mardi 24 novembre 2009 Dernière mise à jour 16h17


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Au-delà du vote

Les politiciens n'y échapperont pas: un jour ou l'autre, eux aussi devront débattre et décider de ce qui est acceptable ou non en matière de pratique religieuse dans la sphère publique.

Le directeur général des élections, M. Marc Mayrand, vient de faire savoir qu'il n'utilisera pas ses pouvoirs d'exception pour interdire le vote des femmes voilées. Selon lui, les députés et les partis politiques savaient, avant l'adoption de cette nouvelle loi, qu'il suffirait de présenter des pièces d'identité pour voter. S'ils avaient eu l'intention d'exiger davantage, ils pouvaient le faire.

En conséquence, le directeur des élections refuse de trancher dans un débat qui va bien au-delà du vote. Après tout, s'il est possible de voter par retour du courrier, sans autre preuve d'identité comme l'ont fait plus de 80 000 personnes lors des dernières élections générales, pourquoi faudrait-il montrer son visage quand on se présente en personne, demande le DGE?

Cette décision et les arguments qui l'accompagnent nous renvoient à la question bien plus large des pratiques religieuses fondamentalistes autant qu'exotiques dans une société de plus en plus laïque qui tient malgré tout aux symboles de ses propres origines chrétiennes. Dans le cas de femmes musulmanes, tout se passe sur le plan des perceptions, aiguisées depuis les attentats du 11 septembre 2001.

La démocratie s'exerce à visage découvert, ont clamé avec raison les opposants au vote des femmes voilées. Mais en suivant entre les lignes, on y lit plus qu'une remarque concernant le processus électoral. Il s'agit d'une expression de réprobation populaire envers une frange de nouveaux arrivants venus de régions du monde où la foi et la ferveur religieuse colorent et dictent le comportement des individus autant dans la sphère publique que privée. Des pays où le concept même d'individu libre que veulent protéger nos chartes n'existe pas.

Que des gens s'habillent différemment et conservent leurs pratiques religieuses en les adaptant à la réalité autochtone, cela se fait depuis des lustres au Canada, sans trop de heurts. Ce qui dérange aujourd'hui, jusqu'à troubler la quiétude d'une classe politique pourtant orgueilleuse de sa rectitude, c'est la montée de ce mouvement de protestation populaire devant les manifestations bien visibles de rejet du mode de vie occidental à l'intérieur de quelques poches restreintes de nouveaux arrivants conscients des droits que leur accorde la Constitution.

Si un directeur des élections peut décider d'interdire à une femme voilée de voter, comme l'a déjà fait le DGE du Québec, il ne pourra jamais forcer un couple à abandonner cette tradition machiste qui oblige les femmes à cacher leurs traits sous un niqab ou une burka. Et c'est précisément parce que la majorité des Canadiens et des Québécois tient à cette métamorphose individuelle défendue par la même charte qui protège la liberté religieuse que les politiciens ne peuvent plus laisser aux seuls fonctionnaires et aux tribunaux la responsabilité de trancher dans le vif.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Benoît Gagnon
    Abonné
    mardi 11 septembre 2007 04h59
    Et la responsabilité sociale. par Benoît Gagnon
    « On peut se cacher derrière des arguments de principe pour justifier nos prises de positions politique, mais jamais nous ne pouvons justifier par des principes le refus de prendre ses responsabilités sociales.L`argument "la loi c`est la loi" quand celle-ci entraîne des conséquences inapplicables, ne peut être invoqué. Ce que le juge n`a pas considérer dans son jugement.Peut-être qu`il faut aussi des convictions de justice et de dignité pour faire respecter la démocratie.(qui signifie le pouvoir par le peuple). Les evidences sont parfois difficiles à regarder.(N`est-ce pas M. Sanfaçon) »

  • jacques noel
    Inscrit
    mardi 11 septembre 2007 08h29
    Faut-il s'en prendre aux femmes voilées?
    « La seule et unique façon de se débarasser de cet archaisme moyenageux qui envahit les rues de Montréal depuis quelques années c'est de leur faire savoir, verbalement et gestuellement, qu'elles ne sont pas les bienvenues. C'est ce que j'ai commencé à faire. »

  • Jean St-Jacques
    Abonné
    mardi 11 septembre 2007 09h17
    Un vote voilé...
    « Le voile chez la femme signifie un état de soumission, d'infériorité envers les hommes. La religion ne commande pas ce vêtement mais les relations entre les deux sexes.
    Il faut voir ce qui se cache derrière ce voile et renseigner ces femmes sur l'égalité des sexes. Nous avons franchi des étapes et maintenant les femmes du pays du Québec sont égales aux hommes et peuvent signer des documents et poser d'autres gestes autonomes. »

