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Résolument POUR le nouveau cours de culture religieuse

Martin Dubreuil - Enseignants d'éthique et de culture religieuse au secondaire  26 novembre 2007  Éthique et religion
Depuis la Révolution tranquille, notre «Il était une foi» est devenu «Il était des fois», depuis transformé en «Ils sont des fois». Et cette histoire commune continue de se raconter, nourrie par celles des autres. Heureusement, le «Nous» est devenu un «Nous autres»: ouvert, enrichi, vivant.

C'est précisément ce «Nous autres» que nous racontons dans nos cours d'éthique et de culture religieuse (ECR), depuis quatre ans déjà, au deuxième cycle du secondaire, dans une école de Montréal.

Nés dans la crèche des sciences des religions de l'UQAM, entre le boeuf et l'âne gris, âgés de 30 et de 42 ans, nous nous passionnons pour ce que l'être humain a créé et crée encore pour répondre à ses besoins de sens, de sécurité, d'exaltation, de repères éthiques, de reconnaissance, et ce, dans et hors de la sphère religieuse traditionnelle.

En tant qu'enseignants d'ECR, nous tenons à faire couler notre encre dans le débat autour du nouveau cours de religion à venir en 2008 dans toutes les écoles du Québec, du primaire au secondaire.

Voici donc notre plaidoyer «pour» le cours d'ECR à tous ceux qui sont «contre».

CONTRE: un sondage montre qu'encore 80 % des parents choisissent l'enseignement moral et religieux catholique (EMRC) pour leurs enfants.

POUR: il faut savoir que ce «vieux» sondage n'affichait pas dans ses choix de réponses possibles l'ECR. De plus, de récentes enquêtes (Centre de recherche et d'information sur le Canada, 2004, et Télé-Québec, 2007) montrent au contraire qu'un peu plus de 50 % de parents sont favorables à l'enseignement des grandes religions.

CONTRE: «Cette réforme porte atteinte à la liberté religieuse des citoyens parce qu'elle abolit le droit des parents de choisir pour leurs enfants un enseignement religieux conforme à leurs valeurs et à leurs croyances.» (Coalition pour la liberté en éducation)

POUR: le choix devrait être laissé à tous alors? Nous croyons que non. Le cours d'ECR a ce précieux avantage, et nous l'expérimentons quotidiennement dans nos classes, de favoriser la rencontre des idées et des croyances dans un même espace. Il faut entendre les élèves de diverses confessions débattre sur différents sujets avec les athées: une édifiante démonstration de discussion démocratique. C'est dans cet espace commun que s'enseignent, s'apprennent et s'expérimentent l'ouverture à l'autre et le dialogue. Nous ne favorisons pas l'approche du «chacun dans son coin», mais bien celle du «tout le monde au salon». Nous voulons vivre ensemble, non pas séparément.

Dans le monde actuel, nous pensons qu'il est nécessaire de faire connaître à tous, même aux athées, sans prosélytisme, les grands univers religieux, au fondement de la vie politique, sociale et culturelle de milliards d'êtres humains.

CONTRE: avec cette réforme, le christianisme et ses valeurs disparaîtront de la culture commune. Les jeunes Québécois perdront leur identité religieuse.

POUR: c'est tout le contraire! Il faut savoir que le cours d'ECR accorde la priorité à l'enseignement culturel du christianisme en tant que religion fondatrice du Québec. Nous observons d'ailleurs un nouvel intérêt pour le christianisme de la part de nos élèves. Confrontés dans nos classes à la religion des autres, ils veulent en savoir plus sur celle qui a spécifiquement façonné leur vision du monde. Plus fondamentalement, parce que ce cours devient obligatoire et universel, tous les élèves du Québec reconnaîtront l'importance capitale qu'a eue la tradition chrétienne pour le Québec.

Ce cours obligera les élèves de tous horizons à être confrontés à l'altérité. En présentant, par exemple, plusieurs interprétations d'un même récit, en distinguant les différents mouvements et courants de pensées à l'intérieur d'une même croyance, ce cours permet d'affronter les fondamentalismes de toutes sortes et livre un combat pacifique contre les intégrismes violents de toutes confessions.

L'heure n'est plus à la nostalgie d'un Québec monoreligieux, ni à l'imposition d'une seule vision du monde, qu'elle soit croyante ou athée. Les jeunes d'aujourd'hui, confrontés à la pluralité, sont moins frileux à l'idée d'une identité ouverte, et plus craintifs des identités meurtrières. [...]

