samedi 28 novembre 2009 Dernière mise à jour 23h41


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Une relève rachitique

Ce n'est pas la place qui manque au Grand Séminaire de Montréal. Alors que cet établissement comptait près de 300 étudiants à la fin des années 50, il en compte 36 aujourd'hui.

Dans la grande chapelle centenaire, fraîchement rénovée, les trois rangées de bancs sculptés le long des imposants murs demeurent largement vides, même à l'heure des messes communes. «Pour avoir de la place, nous avons de la place», dit Clément Laffitte. Dans quatre ans, il deviendra prêtre... s'il ne bifurque pas en cours de formation, à l'instar de près d'un étudiant sur trois.

Cette formation est longue: deux ans pour obtenir un baccalauréat «à la romaine» en philosophie, puis cinq autres années pour décrocher un deuxième baccalauréat en théologie, suivi d'une maîtrise dans le même domaine. Les étudiants passent donc sept ans entre ces murs qu'ils habitent au quotidien (tout en restant libres de leurs mouvements les soirs et les fins de semaine: il ne s'agit pas d'un cloître).

Or l'Église a grand besoin de nouveaux effectifs. La désaffection des églises a forcé des regroupements de paroisses ainsi qu'une nouvelle répartition des tâches des prêtres au cours des dernières années. Ceux-ci doivent maintenant se débrouiller seuls là où on comptait auparavant trois ou quatre prêtres.

On en déduit donc qu'il faut vraiment avoir la foi pour se lancer dans de telles études. Et c'est vrai, reconnaissent en choeur Clément Laffitte (38 ans), Jean-François Roy (23 ans) et Denis Leblanc (52 ans), trois séminaristes rencontrés par Le Devoir cette semaine.

Ces trois étudiants illustrent la diversité de la relève du clergé québécois: des parcours de vie bigarrés, des écarts d'âge considérables et une grande lucidité devant ce qui s'en vient. «On ne se raconte pas d'histoires, dit le cadet du trio. On va vivre une période difficile en sortant d'ici.»

À son âge, Jean-François Roy détonne un peu dans le lot. Quand il était jeune, il se rendait à la messe sans ses parents et rêvait de devenir prêtre, comme d'autres rêvent de jouer au hockey. À 19 ans, il a été admis au séminaire. Ce sera sa première et, il le souhaite, son unique carrière.

À l'inverse, Denis Leblanc a travaillé 12 ans comme fonctionnaire et autant d'années comme directeur général d'un organisme pour les aînés avant de faire le saut à 50 ans. Il se présente donc au terme d'une longue réflexion, enrichie de diverses expériences de vie.

Clément Laffitte, lui, est quelque part entre les deux: sur la terre familiale, on était catholique. Mais avant de découvrir sa vocation, il a fallu quelques années de travail sur la ferme, puis un séjour comme frère dans une communauté.

Loin de la gloire

«Ce n'est pas une décision facile de nos jours, dit Alain Mongeau, curé dynamique d'une paroisse du Plateau Mont-Royal. Moi, j'ai une formation en communication et en littérature, je n'étais pas enligné vers la prêtrise. Alors, quand j'ai annoncé que j'entrais au séminaire, je pense que j'ai perdu tous mes amis en une semaine! Le téléphone a cessé de sonner. Mes proches me disaient les classiques du genre: "Ça va? Tu es désespéré à ce point-là?" On est loin du temps où c'était la gloire, devenir prêtre.»

Ce qui n'est pas mauvais en soi, dit-il: on s'assure ainsi d'un «sentiment d'authenticité» chez ceux qui font la démarche de s'engager.

Ses trois futurs collègues disent ne pas avoir entendu de telles réactions. «Souvent, les gens ne savent pas ce que c'est, explique Jean-François Roy. Alors ils posent beaucoup de questions, ils sont très curieux. Le mot "courage" revient régulièrement dans les commentaires qu'on entend.»

Après 11 années de prêtrise, Alain Mongeau souligne quant à lui que ce courage n'est pas que pour les prêtres: «le simple fait d'être croyant et de s'afficher clairement est un acte qui démarque.» Ainsi, le cas de Martin Raymond, 27 ans, qui fait partie de la Bande FM, un groupe de jeunes qui se réunit dans la paroisse du curé Mongeau. Il y a 11 ans, sans aucune pression familiale, le jeune Raymond s'est «converti».

Lui qui «croyait les croyants idiots» est devenu l'un deux. «Et je le dis sans aucune gêne.» Cela même si certains le prennent pour un extraterrestre ou demeurent convaincus qu'il a commis quelque chose de grave dont il doit se repentir. «Il faut leur dire en riant qu'on n'est pas des ex-voleurs, juste des êtres humains qui pratiquent une activité de sens. Les gens sont respectueux de ce choix.»

