jeudi 26 novembre 2009 Dernière mise à jour 23h43


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

L'épreuve du réel

La commission Bouchard-Taylor a subi son épreuve du réel cette semaine à Montréal. Pulvérisant les idées reçues, les voix de la santé et de l'école se sont fait entendre, démontrant avec une désarmante simplicité que, loin des grands principes et de la plus pompeuse des théories, des accommodements sont possibles. Cet écho, qui prône avec sagesse l'éthique de la différence, devrait peser lourdement dans la balance des commissaires avant qu'ils ne songent à alourdir la machine.

À des kilomètres d'Hérouxville ou de Saguenay, Gérard Bouchard et Charles Taylor ont eu droit cette semaine à un véritable condensé montréalais d'accommodements consentis sur une base quotidienne par les sphères de l'école et de la santé. Exit la théorie; bienvenue la pratique!

À eux seuls, certains témoignages composent un précieux guide pratique décliné sur les thèmes du respect, de l'ouverture et de la créativité. Des responsables de services de santé et des porte-parole de commissions scolaires ont froidement rectifié certains faits — à leur bout du spectre, les accommodements sont monnaie courante et ne créent aucune ergoterie, quoiqu'en rapporte le bazar médiatique —, exposant avec sensibilité les clés essentielles à l'entente mutuelle idéale: c'est-à-dire respectueuse des croyances des uns et des principes des autres.

À croire Marc Sougavinski, directeur général du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de la Montagne, il y a déjà bien assez de cadres théoriques, de lois et de règles pour baliser la diversité culturelle et ses demandes d'ajustements. Basta! Percutant, l'avis qu'il a livré mercredi est d'une simplicité inouïe: en milieu pluriethnique, on a beau composer avec une matière complexe, inutile de sombrer dans les formules toutes faites.

Après le choc de la différence et le jugement de l'autre — impossible à éviter —, le personnel s'affaire à comprendre l'interlocuteur, puis à tenter un rapprochement, a rappelé avec une candeur sympathique Hélène Greffard, qui travaille au CLSC Parc-Extension, véritable terreau de la pluriethnicité à Montréal.

Forts d'une grande expérience, les porte-parole des commissions scolaires et du réseau de la santé ont semé de précieuses leçons, qu'il faut placer au-dessus des autres tout simplement parce qu'elles puisent dans la réalité: la religion a beau ne pas colorer nos institutions laïques, elle ne se cantonne pas aux consciences et à la vie domestique. Bienheureux qui réussira à l'intégrer sans qu'elle envahisse. L'ajout de règles, de mesures et de balises risque d'encourager les recours à la justice; voie d'échappement, la judiciarisation ne peut être érigée en dogme.

Appuyé sur de solides principes d'éthique de l'altérité, le personnel des réseaux de la santé et de l'école ne se dérobe pas: chacun de ces cas particuliers est un défi de taille. Dans une balance où oscillent convictions personnelles, visées professionnelles, politiques publiques, lois et besoins du client, on rêve d'un certain équilibre.

Qui s'en rappelle? Avant que le port du kirpan par un élève de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys n'ébranle le Québec en 2002 et ne fasse l'objet d'une décision de la Cour suprême, la Commission scolaire de Montréal avait vécu tout en douceur, et bien plus tôt (1998), sa propre affaire du kirpan. Sans micro inquisiteur ni baguettes juridiques, la commission scolaire et les parents avaient trouvé un compromis et accepté le port par l'enfant d'un bijou rappelant le kirpan. Un vrai compromis dont on n'a jamais entendu parler.

Pour tous ces théoriciens du «nous» et du «eux», qui rêvent d'un Québec homogène, intégrateur et guéri de sa crise identitaire, le compte rendu en provenance du monde réel est source d'enseignements. La diversité religieuse dans un cadre laïque est cause d'«inconforts», certes, mais elle constitue matière à enrichissement avant d'être source de conflits.

MM. Bouchard et Taylor se transformeront bientôt en scribes studieux. Avant de soumettre de nouveaux carcans qui baliseront l'intégration de la diversité, les commissaires doivent s'attarder à ces voix venues du «vrai monde». Elles constituent leur propre épreuve du réel.