CONTRE: ce cours ne correspond qu'à la réalité religieuse montréalaise, et non des régions.

POUR: par l'entremise des médias, tous sont déjà confrontés à la diversité religieuse! Tout le Québec a besoin de connaître les grandes religions et les philosophies humanistes qui ont formé les civilisations humaines. C'est l'humanité entière qui est aux prises avec les conflits interreligieux. La peur de l'autre s'enracine partout. Aussi, tout nous le montre, l'inculture religieuse est patente et généralisée, d'où la nécessité d'une bonne mise à jour. Il n'y a qu'à entendre certaines aberrations exprimées lors des audiences de la commission Taylor-Bouchard pour s'en convaincre!

CONTRE: c'est l'enseignement du christianisme qui nous aidera à mieux vivre ensemble.

POUR: rappelons que, présentement au Québec, les cours de religion de confession protestante ou catholique existent toujours, tant au primaire qu'au secondaire, et ce, depuis le XIXe siècle. Certains voudraient que l'on revienne aux cours confessionnels comme remède miracle aux maux contemporains alors qu'ils ne sont pas encore évacués! Est-ce à dire que ces cours ont raté leur cible? Dit autrement, on critique une société qui est déjà éduquée (à 80 %...) par des cours de type confessionnel! Ils n'ont assurément pas empêché le présent débat autour des accommodements, ni la désaffection religieuse (seulement 5 % de pratiquants catholiques au Québec).

CONTRE: on va sombrer dans le relativisme.

POUR: ce n'est pas parce le cours d'ECR présente toutes les religions que cette approche est relativiste. Elle n'est pas relativiste parce qu'elle empêche toute forme d'intégrisme. En invitant au dialogue, ce cours convie implicitement à accepter que l'autre puisse aussi avoir raison, malgré sa différence. Cependant, les croyances de l'un ne doivent pas s'opposer aux valeurs démocratiques de la société. Nous affirmons qu'il y a des valeurs qui ne sont pas relatives et qui font partie de nos sociétés démocratiques laïques: l'égalité, la tolérance, la justice, la non-violence, etc.

CONTRE: former les enseignants pour ce nouveau programme est impossible.

POUR: il faudra en effet promptement (et c'est commencé) outiller les enseignants d'ECR. Quant à nous, forts d'une solide formation universitaire en sciences des religions, nourris par une expérience de quatre ans en enseignement de la culture religieuse au secondaire, nous témoignons que cette formation est possible.

Notre enseignement se parfait d'année en année. Nous croyons que ce qui nous est demandé ne dépasse pas ce qui est exigé de la part des profs des autres matières. Maintenant qu'il n'est plus un transmetteur de foi, le nouvel enseignant d'ECR aura à observer objectivement les phénomènes religieux en leur appliquant des grilles d'analyses scientifiques (histoire, anthropologie, sociologie). Il est d'ailleurs temps de fournir aux élèves des enseignants de qualité, dûment formés dans ce domaine précis. Le Québec a souffert trop longtemps d'enseignants «de religion» formés pour une autre matière. [...]

Ce cours, avec les autres, est une aide à l'ouverture: du «Je» au «Il», pour le faire devenir un «Tu», puis un «Nous», et enfin, avec les autres, un «Nous autres»!
 
 
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  • Democrite101
    Inscrit
    lundi 19 avril 2010 09h41
    L'Éthique n'a pas besoin de suaire ou de tchador pour penser
    Non au tchador religieux pour l'Éthique

    «Éthique et culture religieuse» est un cours médiéval;

    Éthique et Sciences humaines, voilà le couple moderne et gagnant.

    Les professeurs qui le défendent sont mal formés et le programme est bancal.

    Bancal parce que l'Éthique, partie de la philosophie, n'a pas besoin de «culture religieuse» qui lui est contradictoire. En voici les raisons:

    1. La partie « Éthique» du programme est déjà immense, elle se suffit pour le temps scolaire réservé et par sa nature épistémologique.

    2. Existe-t-il une chimie religieuse, une physique religieuse, une économique religieuse ? Au Moyen Âge existait encore «nature venue de Dieu», donc sciences tenues en laisse par la religion. Il est temps que l'Éthique au Québec s'émancipe de même. L'Éthique d'aujourd'hui est celle des philosophes rationalistes de la modernité.

    3. L'Éthique, science ou réflexion sur le bien et le mal, est d'autant plus solide qu'elle s'instruit et s'inspire des sciences humaines contemporaines, notamment la psychologie, ainsi que sociologie, science politique, histoire et anthropologie.