  • Claire Landry
    Inscrite
    mardi 11 septembre 2007 09h26
    Soumission plus facile que choix...
    « Vu mes choix de valeurs et de culture, je préfère un vote à visage découvert. Il m'apparait possible que la femme voilée puisse se dévoiler devant la personne qui s'assure de son identité. Évidemment je ne suis pas placée dans la position de la femme musulmane qui subit des pressions de plus en plus depuis plusieurs années. La question que je me pose est la suivante: sont-elles soumises à la lettre du Coran plus qu'à l'esprit du Coran? La société est laïque. Respectons-nous ce que nous sommes et aidons-nous la femme musulmane lorsque nous cédons aux pressions? Les droits individuels doivent-ils primer sur ceux de la collectivité? Pouvons-nous distinguer entre un droit individuel et un privilège?
    Mon impression est que nous nous faisons passer des épinettes pour des sapins en maintes occasions. Il est plus que temps de s'asseoir , de réfléchir et de débattre du genre de société que nous voulons ici au Québec et au Canada. Je sais qu'il n'est pas facile pour les dirigeants de donner le ton car ils ne veulent pas déplaire à leur électorat mais la gestion, qu'elle soit individuelle ou collective, a avantage à rspecter l'esprit plutôt que la lettre. Je veux dire que la lettre réprime alors que l'esprit libère. »

  • rabah hammachin
    Inscrit
    mardi 11 septembre 2007 11h12
    Paranoia
    « Les québecois ont le chic de se monter le bourrichon avec des insignifiances.
    Tout d'abord, il faut préciser que le DGE n'a jamais dit que son intervention concernait les musulmanes. Il a parlé de voile mais pas de musulmane. Ça peut aussi bien concerner des femmes que des hommes et de toutes confessions ou philosophies.
    De plus, en mettant l'accent sur les musulmanes puisque la majorité des québecois semblent y tenir mordicus, combien y a t-il de musulmanes au Québec portant la burqua? Au grand maximum, mettons 50. Parmi ces 50, combien y en aura t-il qui iront voter? Je parierai pour aucune. Alors faire tout ce cirque et monter en épingle une non-affaire, au risque d'attiser les mauvais instincts et la xénophobie (surtout l'islamophobie comme il semble de bon ton ces derniers temps) est une action que je qualifierai d'irresponsable et de dangereuse.
    On notera donc, qu'à l'instar des herouxvillois qui n'ont jamais côtoyé un immigrant de leur vie, voilà qu'on s'invente de dangereuses musulmanes en burqua, en instance de mettre en difficulté la démocratie et la laicité québecoise.
    Bien sûr, il y aura des bémol pour signifier que les québecois ne sont pas xénophobes mais il est quand même patent que l'islamophobie est un sentiment de plus en plus prévalent et revendiqué. »

  • Ken Ko
    Inscrit
    mardi 11 septembre 2007 14h26
    La culpabilité par association
    « On croirait que les communautés musulmanes ont demandés pour cette traitement de leurs membres féminines en lisant toutes les protestations des gens et politiciens. Mais en realité, il n'y aucune demande de nos concitoyens musulmanes pour avoir cette "privilège" tel que presumé par tout le monde. Pourqoui il y autant des accusations envers nos frères et soeurs de cette foi pour une situation qui n'éxiste pas? "Slow news day" peut-être? Est-que on se caractérise comme une personne marqué par l'intolérance simplement par ses croyances religieuses qui sont different de la majorité? Ca me semble que cette peur n'est pas tellement très loin de la peur du pérril jaune" il y a 60 ans... »

  • Mastaki Bayange
    Inscrit
    mardi 11 septembre 2007 14h43
    Contre la Charte canadienne, ces minorités contre des minorités
    « En ces jours, la discussion tourne autour du vote des femmes vêtues d'un certain type du voile musulman. Hier, c'était les jeunes demoiselles portant un autre type de voile au sport (un qui pourrait être toléré pour le vote!); avant-hier c'était le vote ethnique... tout ceci sous le grand débat sur les accommodements raisonnables. Tout ceci se passe au Québec, la belle province habitée par la nation distincte.

    Ce qui sort de l'ordinaire est de voir certains groupes de femmes, elles-mêmes minoritaires instrumentalisées par certains média pour désapprouver la décision de l'administrateur des élections au Canada.

    Les journalistes qui jouent à ce jeu quelque peu incompatible avec leur vrai rôle d'informer devraient eux-mêmes chercher à s'informer sur la Charte canadienne avant d'embarquer dans des débats de bas niveau. La Charte canadienne a une portée visionnaire qui consiste à faire évoluer les mentalités; même la mentalité d'un premier ministre ou d'un leader politique de haut rang.