***

machouinard@ledevoir.com






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Georges Paquet
    Abonné
    vendredi 30 novembre 2007 04h57
    Trois fois bravo...
    « Il était urgent et essentiel de rappeler aux théoriciens et rêveurs d'un futur et "vrai pays" qu'ils seraient bien plus utiles à leurs concitoyens et à leurs enfants s'ils se mettaient à vivre et à croître dans le pays réel qui est le nôtre, appelons le "la nation québécoise dans un Canada uni" en n'oubliant pas que ni la vie, ni aucune structure politico-sociale ne peuvent leur promettre un séjour ici-bas où se réaliserait sans accommodements le rêve des théoriciens " des «nous» et des «eux», d'un Québec homogène, intégrateur et guéri de sa crise identitaire."
    La vie ne cessera pas d'être "un combat" et les individus ne cesseront pas d'être responsables "individuellement" de leur quête de bien-être et de bonheur. Et l'individu ne cessera pas de devoir vivre dans une société de plus en plus diverse. Le rêve et le retour en arrière ne sont pas plus souhaitables en religion qu'en politique.

    Georges Paquet »

  • Raynald Richer
    Inscrit
    vendredi 30 novembre 2007 06h27
    votre montréal imaginaire
    « voici quelques extraits des consultations de la commision à Montréal.(source Radio-canada)

    "La CSDM réclame une loi qui contiendrait trois précisions:

    # Interdiction des lieux de culte à l'intérieur des écoles
    # Interdiction des signes religieux qui cachent le visage
    # Refuser les demandes de congés supplémentaires du personnel"

    "La plupart des participants se sont dits en accord avec les principes soulevés à maintes reprises depuis le début des forums, soit la laïcité de l'espace public et l'égalité entre les hommes et les femmes."

    "un citoyen d'Outremont a dénoncé les tensions entre des citoyens et la communauté juive hassidique de son arrondissement."

    "Présence musulmane est en profond désaccord avec la position du Conseil du statut de la femme qui veut que la liberté de religion soit limitée par le droit à l'égalité entre les hommes et les femmes et qu'aucun accommodement ne viole ce principe."

    etc

    Je ne suis pas certain de bien saisir le sens de votre texte. Est-ce que vous voulez dire que le problème des accommodements est un problème imaginaire issu des régions alors qu'à Montréal (dans le monde réel), il n'y a aucun problème ?
    Je crois plutôt que l'activisme religieux est un problème réel montréalais et que les solutions imaginaires des régions (excluant hérouxville) semblent très proches de celles qui seront proposées par les habitants de la métropole. En fait, je crois que vous parlez d'un Montréal imaginaire, car rappelez-vous la commission Bouchard-Taylor n'a pas été créée en réponse à des préoccupations abitibiennes... »

  • Benoît Gagnon
    Abonné
    vendredi 30 novembre 2007 07h12
    Quand un principe ou une loi sont absolus. par Benoît Gagnon
    « La conclusion à laquelle nous arrivons, â la lumière des jugements que certains juges, est que ceux-ci penche toujours du même coté, comme la tour de Pise; c`est à dire du coté droits individuelles. Or dans la cause du kirpan le juge n`a pas considéré les conséquences de son jugement dans la société. La dérive vient du fait que nous ne considérons pas si un accommodement touche la dignité de la personne c`est le respect de son être ou bien ce qui n`est pas essentielle au respect de sa personne. Le droit à l`éducation est premier en regard des particularités liées à une pratique religieuse. Dans la pratique traitons les cas semblables de façon semblable et les cas différents de façon différente, dans le respect de la digité de tous.En fait laissons les institutions leur autonomie et la responsabilité de juger de la pertinence du bien vivre ensemble. »

  • jean claude pomerleau
    Inscrit
    vendredi 30 novembre 2007 07h52
    ''Le vrai monde'' et le réel.
    « Il faut se méfier de ceux qui disent parler au nom du vrai monde. Merci â M Raynald Richer de nous ramener dans la réalité de ce qui fut réellement proposé: Un appel pour baliser la problématique dans son ensemble dans un cadre juridique; toutefois sans que ce cadre soit trop rigide. C'est cela la réalité. Le reste relève de l'idéologie (le verbiage sur le nous et le eux qui est une ethnisation méprisante des francophones du Québec), qui est en partie un déni de réalité. Il n y a qu'un nous et c'est le nous peuple du Québec et ce peuple s'incarne dans un état (géopolitique). Essentiellement le problème c'est qu'il faut préciser les termes politiques et juridiques de cette état.Donc se donner une Constitution contenant 3 volets: Charte des droits, Charte de laîcité; codification de la citoyenneté. Imagine t on un pays démocratique et moderne sans constitution.Pas compliqué, ä moins d'être un idéologue. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    vendredi 30 novembre 2007 08h51
    Full charia mais pas au Canada s'il vous plait !
    « Si on ne fait pas assez attention, on va finir avec la charia, loi sur laquelle s'est basé le Soudan pour candamner une femme pour une histoire de nounours et une autre, en Arabie Saoudite pour s'être fait violer en ligne par 7 hommes qui n'en étaient pas...des nounours.