Le salut laïque

Tous ceux qui observent la façon dont l'Église évolue anticipent de grands changements au cours des prochaines années. On pressent une Église moins centralisée. En ce sens, des gens comme Martin Raymond et d'autres laïcs pourraient jouer un rôle de plus en plus actif. Faute d'effectifs, le débat sur le mariage des prêtres et sur l'ordination des femmes va revenir.

Déjà, certaines paroisses tentent d'organiser des célébrations auxquelles le prêtre n'assiste pas: il consacre les offrandes à l'avance et des laïcs formés président la petite assemblée. À Montréal, le diocèse recense aussi plus de 3000 bénévoles laïques qui donnent des cours de catéchèse aux jeunes. «La participation de ces gens rajeunit et dynamise les paroisses», dit Alain Mongeau. Et si le salut de l'Église passait par les laïcs?






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Rose-Hélène Corriveau
    Inscrite
    samedi 24 novembre 2007 05h28
    félicitations
    « Très intéressant et féliciations à ces courageux séminaristes ou prêtres qui ne craignent pas d'exprimer leur foi en leur vocation, mais sans dire qu'ils y ont répondu par amour de Jésus, élément qui aurait pu compléter ces témoignages. Ce n'est pas un repoche, loin de là.
    Merci »

  • Eric Blais
    Inscrit
    samedi 24 novembre 2007 08h55
    La religion intéresse encore, mais la prêtrise...
    « Il faut réellement du courage pour devenir prêtre aujourd'hui. Je salue le courage de tous ceux qui se dirigent vers ce domaine, et de toutes les religieuse bien entendu.

    Mais je salue aussi le courage des femmes et des hommes qui, sans porter l'habit, transmettent les valeurs religieuses. J'ai 25 ans et je crois que ma génération en manque cruellement. Je ne suis pas d'accord avec tout ce qui est écrit dans la bible (surtout les premiers livres de l'ancien testament), mais je crois qu'une Église moderne est possible.

    Entre l'intolérance du passé et le culte du nombril et de l'irresponsabilité d'aujourd'hui il y a un juste milieu. Et c'est peut-être ça que l'on va atteindre dans le milieu, que ce soit par l'entremise des prêtres ou par les laìcs si les prêtres sont trop peu nombreux. »

  • Pierre Brousseau
    Inscrit
    dimanche 25 novembre 2007 12h14
    Favoriser le dialogue dans l'Eglise
    « L'Eglise au Québec vit-elle en conformité avec le message évangélique ... N'abuse-telle pas encore aujourd'hui de son autorité pour ¨tromper¨ les québécois... N'est-elle pas encore trop satisfaite d'elle-même au point de mépriser les laics et de prétendre pouvoir se passer de leurs services...
    Est-elle accueillante envers les autres ou trop préoccupée par la lourdeur de son administration... N'est-elle qu'un lieu de pouvoir qui a perdu le contrôle de son institution...
    Pourquoi les diocèses n'assurent-ils plus la relêve à partir des centaines d'étudiants qui sont formés dans les facultés de théologie au Québec depuis des dizaines d'années... L'Eglise se donne-telle des structures pour rejoindre et accompagner les croyants qui désirent s'engager... As-elle démissionné et se contente-t-elle de maintenir les services pastoraux courants... Les prêtres sont-ils engagés à la bonne tâche...S'agit-il d'une vocation ou d'un emploi dont il faut remplir certaines fonctions...
    Les québécois sont attachés à l'Eglise parce que des prêtres leur ont transmis les valeurs de l'Evangile comme une source de vie... Ou sont passés ces valeurs... Ont-elles été ensevelies dans une indifférence cléricale difficile à expliquer... Quand l'amour fait place au cynisme, il n'est pas étonnant que les églises se vident et que les laics se désengagent.
    Les nombreuses associations rattachées à l'Eglise ne suffisent pas à assurer la relève. Les malaises créés par l'intervention de Mgr Ouellet démontre clairement la nécessité de mettre sur pied un Comité de réflexion permettant aux laics et aux membres du clergé d'établir un dialogue et une réflexion afin de clarifier les positions et de permettre la mise sur pied des structures facilitant la relève au sein de l'Eglise québécoise. »

  • Richard Saint-Louis, dp
    Inscrit
    mardi 27 novembre 2007 11h45
    Félicitations.
    « J'ai apprécié vos récents articles. Ils donnent une idée juste de la situation de l'Église qui est à Montréal. Pour mémoire, depuis maintenant un peu plus de trente ans à Montréal, les diacres permanents augementent les effectifs du clergé diocésain en collaborant à la mission de l'Église. «Ministres du seuil», on les retrouve là où leur archevêque les affecte pour répondre aux besoins de la communauté. Ils collaborent ainsi avec les prêtres et les laïcs en apportant leurs charismes propres, enrichis par leur enracinement dans le monde du travail et leur vie de couple.

    Richard Saint-Louis d.p. »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
4 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009