    La Charte protège avant tout les droits individuels. Elle est profondément guidée par le principe d'équité qui veut qu'on ne tolère que le droit d'une seule personne soit bafoué. Ce principe n'est pas absolu. Il est nuancé par l'article premier de la Charte qui veut que les droits et libertés y énoncés ne puissent « être restreints que par une règle de droit, dans des limites qui soient raisonnables et dont la justification puisse se démontrer dans le cadre d'une société libre et démocratique. » Il n'est pas dit, j'insiste, que les principes y énoncés serons nuancés par des déclarations peu responsables d'un leader quelconque...

    Bref, en quoi le vote d'une personne, femme ou homme unique au Canada soit-il/elle, peut-il déranger le processus électoral? C'est de cette même façon que le fanatisme des uns a empêché à ce que l'Ontario introduise une partie du droit musulman relative à la protection de la famille dans son système. Pourtant la pratique va continuer, seulement sans encadrement ni reconnaissance (d'où l'impossibilité de lui apporter certaines améliorations). N'est-ce pas là la politique de l'autruche?

    Mastaki Bayange (613) 729-6972 »

  • Gerry Pagé
    Inscrit
    mardi 11 septembre 2007 16h05
    En fait, qui «monte le bourrichon» des Québécois ?
    « Le présomptueux orgueil et l'insolent crânage du DGEC, en son point culminant du lundi 10 septembre 2007, ressemblent, en reprise et à l'inverse, a l'insolente morgue et au fol aveuglement de celui qui avait décidé, avant la demie du siècle dernier, de radier les juifs de la planète. Ça dépasse l'entendement. C'est un reniement des particularités distinctives et historiques du Québec. C'est un absurde déni de raison. C'est là jusqu'où peut aller un autocrate des hautes sphères de la Fonction publique, en soif de notoriété et en faim de visibilité et pour qui les fins d'avocasseries tatillonnes et de stériles affrontements justifient les moyens guerroyeurs, vétilleux dictés par un extravagant formalisme qui sert une certaine pratique qui tient davantage du droit que de la droiture. Cet aberrant manque de jugement et le plus explosif des affronts à l'intelligence, des dernières décennies, commande une intervention-riposte immédiate du Premier Ministre Stephen Harper. Cette riposte préventive doit se traduire par le congédiement du DGEC et de son entourage qui se nichent au-dessus de l'Autorité politique du Pays.

    Gerry Pagé
    Ville de Québec »

  • Jean Desjardins
    Abonné
    mardi 11 septembre 2007 16h16
    Tirer sur le messager
    « Je ne peux m'empêcher de reproduire, ici, une opinion envoyée par un de mes bons amis à La Presse, aujourd'hui même, concernant ce grave problème existentiel du 'vote voilé'.

    « Tirer sur le messager. C'est ce que nous savons faire le mieux. Parlez-en aux rares politiciens qui ont osé un jour nous dire la vérité. Le directeur des élections a raison même si nous n'aimons pas l'image qu'il nous renvoie de nous-même : celle d'une société mollassonne où le n'importe quoi règne en maître. Chez nous, il était plus urgent de faire voter les prisonniers que de se doter d'un système électoral étanche. Les étudiants n'ont plus besoin d'acquérir un niveau minimum de connaissances pour graduer. Un corps policier peut commettre des délits criminels sans pénalités. Un fraudeur peut étirer un procès ad nauseam sans que personne intervienne. Un représentant de la reine peut toucher une double indemnité de résidence sous le regard indifférent de ceux qui administrent notre argent. Heureusement il y a les catastrophes et les crises pour nous tirer de notre torpeur.»

    On ne peut nier qu'il y a de la clairvoyance, dans cette opinion. La décadence d'un pays, d'un peuple ou d'une nation (choisissons ce qui nous convient), ça doit ressembler un peu à ce qu'il décrit.

    Vive le plussssssssss meilleur pays au monde !!! Et surtout, il est urgent de ne rien faire ainsi que de continuer à chiâler à tous vents. Après tout: 'L'enfer, c'est les autres...', disait le philosophe.


    Jean Desjardins

    Laval »

  • Jean Desjardins
    Abonné
    mardi 11 septembre 2007 17h28
    Ce qui est désolant, dans tout ça...
    « Ce qui est désolant, dans tout ça, c'est jusqu'à quel point nos politiciens, tous partis confondus, sont incapables de traiter les dossiers chauds autrement que de manière puérile et partisane. Aucune vision à long terme autre que de la fuite en avant, des tactiques de pelures de bananes, leur réélection récurrente et un bon plan de pension.

    La politicaillerie érigée en profession !

    Quelle manière cynique de gagner sa vie et de fuir les responsabilités sans jamais devoir rendre sérieusement des comptes. Surtout que le bon peuple en redemande ... On a les dirigeants qu'on mérite.

    Quel merdier 'politically correct' nous nous sommes donné, au fil de décennies de mollesse et de laisser-aller en regard de notre ineffable classe politique !


    Jean Desjardins

    Laval »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
10 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009