    Nos musulmans devraient se lever et dénoncer la justice de la charia et les pays qui l'appliquent à la place de tenter de la rentrer au Canada "ça a passé très près à Toronto", mais ils ne le feront pas, ils sont trop musulmans serviles. »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    vendredi 30 novembre 2007 09h01
    Ouf...
    « Voilà une véritable réflexion bien menée et au ton juste. On va finir par comprendre que le cosmopolitisme de Montréal et son brassage culturel sont une richesse extraordinaire pour son futur. Il faut être aveugle ou aveuglé par son idéologie pour ne pas voir que le « Nous » est devenu le « Tous ensemble». Il n'y a qu'en démocratie que ce « tous ensemble» a du sens. »

  • Michel Leclaire
    Abonné
    vendredi 30 novembre 2007 09h04
    Un ourson nommé Mahomet
    « Voila ce qui démontre que l'on ne devrait faire aucun accomodements religieux, sinon nous nous préparont des lendemains de violence:''qui ignore l'histoire est condamné à la répéter''
    Au printemps je porterai un TC avec un ourson imprimé avec le nom de Mahomet.
    L'angélisme amène la violence. »

  • Claude Guay
    Abonné
    vendredi 30 novembre 2007 09h52
    Voie de l'expérience vs voie de la raison.
    « Mme Chouinard,

    Je suis heureux d'entendre la voie non pas de la raison, mais de l'expérience qui nous dit que la vie est faite d'accommodements de toutes sortes. Je m'accommode tous les jours que Dieu fait de mes voisins, de mes amis, de mes patrons, de la circulation, des autobus et des camions, de la température, des passants, des enfants qui pleurent ou gueulent dans les magasins et les endroits publics, des vieux qui avancent à petits pas et des jeunes qui foncent, des douleurs qui viennent avec l'age et de l'age qui viennt avec les douleurs. Nous avons toujours su nous accommoder du monde qui nous entoure et les lois qui nous gouvernent suffisent amplement en cas de litiges sérieux, si on les appliquent intelligemment.

    Je n'ai pas compris, je ne comprend pas encore l'utilité réelle de la tenue de cette commission sur les accommodements. S'agissait-il de donner de la matière nouvelle à quelques journalistes en mal de scandale? S'agissait-il de répondre aux requête de l'ADQ? S'agissait-il pour le gouvernement de détourner l'attention des problèmes réels auxquels il est incapable de s'attaquer? Y avait-il de réels problèmes à régler et que nous ne sommes pas capable de régler avec un peu de bonne volonté tout en respectant les principes qui sont les nôtres? Non, il n'y en avait pas. Le problème des fermiers qui n'osent pas dénoncer ceux qui utilisent illégalement leur terre est drôlement plus sérieux et plus grave pour notre démocratie. Et ce n'est qu'un exemple.

    Merci de votre attention.

    Claude Guay »

  • Zach Gebello
    Inscrit
    vendredi 30 novembre 2007 10h42
    Réelle créativité dans les compromis et le plurimensonge.
    « C'est en Pologne qu'est né le mouvement hassidique grâce à la tolérance des Polonais envers la communauté juive. Une tolérance si grande et incomparable aux autres pays que la population juive y était la plus importante dans le monde (13% de la population). Les juifs avaient même donné le nom hébreux Polanya (ici résidence de Dieu) au pays, ainsi que Polin (ici tu devrais résider).

