même farine, il l'est déjà.
    Non, le catholicisme est fondateur et composante de l'identité québécoise. Par là, nous ne voulons pas dire que tous les Québécois doivent être croyants, de gré ou de force. Nous savons fort bien que la foi ne dépend pas du vouloir de l'homme. Autrement, les agnostiques et les athées croiraient! Nous proposons simplement aux Québécois, croyants ou non, de s'intéresser au catholicisme comme fait culturel, historique, et fondateur, pour une part importante et inamissible, de leur identité propre. L'Église catholique est la plus ancienne institution de l'Occident. Par elle, nous avons reçu le legs de l'Antiquité, par elle, l'Occident a reçu la forme première de sa pensée et de son regard sur l'existence, l'ensemble de ses institutions, l'inspiration d'une grande partie de ses oeuvres d'art et la source de ses idéaux et de ses valeurs. La plupart des Québécois, qui s'embourbent dans la défense d'une laïcité artificielle et exsangue, par une confusion suicidaire, combattent en fait le cléricalisme qui est sorti de nos moeurs depuis au moins 40 ans. Personne aujourd'hui ne conteste qu'il y ait, distinctement, le domaine de César et celui de Dieu, mais cela ne signifie pas que les deux domaines soient sans rapport. La trame profonde de l'histoire humaine consiste dans un dialogue incessant , tantôt révolté, conflictuel, tantôt consentant et amoureux, entre César et Dieu, entre ce monde et l'éternité. Au lieu de s'entêter dans des positions antireligieuses dépassées, les Québécois devraient plutôt renouveler, réinterpréter leur rapport au catholicisme.
    On peut aussi remarquer en passant que le même travail s'imposerait par rapport à la culture française, comme origine et norme de notre culture propre. La culture québécoise, ce n'est pas seulement l'usage du français comme idiome désincarné, mais usage d'une langue qui a une origine, une histoire que nous devons assumer dans tout son poids et dans toute sa durée.
    Qu'est-ce que le Québec? Ce n'est certes pas le bilinguisme et le fédéralisme, ou encore le fourre-tout «multiculturel» que la Commission Bouchard-Taylor a reçu le mandat de substituer au Québec réel. Le Québec, c'est une bifurcation originale, à part entière, de la France du XVIIième siècle, dans ses composantes historiques, culturelles et religieuses.
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