    4. Présenter l'Éthique en tandem avec les religions, c'est lui infliger un tchador, un filtre culturel, historique et périmé, qui nuit à la conscience universelle contemporaine. Lier l'Éthique à une seule religion, c'est rien de moins que la dénaturer, ou rester médiéval.

    5. Aristote, le plus grand des philosophes, n'a jamais lié l'Éthique à la religion grecque, ni aux mystères d'Éleusis, mais à la Politique. Pour lui, l'Éthique est une partie du Politique, d'une paideia (culture). Or la culture contemporaine n'est plus mythique ou religieuse, mais scientifique (observatrice, rationnelle, expérimentale) et humaniste (centrée uniquement sur l'homme).

    7. Les jeunes doivent apprendre à vivre ensemble par les activités conviviales de toutes sortes, dont le sport, l'entreprise, les media, la pratique des arts où se vivent et se partagent les valeurs communes.

    8. Les religions sont des modèles fermés, exclusifs les uns de autres, centrées sur elles-mêmes, endogamiques, affligées d'un fixisme rigide hostile aux changements et à l'évolution, avec des chefs narcissiques, monarques à prêche unilatérale. Le monde moderne est tout l'inverse. Former l'éthique des jeunes dans ses vieux moules c'est les nourrir de vieilles farines impropropres au monde de demain.

    9. Aucune religion n'explique ses propres bizarreries, ses extravagances, ni celles de la religion d'à côté. La partie «Culture religieuse» n'est donc que de la propagande sympathique pour les religions, non l'apprentissage du vivre ensemble. On vit ensemble par des valeurs communes, non en se différenciant par des circoncisions, un caillou à la Kaba ou un tchador.

    11. Les religions découragent les mariages inter-religieux, donc on ouvre la porte aux communautarismes sectaires qui déchireront la toile culturelle du pays.

    11. Le mot «Culture religieuse» est un détournement de sens. Toute religion est affligée d'un immobilisme séculaire dans ses valeurs et ses principes. La culture, à l'inverse, vit de mouvements, de créations, de métamorphoses qui est le propre de la vie elle-même.

    11. Toute religion est funèbre, morbide, pactise avec tout ce qui est sang et mort (crucifixion, flagellation, assassinat (Ali), circoncision, privations, sacrifices, etc.). Elle est à l'origine de la plupart des conflits sanglants passés et actuels. Les trois religions monothéistes en particulier se sont propagées par le fer et par le sang (Constantin, Charlemagne et tous les rois de droit divin, Mahomet, et les Hébreux en Palestine hier comme aujourd'hui).

    12. Le racolage sémantique est flagrant. L'Humanisme est né au 16e siècle pour se libérer du divin et recentrant la culture sur l'homme, d'où Humanisme. Les philosophes chrétiens ont donc inventé l'expression «humanisme religieux» pour détourner son sens au profit de la religion contestée. Puis vient le prestige des sciences, et on nous sortit «sciences religieuses» pour flirter avec le mot «science» ( rationnelle, expérimentale, curieuse, novatrice) qui est aux antipodes de toute religion (irrationnelle, rituelle, magique et hystérique). Aujourd'hui, le maître mot est «culture», et on nous sort «Culture religieuse» qui est une antinomie.

    13. Si on veut coller Éthique et religion dans la tête de la jeunesse, on perpétue en leur jeune coeur le même drame dont la philosophie des Lumières a réussi largement à nous sortir.

    13. Que nous suffisent le conflit du Proche-Orient, l'éclatement du Liban, le scandale pédophile dans l'Église, le sexisme increvable, l'homophobie implacable, l'antidémocratisme structurel, la volonté de contrôle, le roman (du fantastique) des Évangiles dont 3 sont plagiaires du 4e, la logorrhée du Coran, l'enseignement propagandiste hard (cathéchèse) ou soft (le présent cours contesté) de toutes les religions, --et j'arrête la liste--, pour nous convaincre que ce n'est pas en mélangeant bonne bouffe (l'Éthique) et malbouffe (la religion) qu'on formera un citoyen moderne, dynamique, convivial et universel.

    14. Ce cours «Éthique et Culture religieuse» doit être amputé de sa partie «Culture religieuse». Cette dernière est la risée de tout éducateur moderne conséquent. Érasme lui-même disait des choses théologiques: «ce sont de délicieuses niaiseries». De grâce, cessons de nous laisser imposer des clochers et des balustres si pitoyables.

    Jacques Légaré, ph.d. En philosophie politique

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