    La Pologne est le seul pays, pendant la deuxième guerre mondiale, sous occupation allemande, dont la population et l'État n'ont pas collaboré avec les Nazis. Pour celà, 3 millions de Polonais furent exterminés (même nombre que les juifs) dans les camps de concentration. Parcontre, pendant que les soldats polonais et la résistance polonaise (incluant des juifs) combattaient l'armée allemande sur le front ouest de la Pologne, les juifs de l'est recevaient grands bras ouverts les Russes et joignaient même l'armée rouge pour participer à l'invasion de la Pologne. Ces juifs connaissaient d'avance le pacte d'invasion signé entre l'Allemagne nazi et l'Union Soviétique, car étaient majoritaires à la direction du Parti Communiste de Pologne en lien direct avec le Komintern à Moscou. Des millions de Polonais furent déportés dans les camps de Sibérie pour y êtres exterminés. Toutes les familles polonaises d'importance dans le commerce, les fonctions d'État, minicipalités, polices, etc... furent déportées dans les camps de Sibérie et ce sont les juifs-polonais qui furent désignés par le NKVD (ancêtre du KGB, lui même dirigé par des juifs et gestionnaire des goulags de Sibérie et Kazastan) pour prendre leurs postes et même leurs maisons.

    Biensûr, ce n'est pas cette vraie histoire qui sera contée dans les écoles du "réel" de Montréal, n'est-ce pas?

    Pas plus que la vraie histoire du Québec et Canada.

    Pas plus que la vraie histoire de la religion (elles sont toutes issues de la même source).

    La réelle culture du mensonge, quoi. »

  • Michel Leclaire
    Abonné
    vendredi 30 novembre 2007 11h23
    @Yvon Montoya
    « Vous avez un raisonnement (ici c'est un euphémisme)qui n'a aucun écho, ou presque, chez moi, au Québec. Au Québec, la société est française, laïque et égalitaire. Les lois, les droits et les devoirs sont les même pour tous. C'eux qui ne sont pas à l'aise avec cela n'ont qu'a retourner d'ou ils viennent. »

  • François Beaulé
    Abonné
    vendredi 30 novembre 2007 13h00
    Ce que je comprends à cette commission
    « Je ne devine pas ce que seront les recommandations de la commission.
    Je comprends que la commission à été créée pour deux motifs.

    1. Le kirpan est un couteau et la majorité des Québécois refusent le jugement de la Cour suprême sur ce sujet. C'est-à-dire de le porter à l'école.

    2. Les Québécois de province subissent un choc identitaire quand ils apprennent certaines choses de la vie à Montréal ou quand ils viennent dans la ville et qu'ils constatent la place que les immigrés y prennent.

    Il y a aussi un phénomène médiatique.

    Les Québécois ont besoin de définir leur identité et ce n'est pas cette commission qui va le faire.
    On ne définit pas sainement une identité de façon négative, on doit le faire positivement. »

  • Jean Beaumont
    Inscrit
    vendredi 30 novembre 2007 13h16
    Accomodation des immigrants plutôt qu'accomodement en leur faveur
    « Je suis d'avis que les immigrants doivent sinon s'accommoder à la terre d'accueil, du moins s'en accommoder. Pas d'accommodement religieux, de grâce! La pratique publique de la religion ne peut que desservir notre société. Les mêmes droits coutumiers pour tout le monde, voilà la solution la plus simple. »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    vendredi 30 novembre 2007 14h41
    Où dois-je aller moi et ma famille, M. Michel Leclaire?
    « Excusez-moi si « chez vous » (vous écrivez « chez moi », c'est donc chez vous, n'est-ce pas?) au Québec je ne suis pas le bienvenu. Je vois que la démocratie du « tous ensemble » vous titille mais que voulez-vous, la démocratie est un apprentissage rigoureux, sans fin, nécessitant du temps. Au fait, où étiez-vous avant que les colons français arrivent il y a 400 ans? À ce que j'en sais avec les historiens et les anthropologues, les amérindiens vous ont dit la même chose de retourner chez vous, non?

    Foin de la polémique, je vous dirai que je ne peux retourner là d'où je viens puisque cela suppose que je reste là où je suis, i.e. la TERRE, GAIA en grec en référence à notre culture commune gréco-romaine, judéo-chrétienne. Ce serait très difficile de me renvoyer là où je me trouve. Si vous avez une solution, dites-là moi? Je suis sur une terre commune, n'allez pas me l'enlever sous prétexte que je marche sur une plate bande sur laquelle il y a écrit « Québec ». Si le Québec est égalitaire, cela signifie que j'y ai ma place, n'est-ce pas? Qu'est-ce qui fait dire à un être humain qu'un lopin de terre lui appartient plus qu'à un autre?

    L'univers aurait d'un point de vue scientifique 13 milliards 700 millions d'années, l'histoire de la vie 3 milliards 800 millions d'années, l'histoire des primates 65 millions, l'homme bipède 7 millions; l'homme fabricant d'outils n'a que 2 millions 500 000 ans, il a taillé ses premiers bifaces 1 millions d'années plus tard, il a domestiqué le feu il y a 400 000 ans; les premières sépultures avec offrandes funéraires datent de 100 000 ans, l'art pariétal, l'art mobilier et la parure (cosmos en grec, ce qui donna le mot cosmétique) apparaissent il y a 35000 ans. Comme dit un grand savant archéologue Henry de Lumley en parlant de l'homme : « Grâce aux habitations climatisées, son corps n'est plus obligé de s'adapter aux intempéries comme celui des Inuits adipeux ou des Touaregs longilignes.
    »

    Ça se dit adaptation. Ça c'est COMMUN à tous et à toutes, nous faisons partie de l'espèce humaine qui se trouve à défaut sur une planète perdue dans une immense galaxie et elle se nomme TERRE. Où voulez-vous que j'aille vous qui êtes de culture québécoise et moi de culture française; vous qui êtes laïque depuis quelques années et moi depuis presque 1 siècle et demi en inventant de plus la démocratie et les Droits de l'Homme; vous qui n'êtes pas égalitaire puisque vous avez votre Québec comme lopin de terre et moi la terre que je partage avec l'espèce humaine. Comment voulez-vous vous débarrasser des milliards de gens qui y vivent, s'aiment et créent le futur et qui vous dérangent quand ils ont le malheur, pour vous, de poser un orteil comme Cristobal Colombus son pied dans votre lopin de terre? C'est à croire que vous y étiez avant lui, pardi.

    Après avoir eu de la famille découpée en morceau et avoir été viré d'Algérie parce que français; après avoir été insulté et frappé en France par ce que d'origine espagnole et né en Algérie, après être venu au Québec, terre d'Amérique et d'immigration, où toutes les populations viennent de la planète entière (souvent tout comme moi catholique et blanche) et ne sont plus amérindiennes, on vient me signifier de rentrer chez moi alors qu'hélas, je n'ai comme seule peau l'humaine et seul lieu de repos la terre comme lieu d'habitation.

    Monsieur Leclaire, une solution, s'il vous plaît? Car ce soir je vais dire à mes enfants qu'il va falloir partir ailleurs car on n'en veut pas de nous ici. La gueule qu'ils vont faire dans leur jeunesse de faire les valises pour un ailleurs qui ne sera pas le nôtre encore et encore et encore. Si vous connaissez un lopin de terre qui pourrait être mien, n'hésitez surtout pas à me le dire, M Leclaire! »

  • Michel Leclaire
    Abonné
    vendredi 30 novembre 2007 21h06
    @Yvon Montoya
    « La réponse est simple : respectez ceux qui vous accueillent sinon aller où bon vous semble. Ce sont des gens comme vous qui créent de l'animosité et qui par leur redondance amène à la haine. Si vous n'êtes pas capables de nous respecter avec nos valeurs alors allez-vous en au plus vite.
    Il y a toujours eu entre les Français et des amérindiens d'un respect mutuel sans faille. Mon sang intègre celui des autochtones.
    Les Espagnols ont assassiné des millions d'autochtones pour leur arracher de l'or. Vous devriez avoir honte de vos ancêtres. Puis je vous suggérer de retourner en Espagne. Vous avez abusé des Incas, des Algériens et maintenant vous voudriez abuser des Québécois. Comme on dit au Québec «Over my dead body ». Bon voyage. »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    samedi 1 décembre 2007 09h51
    Heureusement...M Leclaire.
    « Ce n'est pas une réponse. C'est une pirouette.

    Heureusement, il n'y a pas que vous. Vous voyez le Québec comme une famille. Je vois le Québec comme une communauté. Je suis canadien français et vous voulez me faire perdre ma nationalité, faire un triage comme de par le passé concernant les juifs? Ce n'est pas bon. Je ne connais pas ces ancêtres et ils ne m'appartiennent pas. Vous avez raison qu'ils sont condamnables avec ce qu'ils ont fait en Amérique Latine. Je suis d'accord. Je suis américain francophone tout comme vous, je viens d'Europe. »

  • Claude Guay
    Abonné
    samedi 1 décembre 2007 15h53
    S'il vous plaît, M. Leclaire et M. Montoya
    « Je suis un québécois pure laine. Cependant, je n'en suis pas fier car ce n'est pas de ma faute si je suis né ici de parents dont les ancêtres sont arrivés ici avec les premiers martyrs canadiens. Je ne sais pas si un de mes ancêtres a participé ou non à un crime de guerre. C'est bien possible car j'ai peut-être du sang amérindien ou celte, ou romain, ou juif, ou arabes, ou franc, ou allemand, ou viking, ou ligure, ou ibère, ou goth, ou tartare. Ce n'était pas tous de gentils moines, ces gens-là, c'est certain. Et ne me demandez pas de retourner d'où je viens, je ne saurais vraiment pas où aller! De toute façon, tout ce passé m'est bien égal. Tout ce dont je suis certain, c'est que je suis, ici et maintenant, un homme - et que j'appartiens à l'espèce humaine.

    Je ne sais pas si l'humanité est belle ou non, mais cela aussi m'est égal. Ce qui m'importe, c'est de savoir si moi, je suis un bon ou un mauvais représentant de l'espèce humaine. Or, je me souviens comment, dans les années cinquante, nous avions chassé des gens de notre voisinage parce qu'ils n'étaient pas catholiques comme nous. J'ai honte de ne pas avoir eu le courage d'aller dire à ces gens: "Je vous aime car je vous sais fondamentalement honnêtes, parce que je sais qu'on vous chasse injustement, simplement parce que vous ne pensez pas comme nous." Il n'y a qu'une différence de degré entre les paroles de ceux qui disent: Si vous n'êtes pas d'accord, allez-vous en" et ceux qui veulent mettre à mort une personne qui a osé autoriser ses élèves à nommer Mahomet un ours en peluche. Pour ces paroles, pour ces gestes, j'ai grande tristesse.

    Je rejette certes tout ceux qui veulent m'imposer leur point de vue (mais sont-ils vraiment responsables de leurs actes?). Cependant, je ne me permettrai plus de chasser l'autre sous prétexte qu'il ne pense pas comme moi.Nous, les humains, ne sommes que les locataires de l'espace et du temps qui nous est attribué dans cet univers. Nous ne possédons véritablement qu'une seule chose, le corps que nous habitons et que nous demandons à tous de respecter. Pour le reste, la planète, le pays, le territoire, la ville, le village, la rue, la langue et la culture, même l'espoir et la peur, tout cela ne m'appartient pas, mais appartient à la nature et à l'ensemble de l'humanité. Il nous faut donc de toute urgence partager tout ce dont nous ne sommes que momentanément et partiellement dépositaires.

    J'ajouterais aussi que notre situation actuelle de possédant et de dominant est extrêmement fragile. Nous aurons besoin dans les années qui viennent du soutien et de la collaboration de centaines de milliers d'étrangers: Mieux vaut leur donner dès maintenant l'acceptation et l'espoir plutôt que le rejet et la haine.

    Merci de votre attention.

    Claude Guay. »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    dimanche 2 décembre 2007 16h33
    @M. Claude Guay
    « Je tiens à vous avouer que votre lettre m'a fait pleurer. Je pleure à la fois de tristesse parce qu'il n'est pas si difficile que ça de savoir qu'autrui a autant de valeur que soi, que son existence vaut le prix de le défendre aussi. Je pleure aussi de joie car il y a encore des gens de bonne volonté qui existent et qui sont prêts au partage du peu que nous possédons. Nous sommes les hôtes de la terre. Nous sommes responsables de ce qui nous entoure et non pour nous non pour moi mais pour l'humanité.
    Je suis déjà allé défendre plusieurs fois des gens que l'on ostracisé comme dans votre anecdote des gens de votre « voisinage parce qu'ils n'étaient pas catholiques » (c'était pour les mêmes raisons : c'est à moi, ce n'est pas à toi. Tu es noir, arabe et autres...), j'étais jeune et courageux (inconscient?) puisque j'avais foi en l'Humanité. Physiquement j'ai eu mal mais je fus heureux de savoir que nous savions partager avec quelques autres le même espace. Je comprends votre désarroi à ce propos. Votre lettre, je la comprends dans mon corps et dans mon âme si j'en ai une. Vous m'avez rendu heureux et plein d'espoir. Merci. »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
17 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009